Notes
[1]: Mais elle avait été présentée comme marquise de Montesson.—Sa conduite fut admirable par la suite. Lorsque Louis XVI fut comme prisonnier aux Tuileries en 91 et 92, madame de Montesson demanda et obtint alors facilement la permission d'aller faire sa cour.—Louis XVI l'accueillit comme sa cousine, et fit souvent sa partie de trictrac avec elle.—Je trouve la conduite de madame de Montesson fort belle, car elle pouvait se rappeler qu'au temps du bonheur elle avait été repoussée avec une sorte de mépris! mais loin de là, elle oublia le passé et ne vit que le malheur présent de ceux qu'elle fut consoler.
[2]: On lui proposa la charge de surintendante, qu'elle refusa.
[3]: En allant à Marengo, le premier Consul alla visiter les îles Borromées. Dans le jardin d'Isola Bella il y avait deux lauriers fort beaux au milieu de beaucoup d'autres. Le général en chef prit un canif, et dans l'écorce de l'un de ces jeunes arbres il grava le mot Battaglia... Il fut à Marengo et fut vainqueur; le souvenir de ce laurier le poursuivit longtemps, et depuis à la Malmaison je l'ai entendu le rappeler souvent; j'ai vu moi-même ce laurier à l'Isola Bella. Je ne sais qui a gravé sur l'un des autres lauriers le mot Vittoria. Tous deux ont grandi... et maintenant les deux mots battaglia et vittoria touchent presque aux cieux!...
[4]: On disait beaucoup plus, mais je ne le crois pas. M. de Saint-Far, pour augmenter les torts de madame de Montesson, prétendait qu'elle avait de grands revenus, et portait sa fortune à 300,000 fr. de rentes. Je suis sûre du contraire.
[5]: Elle fut toujours parfaite pour moi, et j'en ai eu la preuve dans deux visites qu'elle me fit, l'une à l'époque de ma première couche, où je faillis périr, et l'autre à la mort de ma mère.—Elle ne faisait de visites À PERSONNE, si ce n'est à ceux qu'elle aimait et qui lui plaisaient.
[6]: Madame Georgette Ducrest. Elle chante à ravir et écrit également bien. Je l'ai vue depuis à la Malmaison, d'où une jalousie basse et même une haine envieuse l'ont ensuite exilée, à notre grand regret.
[7]: Madame de Genlis est souvent méchante, même pour quelques-uns des siens.
[8]: Ma mère avait une trop petite maison pour que cela fût remarqué, et madame de Caseaux ne recevait qu'un parti.
[9]: C'est-à-dire en bleu tout uni avec des boutons ayant le chiffre.
[10]: La bourse attachée au collet de l'habit; ce qui faisait que la bourse demeurait au même lieu quand la tête tournait.
[11]: Excepté l'Escurial, Saint-Ildephonse et Aranjuez, où encore ce qui est luxe tient au pays ou bien aux tableaux que renferment les sitios, il n'y a aucun luxe dans les ameublements ni dans le reste du palais.
[12]: Il était propre neveu de la Reine de France et de celle de Naples; la duchesse de Parme était archiduchesse d'Autriche (Amélie). Il y a d'elle un beau portrait à Versailles.
[13]: Ce cabinet fut légué par M. Lesage au Gouvernement, et je pense qu'il a été donné au Jardin des Plantes, c'est-à-dire au Cabinet d'Histoire naturelle. M. Lesage avait assemblé un cabinet de minéralogie très-curieux et très-complet.
[14]: L'hôtel de Montesson est le même hôtel où eut lieu l'horrible incendie du prince de Schwartzenberg.
[15]: On voit que le duc de Rovigo ne dit pas vrai lorsqu'il dit que le premier Consul fut de mauvaise humeur contre ceux qui furent à cette fête. Au contraire, il y fit aller les officiers du château.
[16]: Moustache, le fameux courrier de l'Empereur, y joua un rôle.
[17]: Qui fut ensuite à la reine de Naples et puis à la princesse Pauline, et que la reine de Naples réclame aujourd'hui, dit-on! mais c'est une erreur... à quel titre?... l'avait-elle payé?... dans ce cas, l'Empereur le lui a rendu, et ne l'eût-il pas fait, la couronne de Naples soldait bien des comptes. Il paraît qu'avec elle, elle n'a soldé que celui des rapports de famille.
[18]: Elle était fort gourmande. Un jour elle m'appela au moment où l'on servait le café. Donnez-moi votre tasse, me dit-elle, et elle y versa une forte pincée d'une poudre d'une couleur de cannelle, puis ensuite elle me dit de boire. Mon café était délicieux. Je lui demandai le nom de ce qu'elle y avait mis pour le transformer ainsi. C'était une poudre de cachou préparée et venant de la Chine. Elle lui avait été donnée par des missionnaires. Toutes les fois que M. de Lavaupalière dînait avec la princesse de Guémené chez madame de Montesson, il rôdait autour d'elle, au moment du café, d'une manière tout à fait comique.
[19]: Elle avait, à cette époque, 1802 ou 1801, trente-huit ans. Elle mourut en 1817, âgée de cinquante-quatre ans.
[20]: Madame de Genlis était belle-mère de M. de Valence; elle eut deux filles, l'une d'une grande beauté, mariée à M. de La Woëstine; et l'autre, jolie, gracieuse, charmante, mariée à M. de Valence, qui ne la rendit pas aussi heureuse qu'elle le méritait.
[21]: Pulchérie était madame de Valence, spirituelle et charmante femme. Elle était encore fort jolie à cette époque.
[22]: Cette coutume était assez ordinaire dans les grandes maisons; mais surtout dans les maisons royales et les maisons princières.
[23]: Madame de Custine, belle-fille du général de Custine; qui mourut sur l'échafaud en 1793, était mademoiselle de Sabran.
[24]: Mesdemoiselles Lolive et de Beuvry étaient à cette époque les lingères les plus renommées; elles furent ensuite lingères de la cour; mais elles étaient déjà un peu vieilles, et avaient été lingères de nos mères.—Plus tard ce fut Minette qui prit leur place dans la mode pour être lingère des jeunes femmes. Elle faisait des choses charmantes, unissant le goût le plus recherché au plus grand luxe. C'est chez elle que j'ai vu une robe de percale, et par conséquent du matin, du prix de 2,500 francs.
[25]: Une toilette comme je viens de la décrire pouvait revenir à 6 ou 8,000 francs. Un beau cachemire coûtait au moins 1,500 ou 2,000 fr.—Ces canezous très-brodés, 4 ou 500 fr., en raison de la dentelle qui était autour du col, et presque toujours en malines, valenciennes, et souvent en point d'Angleterre ou point à l'aiguille.—Le voile, 1,000 fr., et souvent bien au-delà lorsqu'il était dans une corbeille de mariage.—La montre, 2,000 fr.—La toque, 200 fr., etc. On voit que la chose allait vite.
[26]: Le premier Consul ne voulait jamais avoir l'air d'aller en aucun lieu par invitation... les demandes eussent été trop fréquentes, et beaucoup n'auraient même pas pu être refusées par lui.
