Notes
[1]: Les Barras étaient une de ces douze grandes familles de la Provence, qui avaient, avec juste raison, de hautes prétentions à une noblesse que peu de familles pouvaient leur disputer en France. L'ancienneté des Barras était passée en proverbe: Noble comme un Barras, disait-on en Provence; les Barras sont aussi anciens que nos rochers, disaient les paysans.
[2]: Étant un jour avec lui dans son cabinet[2-A], il me dit, en me parlant de quelques amis intimes que j'avais dans le faubourg Saint-Germain, et qu'il n'aimait pas alors:—Je ne crains pas votre faubourg Saint-Germain... pas plus que votre hôtel de Luynes... je ne les crains pas plus que je ne les aime... et que je ne les aimais lorsque je croyais que l'impératrice (Joséphine alors) était elle-même un gros bonnet parmi tout ce monde-là.
[2-A]: C'est de cette conversation que lui-même rend compte dans le Mémorial de Sainte-Hélène, et dans lequel il avoue lui-même aussi que je le traitai comme un petit garçon.
[3]: Ce nom de madame Leclerc me rappelle un livre qui m'est tombé sous la main l'autre jour, et qui s'intitule: Mémoires d'une Femme de qualité, dont l'auteur est, dit-on, madame du C...., les documents en sont tellement fautifs, que je parle ici de cet ouvrage pour engager à le lire comme un livre spirituel et parfaitement écrit, mais d'une telle inexactitude, que je recommande aussi de ne pas s'y fier pour les renseignements qui concernent le Consulat et l'Empire. C'est ainsi qu'on y voit toute une histoire, ou plutôt un roman sur madame Leclerc (princesse Pauline), sur laquelle, en vérité, il y a bien assez de choses vraies à dire. L'auteur lui fait épouser le général Leclerc, la première année du Consulat, tandis qu'elle l'a épousé à Milan, en 1796, cinq ans auparavant!... Ils partirent tous deux pour Saint-Domingue, où le général Leclerc mourut, en 1802 (au commencement); elle revint en Europe, et, en 1803, elle épousa le prince Borghèse. Mais ce n'est pas tout: on fait du général Leclerc un charmant et beau cavalier... lui qui était petit, chétif et de la plus insignifiante figure; si ce n'est pourtant qu'il avait toujours l'air de méchante humeur, ce qui lui faisait une expression comme une autre. Quant à être amoureuse du général Leclerc, sa femme n'y a jamais songé: ce fut un mariage de convenance, arrangé par Bonaparte, et accepté par l'ambition de Leclerc. Tout ce qui a rapport à Madame-Mère est aussi peu vrai. J'ai déjà réfuté tout ce qui frappait sur elle pour le reproche d'avarice, et crois l'avoir fait de manière à convaincre. Je continuerai ici pour son esprit. Jamais madame Lætitia (comme on l'appelait pour la distinguer de sa belle-fille), n'a dit une parole inconvenante; et, certes, tous les dialogues où elle entre en scène sont inconcevables de bêtise, pour dire le mot. Quel est, ensuite, ce titre d'Impératrice-Mère, qu'elle n'eut jamais? Si c'est une dérision, je ne la comprends pas; si c'est une erreur, elle est trop forte. Mais ce n'est pas seulement pour la famille Bonaparte que l'auteur s'est mépris; il paraît qu'il n'aimait pas à suivre la publication des bans: il fait marier le général Moreau avant le 18 brumaire et même le retour d'Égypte, tandis qu'il s'est marié depuis. Il en est de même de M. de Turenne (Lostanges); l'auteur des Mémoires d'une Femme de qualité le fait conduire sa femme chez madame Bonaparte, un mois après le 18 brumaire. M. de Turenne n'était pas marié à cette époque; ou, s'il l'était, sa femme n'allait pas aux Tuileries, et n'était pas même à Paris. Quant à M. de Turenne, ce fut beaucoup plus tard qu'il fut lui-même admis aux Tuileries.
