NATAL.

Locut. vic.Je vous revois, ô lieux nataux!
Locut. corr.Je vous revois, ô lieux natals!

L’adjectif natal a été mutilé par nos grammairiens. Les uns, tels que Andry de Boisregard (Réflexions sur l’usage présent de la langue française), etc., n’ont pas voulu lui accorder de féminin singulier ou pluriel; d’autres, au nombre desquels figurent l’Académie, Féraud, Gattel, etc., lui refusent un pluriel masculin. De sorte que ce pauvre adjectif se trouve réduit à sa plus simple expression, à son masculin singulier.

Cependant l’usage ne s’est pas rendu complice de ce purisme ridicule qui tend à appauvrir notre langue. Il a donné un féminin des deux nombres à natal, comme on pourrait le prouver par un grand nombre d’exemples. Quant au pluriel, il lui en a donné un double, et il nous reste à décider aujourd’hui si l’on doit préférer natals à nataux ou nataux à natals.

On trouve nataux dans Amyot: «Il révérait fort Socrate et Platon, desquels tous les ans il célébrait les jours nataux.» Dans le Dict. de Trévoux: «Pour jouir du droit de bourgeoisie dans une ville, il faut y avoir maison, et s’y trouver aux quatre nataux, (Noël, Pâques, la Pentecôte et la Toussaint) dont on prend attestation.» Cependant comme nataux est un peu dur à l’oreille, nous pensons qu’il vaudrait peut-être mieux préférer natals, qui a été adopté par Laveaux, et qui a, comme nataux, l’analogie en sa faveur, mais, convenons-en, une analogie un peu plus restreinte. Qui ne connaît ces vers célèbres:

Al est un singulier dont le pluriel fait aux.

On dit c’est mon égal, et ce sont mes égaux.

(Boursault, Le Mercure Galant, act. IV, sc. VII.)