[27]: Mère du marquis de Custine, dont on va publier un voyage en Espagne, qui continuera à justifier tout ce que le beau talent de l'auteur promettait dans ses Souvenirs de voyage en Italie et en Angleterre. Je connais plusieurs parties de ce voyage en Espagne, admirables de vérité, de description, de chaleur de style, et également belles par la richesse et la profondeur des pensées. M. de Custine est un homme dont l'époque littéraire sera fière. Un talent comme le sien est rare aujourd'hui; au milieu de cette foule de choses, de productions de mauvais goût, on jouit en lisant un ouvrage qui, par la pureté du style et la haute portée des pensées, vous reporte aux beaux temps de notre littérature. J'ai porté ce jugement lorsque M. de Custine publia le Monde comme il est, admirable ouvrage qui grandira comme il le mérite, car il restera. Mon sentiment est le même aujourd'hui qu'alors, seulement il est plus positif, parce que le temps l'a confirmé.
[28]: C'est pour rappeler cette matinée et la démarche de madame de Custine que madame de Staël a placé dans Delphine la scène qui se passe chez la Reine, lorsque tout le monde abandonne Delphine et que madame de R*** va auprès d'elle.
[29]: C'était à cette époque une opinion assez répandue que le général Bonaparte avait instruit et envoyé Augereau pour faire le 18 fructidor.
[30]: Monseigneur le duc d'Orléans, grand-père du roi.
[31]: M. le duc d'Orléans était très-gros, et n'aurait pas pu, en effet, jouer un rôle où il aurait fallu de l'élégance dans la tournure.
[32]: 1760 ou 1761.—C'était l'époque qui commença les turpitudes de la fin du règne de Louis XV.
[33]: Alors on ne disait pas la Comédie Française, on disait les Français.
[34]: Madame de Montesson savait sans doute, par les Mémoires de Saint-Simon et ceux de Dangeau, que les princesses se couchaient sur leur lit pour ne pas reconduire lorsque l'étiquette était douteuse. Pour trancher la difficulté, madame de Montesson était sur un canapé, les pieds posés sur un tabouret et les jambes recouvertes d'un couvrepied. Cette attitude admettait un état qui l'empêchait de se lever et conséquemment de reconduire. Elle ne reconduisait que madame Bonaparte et madame Louis, quelquefois aussi la princesse Pauline: celle-ci exigea qu'elle ne le fît pas, mais elle le voulait faire. J'ai déjà parlé de cette coutume de la maison de madame de Montesson.
[35]: La serre de la Folie de Saint-James, à Neuilly, avait été faite sur ce plan bien avant toutes deux.
[36]: Madame Robadet, dame de compagnie de madame de Montesson, fut toujours attentive à lui plaire, mais n'en fut pas récompensée comme elle aurait dû l'être à la mort de madame de Montesson. Elle fut à peu près oubliée dans le testament, si elle ne le fut pas tout-à-fait. J'ai contribué pour ma part, et sans qu'elle l'ait su, peut-être, à lui faire avoir une place de dame de compagnie en Italie. Madame Robadet était une aimable femme.
[37]: J'ai vu des exemples de ce que je viens de citer, pas plus tard que l'hiver dernier. C'était dans un salon où il y avait beaucoup de monde; la maîtresse de la maison se levait pour aller parler à quelqu'un à l'extrémité du salon; elle trouvait sa place auprès de la cheminée prise, cette place qui est toujours un lieu réservé, ainsi que tout le monde sait. Cette ridicule usurpation se fit plusieurs fois de suite; il fallut que la maîtresse de la maison le dît enfin, pour qu'on ne retombât plus dans cette faute.
[38]: Qui depuis épousèrent, l'une M. de Celles, préfet de Nantes, l'autre le maréchal Gérard. Toutes deux sont faites pour servir de modèle comme filles, comme épouses et comme mères. Madame de Celles est morte à Rome en 1825.
[39]: Madame de La Tour était mademoiselle de Polastron et sœur de la duchesse Jules de Polignac.
[40]: Madame la marquise de Fontanges, fille de l'ancien intendant de Metz, était une charmante personne et jolie comme un ange; sa fille Delphine a depuis épousé M. Onslow (Georges), qui possède un si beau talent pour la composition de musique dramatique.
Madame de Fontanges et son père, M. de Pont, étaient aussi des amis intimes de ma mère. M. de Pont était avec M. de Valence et César Ducrest, lorsque ce malheureux jeune homme fut tué par une bombe, au feu d'artifice tiré pour la paix avec l'Angleterre: M. de Pont eut le bras cassé à plus de soixante-six ans. Il était l'ami le plus intime, après M. de Valence, de madame de Montesson.
[41]: Femme du ministre de Prusse.—C'était une énorme Prussienne, très-bonne femme du reste.
[42]: Ambassadrice de Naples.
[43]: Sœur du prince Czartorinsky.
[44]: Madame de Genlis a été pour madame de Montesson comme beaucoup de gens sont envers les grands parents, c'est-à-dire ingrats, du jour où celui qui a longtemps fait s'arrête. Alors ce parent a tous les défauts; il a d'abord les siens, et puis toutes ses qualités qui se sont changées en défauts. Bienheureux qu'elles ne deviennent pas des vices!
[45]: Madame de La Tour se serait crue coupable d'appeler l'Empereur par son nom.
[46]: On a dit vulgairement que MM. de Polignac avaient été tous deux condamnés à mort; c'est une erreur. M. Armand le fut, mais non pas M. Jules. Il fut condamné à deux ans de prison; il n'eut pas de lettres de grâce comme les autres.
[47]: Junot et moi nous étions alors à Arras, et Murat était gouverneur de Paris. J'ai vu Junot se féliciter, avec un bonheur dont des paroles ne peuvent donner l'idée, de s'être trouvé loin de Paris dans un pareil moment.—Si je m'y fusse trouvée, toutefois, j'aurais été aussi une des premières auprès de l'Empereur.—Madame de La Tour était l'amie de ma mère, comme je l'ai déjà dit, ainsi que la famille Polastron, à Toulouse.
[48]: Il ne faut pas confondre M. d'Hozier avec M. Bouvet de Lozier, aussi accusé dans cette affaire de Georges. M. Bouvet de Lozier ne courait aucun risque, sa prompte franchise avait assuré sa vie.
[49]: Il était empereur depuis le 4 mai 1804; on était alors en juin.
[50]: Malgré sa vive préoccupation, madame de Montesson fut frappée d'une façon risible en entendant ce mot si comique dans une circonstance de vie et de mort.—On sait que madame Bonaparte n'aimait aucune de ses belles-sœurs, et madame Murat était, dans le temps où nous sommes maintenant, l'une de celles qu'elle aimait le moins.—Le jour de la machine infernale, madame Murat était en effet dans la voiture de madame Bonaparte avec mademoiselle de Beauharnais[50-A]. Elles ne furent sauvées toutes trois que parce que Rapp, qui pourtant ne s'entendait guère à la toilette des femmes, s'avisa, en descendant l'escalier, de trouver que le châle de madame Bonaparte n'allait pas avec la robe, ou je ne sais quelle autre partie de l'habillement. Madame Bonaparte, qui allait immédiatement après le Consul, se serait trouvée dans l'explosion, tandis qu'elle ne se trouva qu'à une grande distance. M. d'Abrantès échappa à la mort également ce jour-là par un hasard miraculeux.