Il en est de même d'une foule de détails sur lesquels le livre repose en entier, et qui ne sont pas plus vrais. Aucun des personnages n'est même ressemblant physiquement, quand il lui arrive de parler de leur figure. C'est ainsi que madame Lætitia a, selon lui, la physionomie PÉTULANTE, tandis que jamais visage ne fut plus calme et plus reposé: ce fut même toujours son expression habituelle. L'auteur n'est pas mieux instruit du reste. Il fait causer Hortense et Joséphine avec madame de Nansouty, qui n'était pas mariée non plus alors, et qui, d'ailleurs, n'a jamais articulé que de spirituelles et convenables paroles: c'est une charmante personne, aussi aimable que bonne, toute gracieuse et surtout n'ayant jamais rempli le rôle de flatteuse, que lui donne si bénévolement l'auteur des Mémoires. Je lui fais aussi le reproche d'être tout aussi mal instruit des choses frivoles qui nous concernent. Je lui ferai donc observer que Leroy ne faisait que des chapeaux et des modes à l'époque du Consulat. C'étaient madame Germont et madame Raimbaud qui étaient les Camille et les Palmyre de cette époque. Mesdames Bonaparte et Hortense se servaient de préférence de madame Germont. Madame Raimbaud était la couturière de madame Récamier, de madame Hainguerlot, de la société financière élégante et rivale de celle des Tuileries. On n'a jamais dit non plus madame Despaux,—toujours mademoiselle Despaux.—Son mari s'appelait M. Hyxe, et était marchand de chevaux et non pas chef de division à la guerre. Tout cela serait de peu d'importance, sans doute, si le livre ne se composait d'autres choses; mais ces faits liés ensemble par des conversations tenues par des personnages nommés plus haut forment les quatre cents pages de ce volume, et il n'y a même pas l'illusion.
C'est ainsi qu'on fait tenir à Rapp un propos qu'il ne peut avoir dit: l'auteur des Mémoires d'une Femme de qualité lui fait prendre fort à cœur la première nouvelle du concordat (1802), et Rapp s'écrie: «Pourvu qu'on ne fasse prêtres ni nos aides-de-camp ni nos cuisiniers! J'en suis fâchée pour Rapp, car le mot est bien pour un homme comme lui, mais il ne peut pas l'avoir dit. Rapp, à l'époque du concordat, n'était que lieutenant-colonel, n'avait pas d'aides-de-camp et l'était lui-même. Mais je ne puis relever toutes les fautes. M. de Narbonne, que la femme de qualité fait aller, pendant le Consulat, aux Tuileries, n'y alla que sous l'Empire. Il n'y avait pas non plus d'officiers du palais chamarrés de cordons et de croix sous le Consulat, en 1802; la Légion-d'Honneur ne fut elle-même distribuée qu'en 1804. Jamais non plus on n'a annoncé Madame, femme du premier Consul. Où l'auteur a-t-il été prendre de pareilles histoires? C'est comme Junot arrêtant le colonel Fournier!... et surtout le tutoyant! l'un est aussi peu vrai que l'autre pour qui les aurait vus un moment ensemble—ils se connaissaient à peine et ne s'aimaient pas du tout, ayant été sous la bannière différente de l'armée du Rhin et de l'armée d'Italie.
L'affaire de Cerrachi est tout aussi faussement rapportée, comme on peut le voir dans mes Mémoires et ceux de Bourrienne: ces derniers sont vrais quand la passion ne le domine pas. L'auteur des Mémoires d'une Femme de qualité ne consulte même pas le Moniteur: il fait arrêter Cerrachi le 9 novembre 1801, et il le fut le 25 octobre 1800; ce fut le général Junot, alors commandant de Paris, qui en fut chargé, et non pas le général Lannes, qui, en sa qualité de commandant de la garde, n'y avait que faire. J'ai une époque précise pour me rappeler cette circonstance; mon contrat de mariage devait être signé ce jour-là, et il ne le fut que le surlendemain, en raison de cet événement; mais voilà ce qui arrive lorsque l'on fait des livres avec des ouï-dire et des propos répétés. Des mémoires ne doivent être faits que par des personnes ayant vu les acteurs du drame qu'elles racontent. Sans cette condition observée, il arrive qu'on parle des gens comme la femme de qualité parle de M. de Metternich, qu'elle représente avec une coiffure comme celle de Mirabeau! Je ne fais aucune remarque; assez de personnes ont connu ou seulement vu M. de Metternich, et se rappellent sa charmante tournure; aussi je ne veux pas répondre là-dessus à la femme de qualité, qui peut bien être de qualité, mais qui n'est pas toujours exacte.
