ROIDE, ROIDEUR, ROIDILLON, ROIDIR.
| Orth. et Prononc. vic. | Roide, roideur, roidillon, roidir. |
| Orth. et Prononc. corr. | Raide, raideur, raidillon, raidir. |
Rien, selon nous, n’est plus ridicule que de donner à des règles des exceptions que rien ne justifie, et qui souvent même blessent les lois de l’étymologie ou de l’analogie. Nous concevons très bien que plusieurs grammairiens, au nombre desquels se trouve M. Ch. Nodier, demandent que l’on écrive roide, roideur, etc., et que l’on prononce roade, roadeur, etc. C’est là une conséquence toute naturelle de leur désir de rétablir la prononciation française de la diphtongue oi, telle qu’elle était au commencement du seizième siècle, avant que Catherine de Médicis et sa suite eussent, selon l’expression d’Henri Etienne, italianisé notre langue. Mais que l’on vienne nous dire, comme M. Laveaux, qu’il faut donner à deux de ces mots, roideur et roidillon, le son d’oa et prononcer roadeur, roadillon, et à deux autres, roide et roidir, le son d’ai, et prononcer raide et raidir, quand ces quatre mots ont évidemment une étymologie commune; voilà ce que nous avons peine à concevoir de la part d’un écrivain qui sait raisonner. Quant à nous, nous pensons qu’il faut aujourd’hui se résigner à prononcer et à écrire raide, raideur, etc., malgré ce que peut avoir de pénible pour notre orgueil national une prononciation qui nous a été imposée par l’étranger, mais qui est maintenant définitivement établie, et qu’il serait par conséquent impossible de changer.