[50-A]: Ou sa voiture suivait celle de sa belle-sœur, je n'ai pas la chose bien présente; je crois cependant qu'elle était avec madame Bonaparte. Comme, depuis que madame Murat est à Paris, je ne la vois pas et n'ai aucun rapport avec elle, je n'ai pu le savoir d'elle. Si cette conduite de ma part paraît étonnante, qu'on se rappelle celle de madame Murat!... Elle n'est quelque chose aujourd'hui en France que pour des amis personnels: tout ce qui porte le souvenir de l'Empereur au cœur doit se rappeler le traité de la cour de Naples en 1814!... Qui le provoqua?... lorsqu'on songe à ce que pouvait la force de l'armée napolitaine dans les affaires de cette époque, pour ou contre l'Autriche, on s'étonne et l'on s'irrite à la fois en voyant une personne qui avait la prétention de savoir régner presque avant celle de plaire, ne savoir être ni reine, ni sœur. Comment put-elle croire UN MOMENT que les couronnes posées sur des fronts fraternels par la main de Napoléon y demeureraient un jour après la chute de la sienne?... Les insensés!... ils ne furent rois que par le vertige qui entoure les trônes au moment du danger!...
Quant à l'amitié particulière qui existait entre nous dans notre jeunesse assez intimement pour nous tutoyer, il y a longtemps que les liens en ont été brisés par madame Murat elle-même. Ma fidélité et mon dévouement au nom de l'Empereur, à sa mémoire... rendent témoignage pour moi de ce que j'aurais été pour sa sœur si elle-même eût toujours été ce qu'elle devait être. Cet attachement et ce dévouement ont survécu à l'éclat du soleil impérial... La duchesse de Saint-Leu, le prince de Canino, le comte de Survilliers, tout ce qui reste de cette illustre et malheureuse famille est dans mon cœur et pour toujours!...
[51]: La faveur dont jouissait madame de Montesson ne venait pas, comme on le croyait, de madame Bonaparte, mais de Napoléon lui-même. Un jour, le duc d'Orléans était à Brienne avec madame de Montesson, alors sa femme; le prince fut invité à donner les prix aux élèves de l'école militaire, et ce fut madame de Montesson que le prince chargea de ce soin, et qui les couronna. En donnant le laurier à Napoleone Buonaparte, elle lui dit: Je souhaite qu'il vous porte bonheur. Cette phrase, dite sans aucune pensée directe, fit impression sur le jeune homme couronné; et plus tard, lorsqu'il fut au pouvoir, il se rappela madame de Montesson et fut doublement heureux en la retrouvant liée avec Joséphine. Et son amitié pour elle se ressentit beaucoup de la pensée de Brienne, à laquelle d'ailleurs elle faisait très-souvent allusion.
[52]: Elle ne lui donnait jamais le nom de Napoléon, ni en lui parlant, ni loin de lui. Elle disait toujours Bonaparte, et plus tard, en parlant de lui, l'Empereur. Mais elle fut très-longtemps à prendre l'habitude de ce dernier nom... et en lui parlant alors, elle lui disait: Mon ami.
[53]: Cette scène, que je tiens en entier de M. de Valence et de madame de Montesson, me fut confirmée depuis par l'impératrice Joséphine; elle avait intérêt à laisser croire qu'elle avait obtenu la grâce à elle seule, mais, comme je savais la vérité, elle n'osa pas l'altérer devant moi.
[54]: C'est ici le lieu de parler de la manière dont on comprend le mot jalousie: il paraît qu'il y a de certaines gens qui voient ce sentiment en autrui lorsqu'ils le sentent en eux-mêmes, comme ceux qui ont la jaunisse et voient tout jaune. J'ai entendu souvent des hommes qui, après avoir rimé vingt vers, prétendaient que Victor Hugo et Dumas étaient jaloux d'eux!... J'ai vu pareille stupidité dans beaucoup de femmes relativement à madame de Genlis et à madame de Staël!... madame de Staël, le plus beau génie de son époque après M. de Châteaubriand! J'ai entendu la même parole sur madame Sand, le plus beau talent de notre temps! De qui serait-elle jalouse, elle, bon Dieu?... aussi ne l'est-elle pas.—De qui Napoléon eût-il été jaloux?... lui dont la tête penchait sous le poids des couronnes, et qui, sans quitter celle de laurier, allait les surmonter toutes par celle de Charlemagne, comme lui-même avait surpassé sa gloire.
[55]: Elle était naturellement très-froide et peu expansive; elle avait même habituellement une dignité qui donnait de la crainte aux jeunes femmes qu'on lui présentait.
[56]: Je crois qu'en effet elle ne le connaissait pas du tout.
[57]: M. Coster de Saint-Victor était fanatique pour ses rois comme un Romain de l'ancienne Rome l'était pour sa république. Pendant tout le procès il fit constamment des réponses inconcevables, et toujours bravant les juges et l'autorité... Souvent il dédaignait de répondre, et en tout Napoléon avait raison: il fit beaucoup de mal à sa cause par l'obstination qu'il apportait quelquefois dans ses réponses... Du reste loyal, brave, et brave chevaleresquement... L'infortuné périt avec le plus noble courage, et sur l'échafaud, au moment où sa tête tombait, il criait encore: Vive le Roi!
[58]: On croit généralement que M. Jules de Polignac avait été condamné à mort; c'est une erreur, il ne le fut jamais qu'à deux ans de détention.
[59]: Ce fut à M. de Narbonne (le comte Louis de Narbonne) que ce fait arriva.
[60]: Qui depuis est devenue duchesse de Rivière. C'est un beau caractère de femme. C'est le dévouement, la tendresse, tout ce qu'une âme de femme renferme, mais ce que souvent elle n'a pas le courage de donner. Mademoiselle de La Ferté eut ce courage; honneur à elle!
[61]: Lorsqu'on voit une personne naturellement bonne se conduire sévèrement envers des parents très-proches, que le public ne se presse pas de lui donner tort; il est probable qu'elle n'en a aucun.
[62]: Il y eut longtemps en France jusque sur les arbres des grandes routes... sur des rochers, de pareilles inscriptions.
[63]: Les fleurs funéraires.
[64]: Millin était fort royaliste. L'empereur, qui le savait, ne l'aimait pas; et deux fois, sans l'inquiète amitié et les démarches de ses amis, il aurait été privé de sa place, qui était sa seule fortune!...
[65]: Madame de Montesson.