Je finirai ma critique en lui rappelant qu'elle devrait retrancher dans une nouvelle édition ce qu'elle dit de Madame-Mère, «Madame Lætitia, dit-elle dans le premier volume, faisait argent de tout et se faisait payer pour chaque place qu'elle faisait obtenir.» Ceci n'est plus une erreur, c'est une calomnie!... Je l'ai vu seulement hier en parcourant ce volume dont on m'avait parlé, et je déclare aussitôt que c'est une des plus odieuses calomnies que l'on puisse élever contre quelqu'un dont l'honorable caractère, dans la prospérité comme dans le malheur, aurait dû lui être une sauvegarde contre une attaque de ce genre. Madame Lætitia a un caractère noblement antique. Il faudrait un Plutarque pour la louer dignement.
[4]: Ces détails ne se trouvent pas dans mes Mémoires, parce que la place me manquait pour mettre un détail spécial pour chaque événement.
[5]: Aucune de nous n'était encore mariée à cette époque de la translation du gouvernement du Luxembourg aux Tuileries; presque tous les mariages se firent dans l'année.
[6]: L'hôtel de Brionne n'existe plus. Il était situé à la place de la porte et du guichet des gens à pied, qui se trouvent près de l'escalier pour aller chez le trésorier de la couronne. Madame Murat alla y loger dès que son frère fut aux Tuileries, et elle y fit même ses couches lorsque naquit le prince Achille, son fils aîné.
[7]: Madame Lætitia et ma mère avaient été élevées ensemble, et cela dès l'enfance; les maisons de leurs mères se touchant immédiatement; et, depuis, cette liaison s'était encore resserrée par l'événement de la mort de M. Bonaparte le père dans la maison de ma mère, à Montpellier.
M. Benezeth avait été ministre de l'intérieur; il était aussi fort ami de ma famille, qu'il avait connue en Languedoc.
[8]: On jouait l'Auteur dans son Ménage, jolie petite pièce, je crois, d'Hoffmann.
[9]: On lui donnait ce nom dans sa famille où personne ne l'appelait Pauline. Nous l'appelions aussi Paulette.
[10]: C'était alors dans cette maison, qui appartenait à Joseph, que logeait madame Lætitia.
[11]: Lucien logeait alors rue Verte, et je voulais que nous fussions chez lui, pour avoir de ses nouvelles par sa femme.
[12]: Première femme de Lucien.
[13]: Les sabres et les fusils, les baguettes, les pistolets d'honneur, furent une des premières institutions du Consulat. La loi qui les créa fut rendue au Luxembourg. Ce fut à la même époque que M. de Talleyrand fit observer au premier Consul que les journaux devaient être limités. Déjà ils l'avaient été par l'influence du directeur Sieyès, mais on ne trouva pas assez longue la coupure de ses ciseaux, et l'on rendit un arrêté où il était dit:
Le ministre de la police ne laissera paraître pendant toute la durée de la guerre que les journaux ci-après nommés:
- Le Moniteur Universel.
- Le Journal de Paris.
- Le Bien-Informé.
- Le Publiciste.
- L'Ami des Lois.
- La Clef du Cabinet.
- Le Citoyen Français.
- La Gazette de France.
- Le Journal des Hommes Libres.
- Le Journal du soir des frères Chaigneau.
- Le Journal des Défenseurs de la Patrie.
- La Décade Philosophique et les journaux s'occupant exclusivement des arts, etc.
[14]: En voici une preuve. Napoléon ne cessait de me parler du faubourg Saint-Germain, de mes amis, de leur opinion... et ce sujet de conversation ne tarissait jamais jusqu'au moment où lui-même s'entoura du faubourg Saint Germain, qui du reste ne demandait pas mieux, et lorsque je vis toutes les nominations, qui se trouvent encore au reste dans les almanachs des années 1808-9-10 et 11, je fus peu surprise. Je m'y attendais.
C'était pour lui une chose de prévention; il ne comptait que sur tout ce qui avait un nom pour former la cour. Je dirai là-dessus ce qui m'est arrivé à mon retour de Lisbonne après mon ambassade, cela fera juger de l'importance que l'Empereur attachait à tout ce qui tenait à la cour.
