II.—LE DIT DE LA ROSE
Le Dit de la Rose, daté du 14 février 1401 (anc. st.), est en quelque sorte le couronnement de la polémique de Christine contre l'oeuvre de Jean de Meun. Forte de l'appui de la reine Isabeau qu'elle avait dû certainement gagner à sa cause, Christine joue maintenant le rôle d'un défenseur attitré du sexe féminin et se met elle-même en scène dans une réunion tenue chez le duc Louis d'Orléans. S'inspirant du généreux exemple du maréchal Boucicaut et de la récente institution de la «Court amoureuse[15]», elle fonde, avec l'intervention allégorique de la déesse de Loyauté, l'Ordre de la Rose qui sera l'encouragement et la récompense des chevaliers loyaux défenseurs de la réputation des dames. Ce petit poème, entrecoupé de ballades gracieuses et fort bien présentées, offre un grand mérite par son tour élégant et facile en même temps que par la distinction et l'originalité des idées qui y sont remarquablement exprimées. Le texte du Dit de la Rose ne se trouve que dans les trois mss. de la famille B (Bibl. Nat. fr. 604 (B1), 12779 (B2) et ms. Morgand (B3) dont nous avons donné la description dans notre premier volume.