[66]: Madame de Genlis ne dit ici que ce qui est. Autrefois les femmes, lorsque le maître d'hôtel avait annoncé le dîner, sortaient toutes les premières du salon: celles qui étaient le plus près de la porte passaient les premières en se faisant quelques compliments, mais qui n'entravaient pas la marche. Les hommes passaient ensuite, et à table on se plaçait selon ses goûts et sa convenance. Quelquefois le maître de la maison mettait auprès de lui les deux femmes les plus importantes.
[67]: M. de Valence parle ainsi parce que de son temps c'était la manière de s'exprimer: on était ou charmé, ou ravi, ou désespéré, et souvent c'était de ne pas rencontrer ou de rencontrer quelqu'un. Cette façon de parler était surtout singulière lorsqu'on faisait une narration dans laquelle on faisait, comme ici M. de Valence, intervenir Napoléon qui était surtout le plus concis des hommes.
[68]: Il ne fut exilé que quelque temps après.
[69]: Sabatier de Cabre, ancien conseiller-clerc au parlement de Paris, homme de beaucoup d'esprit, le plus grand puriste que j'aie connu. Il avait un esprit qui pouvait ne pas plaire en tout, en ayant beaucoup.
[70]: À cette époque, on aurait trouvé peu convenable qu'on fût trop hostile contre les ouvrages d'une femme; mais le champ était libre, et M. de Feletz l'a prouvé avec madame de Staël: elle fut souvent péniblement affectée par les feuilletons du Journal des Débats. Que de lignes fines et spirituelles ont été insérées dans le Journal de l'Empire (le même journal que les Débats) sur le petit nuage de Corinne! Ce petit nuage a suffi pour déranger quelquefois la paix littéraire de l'auteur. Mais pour faire de l'esprit sur un défaut sans arriver à l'injure, il faut de l'esprit et de l'esprit de critique.—On ne l'a pas parce qu'on rêve qu'on l'a. La critique haineuse est non-seulement une entrave à l'esprit, mais à la raison, sans laquelle on ne peut écrire, même un feuilleton.—Les personnalités sont odieuses, presque toujours injustes, et, ce qui est plaisant à observer, toujours inutiles à la critique. Qu'est-ce que tout cela prouve? répondait Beaumarchais dans ce fameux mémoire que les Goëzman l'avaient contraint d'écrire. Qu'est-ce que cela prouve?... et il ajoutait des pages qu'il n'eût pas écrites sans la polémique ouverte par ses ennemis.—Ce qui lui fit dire un jour: Mes ennemis m'ont forcé de me sauver sur un piédestal.
[71]: Les quatre premiers volumes de la Correspondance littéraire avec le grand-duc de Russie. Ces quatre premiers volumes parurent à cette époque, et l'impression, bien plus soignée que celle des autres, fut surveillée par La Harpe lui-même avant son exil.
[72]: On dirait que celui qui attaquait M. de La Harpe est un frère de celui qui m'a fait l'honneur d'un feuilleton si véridique, comme critique, dans le numéro du 9 septembre dernier de la Gazette de France. J'ai répondu avec des faits à ce que ce monsieur disait sur les miens; mais j'ai été plus concise dans ce qui me concerne, quoique cependant j'eusse beau jeu pour répondre victorieusement. Voici une des omissions que j'ai faites dans ma réponse au feuilleton. Je répare ici cet oubli pour donner encore un exemple de la mauvaise foi d'une critique de ce genre.
L'auteur du feuilleton, pour prouver que je ne suis VRAIE EN RIEN, disait, comme on le sait, que j'avais quatre-vingt-trois ans, et que j'étais de la communion de l'abbé Châtel! et pour fortifier ces belles assertions, il disait encore:
«Enfin, madame d'Abrantès sait si peu ce dont elle parle, qu'elle prend Christophe de Beaumont pour Élie de Beaumont, et elle confond l'archevêque et l'avocat.»
Je connais peut-être mieux l'histoire et les noms des archevêques de Paris que le monsieur du feuilleton; mais je ne le lui prouverai pas autrement que par un mot; ce qui suffit pour ce qu'il avance. Le voici: il le trouvera dans mon Histoire des Salons, tome Ier, page 298, Salon de monseigneur de Beaumont:
«La masse du clergé tonnait contre les réfractaires, et M. Turgot surtout était désigné comme indigne du nom de chrétien. À la tête de ces prêtres exaltés, était Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, etc.»
Et voilà ce qu'on appelle de la critique!...
La phrase que je cite est la première du Salon de monseigneur de Beaumont, où je parle de lui; et dans le courant de ce même Salon, je ne dis pas un mot qui puisse donner lieu à l'erreur.
[73]: M. de La Harpe rappelait lui-même fort souvent qu'on lui avait donné ce nom de Contempteur, et cela avec orgueil.
[74]: Depuis son arrivée en France, elle avait donné un autre volume des Annales de la vertu, une nouvelle méthode d'enseignement, un livre d'Heures pour les enfants, une nouvelle édition du Petit La Bruyère.
[75]: César Ducrest, fils du chancelier du duc d'Orléans, qui était frère de madame de Genlis. Il était avec M. de Pont, ami de madame de Montesson et ancien intendant de Metz. M. de Pont voulut voir la fête, c'est-à-dire le feu d'artifice[75-A], du plus près possible; en conséquence il monte sur un petit bateau dans lequel le suivent M. Ducrest et une autre personne dont j'ai oublié le nom. Une bombe d'artifice, lancée en l'air et qui ne prit pas, retomba et éclata dans leur bateau; le malheureux César Ducrest fut tué, et M. de Pont eut le bras cassé et fut très-mal pendant longtemps. J'avoue que je concevrais que madame de Genlis eût quitté Versailles pour venir à Paris, si son neveu était mort à Versailles; mais revenir au contraire dans la ville où il avait péri, c'est ce que je ne comprends guère. Madame de Genlis me donne ici une nouvelle preuve de ce que j'ai vu en elle; elle ne faisait rien comme personne, et pourtant elle n'était ni originale, ni amusante, ce qui est pourtant une condition des gens qui ne sont pas comme les autres.
[75-A]: Pour un 1er vendémiaire.
[76]: Madame de Montesson avait un immense crédit sur madame Bonaparte (Joséphine), et le premier Consul avait pour elle une grande considération. Je suis même convaincue que la faveur de madame de Genlis depuis vint de sa tante.
[77]: Ce furent les propres paroles de Napoléon. Madame, dit M. de Rémusat, j'ai l'honneur de vous faire observer que ce sont les propres expressions du premier Consul.
[78]: Je regardais un jour le tableau de Gérard représentant Louis XIV tenant par la main le duc d'Anjou, en disant: Messieurs, voilà le roi d'Espagne,—et j'étais étonnée que le tableau sorti de l'atelier d'un homme de génie fût aussi froid. Madame Aubert, ma fille, après l'avoir regardé, trouva le motif du peu de charme de ce tableau. C'est, me dit-elle, que toutes les figures sont copiées sur des émaux et des profils, du moins en grande partie. Cette remarque est très-fine et très-juste.
