IV

Non loin de Vinci se construisait une grande villa pour le seigneur Pandolfo Ruccellaï, sous la direction de l'architecte florentin Biajio da Ravenna, élève d'Alberti. Léonard venait souvent y voir travailler les ouvriers. Un jour, ser Biajio causa avec l'enfant et fut surpris de son intelligence. Tout d'abord en s'amusant, puis peu à peu entraîné, il commença à lui donner les premières notions de l'arithmétique, de l'algèbre, de la géométrie et de la mécanique. L'architecte trouvait incroyable, presque miraculeuse, la facilité avec laquelle l'élève saisissait tout, comme s'il se ressouvenait d'une chose déjà apprise.

L'aïeul n'approuvait pas les bizarreries de son petit-fils. Il lui déplaisait également qu'il fût gaucher, puisqu'il était convenu que tous ceux qui avaient conclu un pacte avec le diable, les sorciers et les impies étaient nés de même. L'antipathie de ser Antonio augmenta encore, lorsqu'une vieille femme de Faltuniano lui eut assuré que la femme de Monte Albano, qui avait vendu la chèvre noire nourrice de Nardo, était une sorcière. Il se pouvait que pour plaire au diable, elle eût ensorcelé le lait de la chèvre.

«Ce qui est vrai, est vrai, pensait l'aïeul. Le bois attire toujours le loup. Enfin, si telle est la volonté du Seigneur... Chaque famille a son monstre.»

Le vieillard attendait, avec impatience, que son bien-aimé fils Pierro lui annonçât la nouvelle réjouissante de la naissance d'un enfant légitime, digne d'être héritier, car réellement Nardo semblait «illégal» dans cette famille.

Les habitants de Monte Albano racontaient une particularité de leur pays qu'on ne retrouvait nulle part ailleurs: c'était la couleur blanche de beaucoup de plantes et d'animaux, violettes, framboises, moineaux, d'où, de toute antiquité ce nom donné à la montagne «Albano».

Le petit Nardo était un de ces phénomènes, le monstre de la famille vertueuse et bourgeoise des notaires florentins.