[79]: Madame de Bon était fort agréable de figure et de tournure; elle avait un petit garçon ravissant de beauté. M. d'Abrantès me l'amena un jour, et je crus voir un Amour de l'Albane animé: c'était un être idéal. Je lui demandai comment il se nommait? «Bon et Beau, me répondit-il, en levant sur moi les plus beaux yeux que j'eusse encore vus.» Et cette réponse fut faite avec une naïveté charmante. Il avait, je crois, trois ou quatre ans.
[80]: C'est encore comme celui que madame de Genlis reproche à madame Cottin; elle dit que c'est son roman des Vœux téméraires qui lui a donné l'idée de Malvina. Il faut qu'elle se soit trompée en citant ce roman. Il n'y a pas le moindre rapport entre les deux ouvrages. Malvina est une femme qui n'est pas une inconnue dans le château de la tante d'Edmond: Edmond lui est infidèle, elle devient folle, et meurt de douleur. Rien n'est semblable.
[81]: Ce ne fut que dans une conversation entre Lavalette et madame de Genlis qu'eut lieu l'accord définitif pour la correspondance. Madame de Genlis ne répondit pas clairement à la lettre de Lavalette. Il fut un matin chez elle et traita la chose comme je la rapporte.
[82]: Cet artiste, doué d'un grand talent qu'on admire encore plus particulièrement dans la Bataille d'Austerlitz, qu'il a gravée d'après le tableau de Gérard, ainsi que la Psyché et l'Ossian du même auteur, demande en vain la croix sans pouvoir l'obtenir depuis dix ans! C'est un artiste renommé, qui est encore plein de verve, et qui grave en ce moment la Bataille de Marengo pour que la Bataille d'Austerlitz ait un pendant... Croirait-on qu'on a répondu sous le ministère de M. Gasparin à un artiste aussi honorable: Vous ne produisez plus!—Mais vous ne donnez donc de récompenses qu'aux talents à venir? et vous ne récompensez jamais le certain, celui qui a déjà fait ses preuves. Le tableau d'après lequel M. Godefroy fait la Bataille de Marengo est de lui-même... Voilà l'homme qui ne produit plus!...
[83]: Ermesinde de Narbonne (Narbonne Fritzlar ou Narbonne Pelet) était une jeune personne charmante d'élégance et de distinction dans ses manières. Elle avait un grand éclat dans la physionomie, et le premier coup d'œil jeté sur elle lui faisait trouver de la beauté. Elle était rousse, mais elle s'était fait raser la tête et portait une perruque artistement faite. Madame de Chevreuse était la seule jeune femme de son époque qui, par son insouciance de bon goût, rappelât les manières d'un autre temps. Elle avait des partisans fanatiques comme je n'en ai vu à aucune femme à la mode depuis elle.
[84]: Millevoye, mort trop tôt pour son beau talent, fut enlevé aux lettres et à ses amis inconsolables de sa perte en 1822.
[85]: C'est M. le comte Elzéar de Sabran, dont j'ai parlé dans le Salon de madame de Polignac, et qui joua devant le roi et la reine le rôle d'Oreste dans Iphigénie en Tauride, tandis que sa sœur remplissait celui d'Iphigénie. Cette sœur fut depuis madame de Custine.
[86]: M. Sabatier de Cabre, ancien conseiller-clerc au Parlement. Il était abbé, mais pas prêtre ordonné; il portait seulement le petit collet. Il est oncle de madame la comtesse Alexandre de Laborde.
[87]: Madame Tallien.
[88]: Depuis comtesse de Montholon.
[89]: Cette jeune Prussienne que madame de Genlis amena avec elle eut ensuite des torts, à ce qu'il paraît et d'après ce que disait madame de Genlis elle-même; elle la donna à un ange dont la bonté jamais ne se lasse, à madame Récamier.
[90]: Les filles de madame de Valence ont été des personnes remarquables de tous points. Madame de Celles mourut encore jeune et emporta les regrets de tout ce qui l'a connue. Son esprit et son cœur lui attachaient tous ceux qui la voyaient seulement une fois; instruite sans pédanterie, vertueuse sans rigorisme pour les autres, elle était aimée non-seulement de ceux qui devaient l'aimer, mais de tout ce qui la connaissait. Elle mourut à Rome, où son mari était ministre du roi des Pays-Bas. Madame Gérard, sa sœur, est également bonne et charmante comme elle. Les enfants de ces deux dames étaient au nombre de quatre au moins à cette époque.
[91]: Ou plutôt provoquée. Voici une des strophes de Lebrun dans cette ode abominable. Le cardinal Maury la récitait de sa voix si retentissante avec une énergie vraiment profonde et communicative.
Purgeons le sol des patriotes
Par des rois encore infecté.
La terre de la liberté
Rejette les os des despotes.
De ces monstres divinisés
Que tous les cercueils soient brisés,
Que leur mémoire soit flétrie,
Et qu'avec leurs mânes errants
Sortent du sein de la patrie
Les cadavres de ces tyrans.
Pour commentaire à cette strophe, il faut ajouter que ce même Lebrun fut le plus vil flatteur du régime impérial!...
[92]: On sait comment M. de Choiseul a connu beaucoup de détails intimes du sérail: c'était par le moyen de marchandes arméniennes qui pouvaient pénétrer jusque dans les cours intérieures.
[93]: C'était la même société. M. de Nassau, M. de Montrond, M. de Talleyrand, M. de Narbonne et M. de Choiseul formaient la société la plus intime de l'hôtel de Talleyrand, et cela, il faut le dire à la louange de M. de Talleyrand, sans secousse et sans caprice.
[94]: Je ne puis m'en plaindre, car il fut admirable dans son affection pour moi jusqu'au moment de sa mort.
[95]: Il me faut ici dire mon sentiment, non pas sur les lettres anonymes injurieuses, je me réserve cette satisfaction pour plus tard. Je parlerai seulement ici de ces correspondances voilées, mystérieuses, dans lesquelles des femmes ne craignent pas de parler comme elles rougiraient de le faire à découvert. Je ne blâme pas une correspondance mystérieuse entre femmes comme atteinte à la morale: elle n'est que sotte et niaise; cependant j'y trouve aussi peu de ce qui est estimable. Comme base de toute amitié, c'est la loyauté et la franchise. Qu'est-ce qu'un mystère en amitié? Qu'est-ce qu'une coquetterie? Tout cela est la preuve du peu de vérité d'un sentiment, quel qu'il soit. S'il est amitié, on ne jouit de celle que l'on inspire que lorsqu'elle vous est accordée à vous, et non à un être imaginaire; s'il est amour, alors je ne le connais pas: il est absurde, au reste, dans les deux sentiments. Au reste, voilà mon opinion, et je ferai toujours peu de cas de ceux qui emploieront ce moyen.
[96]: M. d'Abrantès fut nommé gouverneur au mois de juin 1806 (28 juin), et ses lettres de nomination furent entérinées dans la quinzaine qui suivit. Sans qu'il l'eût demandé, son cortége, formé par les officiers-généraux à Paris, fut extrêmement nombreux, et tous s'y rendirent par amitié pour lui. Il était le premier gouverneur de Paris sous l'Empereur dont les lettres fussent entérinées; le frère et le beau-frère de Napoléon ne l'ont pas fait. L'Empereur le voulut ainsi, parce que l'autorité de M. d'Abrantès était supérieure à toutes les autres. En l'absence de l'Empereur, il ne correspondait qu'avec lui et ne recevait d'ordre que de l'archi-chancelier. Le gouvernement de Paris était un ministère.
[97]: Il partait pour Iéna. Il quitta Paris au mois de septembre ou d'octobre 1806.
[98]: Frochot était marié; mais sa femme était en Bourgogne, et ne pouvait d'ailleurs faire les honneurs de l'Hôtel-de-Ville, où l'Empereur ne voulait qu'élégance et luxe. Ce fut lui-même qui donna l'ordre que la gouvernante de Paris ferait les honneurs de l'Hôtel-de-Ville. La chose ne fut pas demandée.
[99]: J'ai mis cette particularité pour montrer qu'il n'y eut jamais de ma faute lorsque cette marque d'apparent oubli arriva.
[100]: J'allai passer la soirée, il y a quelques mois, chez une femme de ma connaissance. J'étais à peine assise qu'elle vint à moi tenant par la main une grande et belle femme, ayant encore de la fraîcheur et une figure qui avait dû être encore plus belle et charmante.—Permettez-moi, dit madame C....., de vous présenter mon amie d'enfance. Elle voudrait bien vous témoigner elle-même combien elle est heureuse de vous voir; malheureusement elle est sourde et muette. À mesure que je regardais cette grande et belle personne, des souvenirs me frappaient en foule.—En vérité, dis-je enfin, si la grande et belle taille de Madame ne me rejetait loin de l'image que sa belle figure me rappelle, je croirais presque qu'elle est une jolie enfant que je présentai à l'Empereur à un bal de la Ville... mademoiselle Robert!—Précisément... C'était elle!...
Je ne puis dire avec quel intérêt je la revis. Ce n'était plus cette tête d'ange entourée de boucles blondes et d'un nuage rose; mais elle est devenue une belle femme, ayant toujours son candide et spirituel regard. Elle est peintre de portraits, et possède un beau talent. Rien n'est plus remarquable que l'intelligence de son regard. Je crois que pour un peintre de portraits, c'est une grande chose que de n'être pas distrait par le bruit ou les remarques. On a voulu faire parler mademoiselle Robert, ce qu'elle a fait, mais d'une manière si singulière qu'elle me fit tressaillir. Je ne conçois pas que les sourds-muets aient tous la manie de faire entendre des sons sauvages, qui après tout ne leur servent à rien, et ne sont qu'un regret de plus pour ceux qui les aiment lorsque le malheureux retombe dans son silence.
[101]: Je me place la première parce qu'à l'Hôtel-de-Ville, cela était ainsi dans cette circonstance. Un jour ayant mis trop peu de noms de la ville sur la grande liste, l'Empereur s'écria de fort mauvaise humeur: «Mettez-moi des noms de la ville et pas de noms de la Cour; je ne vais pas à l'Hôtel-de-Ville pour voir des gens que je vois tous les jours.»
[102]: On sait que, dans les grandes fêtes, la cour devenait une immense salle soutenue par de forts piliers. Cette salle est la grande salle Saint-Jean, qui pouvait contenir au moins quatre mille personnes.
La fête donnée par M. de Rambuteau au moment du mariage du duc d'Orléans fut admirable. J'en parlerai au temps actuel dans le dernier volume.
[103]: Nous venions de l'acquérir de M. Ouvrard quelques mois avant.
[104]: Scène rapportée dans le cinquième volume de mes Mémoires, 1re édition.
[105]: Madame la comtesse de Lagrange, mère de madame la duchesse d'Istrie.
[106]: Elle me le rendait aussi. Que de fois nous avons raisonné de confiance sur cette société qu'on voulait refaire sans qu'une volonté uniforme secondât la volonté première!
[107]: Elles étaient toutes deux mesdemoiselles de Vergennes, nièces du ministre.
[108]: Je revenais un jour de faire une visite dans une maison où était madame de Matignon, peu de temps après son retour d'émigration. Je le dis à dîner chez moi le même soir. «A-t-elle toujours son éclatante fraîcheur?» me demanda mon oncle. Je demeurai stupéfaite; mais bien plus encore lorsque mon oncle ajouta: «Ah! dans le fait, elle n'est pas tout-à-fait si fraîche que madame de Simiane!...»
Je venais de voir ces deux dames chez madame de Bouillé la mère et chez madame de Contades, et toutes deux m'avaient semblé des statues de cire jaune!
Madame de Matignon était la plus naturelle personne du monde et fort amusante, mais emportant le morceau lorsqu'elle mordait sur quelqu'un.
[109]: Sœur du baron de Montmorency.
[110]: Madame de Braamcamp est fille de M. le comte Louis de Narbonne; elle a été élevée par Mesdames, tantes de Louis XVI: on le voit à ses excellentes manières, son ton parfait. La nature lui a donné de plus un cœur d'or, et tout cela dans une charmante enveloppe; je l'aime tendrement.
[111]: Madame la comtesse de Rambuteau, Adélaïde de Narbonne, est également fille de M. le comte Louis de Narbonne.
[112]: On sait que le cardinal Maury était fort libre dans son maintien et ses propos.
[113]: Où était Frascati; ce qui est abattu maintenant.
[114]: Le général Auguste Colbert a été en Égypte, ainsi que ses deux frères Alphonse et Édouard. C'est une brave et digne famille. On connaît la bravoure d'Édouard et d'Alphonse; qu'on voie ensuite leur vie privée et d'homme social: elle est admirable comme pères de famille et comme hommes du monde.
[115]: Il ressemblait à l'Antinoüs.
[116]: Sa voix faisait tressaillir la première fois qu'on l'entendait; elle effrayait dans la colère. Il était très-violent et très-courageux.
[117]: Une très-belle gravure représentant l'abbé Maury répondant à Mirabeau, qui l'attaquait à faux sur les libertés de l'Église gallicane.
[118]: On sait qu'un jour, allant à l'Assemblée, il fut entouré par une foule de peuple qui voulait le mettre à la lanterne: «Imbéciles, leur cria-t-il, en verrez-vous plus clair?» On se mit à rire, et il fut sauvé. Une autre fois, il fut cerné par deux ou trois cents de ces Marseillais, qui étaient ici en 1791 déjà, et qui voulurent aussi le pendre. «Attends, chien d'abbé, lui dit un des plus déterminés, je vais t'envoyer dire la messe aux enfers.—Prends garde que je ne t'y envoie avant moi pour la servir; et voilà mes burettes, s'écria l'abbé en marchant sur lui avec deux pistolets qu'il venait de sortit de sa poche, car il marchait toujours armé.
[119]: En parlant de son temps, je le prends à l'Assemblée constituante.
[120]: Il a quatre-vingt-trois ans, et son esprit est toujours ravissant.
[121]: Mademoiselle de Dillon, madame de Latour-du-Pin (Gouverney), rentra en France sous le consulat; son mari fut préfet; ils ont bien malheureusement perdu leur fils. Madame de Latour-du-Pin était une femme fort spirituelle et d'une société charmante.
[122]: Elle était excellente musicienne, et jouait admirablement du piano.
[123]: Auteur en vogue.
[124]: Maître de piano de la reine.
[125]: L'aristocratie américaine, celle de l'argent, est plus marquée que la nôtre.
[126]: Heureux époux!
[127]: Lire là-dessus un roman bien touchant, intitulé Mémoires de madame de M.....
[128]: Il est bien vrai!...
[129]: Elle était grande, blonde, et son teint éblouissant de blancheur.
[130]: Il ne fut pas arrêté, mais il vécut longtemps caché.
[131]: Le Journal de Paris était rédigé en grande partie par lui.
[132]: Il avait fait ce vers contre l'Empereur.
[133]: Gabriel-Jean-Baptiste-Marie Legouvé, né à Paris le 23 juin 1764. Son père était un avocat distingué.
[134]: La critique de la Mort d'Abel est injuste, comme toutes les critiques de La Harpe sur ses contemporains. La Mort d'Abel est admirablement versifiée; c'est déjà quelque chose, et on y retrouve des scènes de Gessner, avec sa riante pastorale, et des scènes de Klopstock, avec leurs sombres beautés. M. de La Harpe a été pédant comme presque toujours, comme l'observe très-judicieusement M. Denne-Baron, dans son excellente biographie de Legouvé, dont ses amis doivent le remercier.
[135]: On sait que sa femme s'en fut avec M. de ****. Legouvé ne put résister à ce coup, et ne fit que languir après la connaissance qu'il eut de son malheur.
[136]: Legouvé mourut paisiblement trois ans après la perte de sa femme; c'était un ami pour beaucoup de ceux qui le connaissaient, comme il était un des premiers poëtes du moment où il vivait. Son fils, qui fut camarade de collége du mien, annonce le plus grand talent, et succèdera à son père.
[137]: Je crois même que ce ne fut que dans le Devin du Village; mais je n'en suis pas sûre.
[138]: Voici un fait que je puis certifier. M. d'Abrantès me rapporta de Parme, en 1806, plus de cent partitions manuscrites de Cimarosa, Guglielmi, Fioravanti, et il avait trouvé tout cela à Parme. J'annonçai cette bonne nouvelle à Garat; il vint le lendemain matin. Nous déjeunâmes ensemble, et après, nous nous mîmes à parcourir les partitions. Il ne fut arrêté par aucun passage, lut tout à livre ouvert, et fut parfaitement aimable et gai. Il déchiffrait tout cela en marchant et causant.
[139]: Il composa pour lui, Libon et moi, un trio intitulé la Pensée, dont le thème est une romance de moi: Ma peine a devancé l'aurore! Il eut un grand succès.
[140]: Je déclare ici n'établir aucun parallèle. Le talent de M. de Thalberg est admirable, et je ne le mets ni au-dessus ni non plus au-dessous de Listz; mais par la même raison que les yeux ne reçoivent pas tous la même impression de la beauté d'une femme, les oreilles ne sont-elles pas soumises à la même délicatesse des organes? J'adore le talent de Listz; j'avoue qu'il a le don de me faire pleurer, parce que je crois qu'il pleure. Son émotion n'est pas feinte; elle se communique à mon âme plus que la perfection du toucher.
[141]: La maison Russe est une des charmantes fabriques qui servent à loger des étrangers au Raincy, comme la Pompe à feu, la maison de l'Horloge, la porte de Chelles, la maison du Rendez-vous.
[142]: Le général Lallemand, mari de Caroline de Lartigues, fille du plus riche planteur de Saint-Domingue, a été aide-de-camp de M. d'Abrantès. Il est aujourd'hui pair de France.
[143]: Il y en a dont les noms se retrouveront par la suite, et dont je n'ai pas fait mention; c'est qu'alors je les aurais oubliés, ou qu'ils ne seraient venus que rarement chez moi. De ce nombre était, par exemple, l'abbé Delille: il ne nous aimait pas, nous autres gens de l'Empire, et il ne fut peut-être pas accueilli par M. d'Abrantès comme il aurait dû peut-être, mais surtout voulu l'être.
[144]: Mademoiselle de Coigny, fille du marquis de Coigny.
[145]: Ces lettres me furent écrites au moment où je reçus la nouvelle de la mort de mon mari.
Voici quelques lignes de l'une d'elles.
«Et, dans un tel malheur, je suis à trois cents lieues de vous[145-A], ou plutôt je ne suis pas où vous êtes!... mais n'importe; vous savez que partout et toujours vous pouvez compter sur moi comme sur votre frère... sur votre père!... Dites-vous bien surtout que si j'étais malheureux, il n'est rien que je ne vous demandasse. Adieu, serrez vos enfants contre votre pauvre cœur, et faites tout pour vous conserver à eux et à ceux qui vous aiment...
[145-A]: Il était à Torgau, où l'Empereur l'avait envoyé en sortant de son ambassade d'Autriche... ce fut là qu'il mourut aussi deux mois après avoir écrit cette lettre... Je ne le revis pas!...
[146]: Comme, par exemple, le voyage de Melling à Constantinople.
[147]: Célèbre peintre en miniature, et rival d'Isabey; mais Isabey lui était supérieur.
[148]: La peinture que je fais là de M. de Grefulhe lui donne de la ressemblance avec un héros de roman, et pourtant jamais homme ne le fut moins que lui. Il est en tout d'une nature absolue et positive.
[149]: Vrai nom de madame Murat. Elle a pris depuis le nom de Caroline, qui est probablement le second de ses noms. Mais dans son enfance, et avant son arrivée à Paris, on l'appelait Annonciata.
[150]: Elle était tellement exacte, qu'à la Malmaison je ne me rappelle pas l'avoir vue arriver dans le salon à dix heures moins seize ou dix-sept minutes; toujours à dix heures moins un quart juste.
[151]: Les appartements à gauche en entrant dans la cour, au-dessous de l'Impératrice.
[152]: Ils avaient dû se marier. Le mariage n'eut pas lieu, parce que ni l'un ni l'autre n'étaient assez riches.
[153]: Mademoiselle de Launay, charmante personne, fut obligée de quitter Madame, ce qui me fit personnellement de la peine. Elle était la seule personne jeune dans le vaste château de Pont, et nous nous entendions à merveille ensemble. Elle était sœur de la lectrice de la reine Hortense.
[154]: Autrefois madame la duchesse d'Aiguillon. Elle était en prison avec Joséphine, lorsqu'un geôlier vint chercher un meuble qui appartenait à madame de Beauharnais...—Mais, s'écrièrent les compagnes de chambre de la pauvre Joséphine, elle n'est pas condamnée!.... Le geôlier se mit à rire.—C'est chose toute prête... ne vous en inquiétez pas!...
Les femmes alors se mirent à pleurer; mais madame de Beauharnais les consola.
—Que craignez-vous? leur dit-elle... il n'est pas possible que je meure! ne faut-il pas que je sois reine de France?
Elles la crurent folle!...
En effet, une vieille esclave de la Martinique lui avait prédit qu'elle serait reine de France, et mourrait DANS UN HOSPICE.
—Eh! pourquoi ne pas nommer votre maison? lui dit presque en colère la duchesse d'Aiguillon, qui souffrait de voir son amie dans cette sorte de tranquillité; pourquoi ne pas nommer votre maison tout de suite?...
—Eh bien! oui, et je vous nommerai madame d'honneur, lorsque je serai reine de France!...
Mais lorsque l'Impératrice fut couronnée, elle se rappela l'amie dont l'affection avait adouci ses malheurs, et la demanda à Napoléon pour dame d'honneur.
—Non, dit l'Empereur, elle est divorcée!...
Mais, plus tard, il fut moins sévère pour une femme qui possédait toutes les qualités et toutes les vertus. Madame Louis de Girardin fut nommée dame d'honneur de la reine Julie.
[155]: Madame de Canisy était la plus belle personne et l'une des plus aimables de la Cour impériale, sans comparaison... quand je songe à cette époque où vingt-cinq femmes belles à être suivies, comme le prouvent au reste leurs bustes et leurs portraits, embellissaient une fête, et que je vois comme il est facile de passer aujourd'hui pour belle, je souris et m'étonne... On a donné, par exemple, le sceptre de la beauté il y a trois ans à une femme, grisette de naissance et de figure!... on n'était pas difficile.
[156]: Laure de Caseaux était une jeune fille gaie, vive, spirituelle, bonne et charmante. Son père était premier président au parlement de Bordeaux, et sa mère était mademoiselle de Taillefer. Laure de Caseaux était de mon âge, fille unique et héritière de plus de 300,000 livres de rentes!... élevée à ravir par une mère la plus digne des femmes, et une gouvernante, mademoiselle Roulier, également bonne pour cette tâche, elle leur donna la douce jouissance de voir réussir leur entreprise. Jamais éducation n'eut un plus brillant succès. Le cœur, l'esprit, les talents à un degré supérieur, tout vint justifier de ce que pouvait produire une éducation bien dirigée avec une personne comme Laure de Caseaux!... Elle donna plus tard des preuves d'une autre admirable partie d'elle-même, lorsque ses malheurs l'appelèrent à rendre témoignage de sa force et de son courage... son âme se montra alors ce qu'elle était, la plus belle partie d'elle-même... Elle est aujourd'hui mariée à M. de Cassarède, et établie près de Pau, et là, après avoir été la meilleure des filles, elle est la meilleure des mères... Mademoiselle Mélanie de Périgord, fille d'Archambaud de Périgord, frère de M. de Talleyrand, était l'autre amie dont j'ai parlé, d'une belle et grande naissance, et fort riche héritière aussi; elle avait, comme Laure de Caseaux, tous les avantages de cœur et d'esprit qui font aimer ceux qui les possèdent: aussi l'aimai-je tendrement, et mon amitié, toujours la même, ne finira qu'avec moi.
[157]: M. le duc d'Orléans, père de celui qui périt dans la révolution.
[158]: Depuis que j'ai parlé très-succinctement de cette petite aventure dans mes Mémoires, j'ai revu l'une des trois femmes qui étaient en quête du ministre de la Marine, et l'histoire me fut racontée telle que je la mets ici.
[159]: Olivier était un homme qui faisait des tours de cartes et d'adresse avec un talent merveilleux. Il avait surtout un certain tour d'un anneau dans une boîte, et cette boîte fermée... Enfin, les enfants en étaient dans le ravissement...
[160]: Cette miss Podewin, aujourd'hui madame Amet, après avoir fait l'éducation de mes filles, a fait celle de lady Suzanne Douglas, aujourd'hui comtesse de Lincoln, fille du duc d'Hamilton. Madame Amet est une des plus dignes et des plus honorables femmes que je connaisse.
[161]: L'aînée de tous mes enfants, et filleule de Napoléon et de Joséphine.
[162]: La plus jeune de mes filles; elle était aussi timide que douce et bonne, et depuis elle a prouvé qu'on pouvait être en même temps une femme éminemment spirituelle.
[163]: M. le prince de Metternich, alors comte de Metternich et ambassadeur d'Autriche en France, avait une ravissante famille, qui était de toutes nos fêtes. Marie, l'aînée de ses enfants, charmante jeune fille de huit à neuf ans, était ma favorite!... elle fut depuis madame d'Esterhazy... L'autre petite fille, Clémentine, était un ange de beauté et de grâce: c'était un Amour de l'Albane... Le troisième était Victor; il était un bon et excellent jeune homme... mais son père lui était si supérieur qu'à côté de lui son infériorité était visible. Étant enfant, il était bon et toujours en harmonie avec ses jeunes camarades.
[164]: Celle à qui appartenait Vilaines. Mademoiselle Digneron, sœur de M. de Saint-Furcy, avait épousé M. Gilbert de Voisins, frère de madame d'Osmond. M. de Saint-Furcy était cousin-germain de ma plus intime amie, madame Lallemant, et oncle de M. Alfred de Voisins, mari de mademoiselle Taglioni.
[165]: M. Michelot, qui est si parfait pour nous au théâtre Castellane, et dont j'apprécie à un bien haut degré la patience et la bonne volonté... Nous lui en devons une grande reconnaissance.
[166]: Elle fut parodiée ainsi:
Pauvre peuple, quand j'étais près de toi,
Tu ne sentais pas ta misère;
Mais à présent que tu n'as plus de roi,
Tu manques de tout sur la terre.
[167]: Femme, je crois, où belle-sœur de celui qui jouait si bien au trictrac. Il disait: C'est l'année... où j'ai fait une école.
[168]: Du château de Montgeron.
[169]: Mari de la jolie madame de Barral, maintenant madame de Septeuil.
[170]: Fille du duc d'Esclignac et de Fimarcon. Elle est sœur du duc d'Esclignac, mari de la jolie duchesse d'Esclignac, nièce de M. de Talleyrand et fille de son frère Bozon.
[171]: Le duc de Brancas était chambellan de l'Empereur: c'était lui qu'on appelait toujours le grand Brancas.
[172]: Cette forêt... cette forêt que vous appelez Sénart!... comme dit Arnal dans cette pièce où il apporte un gros-bec mâle et un ibis de la Haute-Égypte.
[173]: C'est vrai: M. Jaubert arriva au moment et empêcha l'exécution; l'ambassadeur logeait rue Plumet, à l'hôtel de mademoiselle de Condé, sur les boulevards neufs, du côté des Invalides.
[174]: La veste bleue, le chapeau ciré.
[175]: L'histoire qu'on vient de lire n'aurait aucun mérite si elle était composée. Elle est vraie dans tous les points: cette sinistre aventure a eu lieu effectivement dans l'année 1809, et la catastrophe fut ce que je dis ici. Madame de C*** est remariée maintenant.