Je n'avais vu l'Empereur qu'au cercle de la cour et il m'avait seulement parlé comme à son ordinaire. Me trouvant de service un dimanche, au dîner de famille où j'avais accompagné Madame Mère, je fus appelée dans un petit salon ou plutôt l'un des cabinets de l'Empereur, où il se tenait souvent le dimanche après dîner pour causer avec ses sœurs, sa mère et l'Impératrice. L'Empereur voulait me faire causer sur le Portugal et sur la cour; je lui répondis ainsi que sur l'Espagne, et la conversation fut tellement longue et de son goût, que Madame voulant se retirer, il lui dit deux fois: «Un moment, madame Lætitia.» Il appelait toujours sa mère ainsi lorsqu'il était de bonne humeur; il disait même: Signora Lætizia. Enfin, lorsqu'il eut assez causé et questionné, il se recueillit d'un air sérieux et dit à l'Impératrice en me montrant à elle: «C'est inconcevable comme elle a encore gagné depuis son séjour dans une cour étrangère. Eh! ce n'est que là, dans le fait, qu'on sait ce que c'est que le monde!... Je souris.—Pourquoi riez-vous, madame?—Parce que Votre Majesté attribue à une influence qui est imaginaire, ce qui peut lui plaire dans mes manières.—Comment? Que voulez-vous dire?» Je continuai de sourire sans répondre.—«Eh bien, ne voulez-vous pas me dire le sujet de votre gaieté?—C'est que je crois, sire, que je puis en apprendre beaucoup plus en ce genre à ceux que vous croyez mes maîtres que je ne recevrais de leçons d'eux.» Il fut étonné et puis se mit à rire; mais il ne me croyait pas alors; il jugeait du Portugal par dom Lorenço de Lima, qui était ambassadeur de Portugal à Paris, et qui a les bonnes et parfaites manières d'un vrai don Juan du temps de la Régence.—Le marquis d'Alorna, le comte Sabugal, tout cela était très-bien, mais la cour!... c'était une parodie!
[15]: Il est évident que l'homme qui s'élança au-devant du tilbury a été trompé par la couleur de la livrée et qu'il nous a pris pour le premier Consul, qui revenait quelquefois seul, avec Joséphine ou Bourrienne, n'ayant qu'un ou deux piqueurs. Depuis ce jour-là cela n'arriva plus.
Cet événement ne se trouve pas rapporté dans mes Mémoires, parce qu'alors on me dit que dans l'intérêt de l'Empereur il ne fallait pas parler du grand nombre de tentatives faites contre lui: plus éclairée moi-même depuis lors, je crois que la vérité tout entière est ce qui vaut le mieux touchant un homme comme Napoléon.
[16]: Celui qui est au bout du château contre le petit pont.
[17]: Elle devait faire le rôle de la Créole, mais je crois qu'une grossesse l'en empêcha et que ce fut madame Davoust qui prit le rôle, et qui jouait bien mal, autant que je puis me le rappeler.
[18]: Le voyage de madame Bonaparte à Plombières n'avait pas eu lieu à cette époque, et nous étions au mieux, le premier Consul et moi. Qu'on voie le détail de cette scène, dont, au reste, le souvenir l'a suivi à Sainte-Hélène, dans le quatrième volume de mes Mémoires, 1re édition.
[19]: Émilie de Beauharnais, fille du marquis de Beauharnais, beau-frère de Joséphine, dont la mère avait épousé un nègre.
[20]: Cela seul aurait dû rendre la Malmaison un lieu consacré pour la France... Mais son intérêt devrait au moins éveiller sa reconnaissance. Ne sait-on pas que c'est à la Malmaison que la plupart de ces plans gigantesques, dont l'exécution nous transporte d'admiration aujourd'hui, ont été conçus et tracés, lorsque Napoléon, dont la France était la maîtresse adorée, voulait la rendre la plus puissante et la plus belle entre les nations de l'univers?—Ces quais, ces marchés, ces monuments, ces arcs de triomphe, qui donc a décrété qu'ils seraient élevés, qu'ils seraient bâtis?—C'est lui... Ces rues si larges, ces places, ces promenades, qui donc a dit que le cordeau les tracerait? Toujours lui... oh! nous sommes ingrats!...
[21]: 30 pluviôse an VIII.
[22]: Cette représentation à laquelle elle faisait allusion avait eu lieu en effet à Neuilly, dans une maison où logeait Lucien et qu'on appelait alors la Folie de Saint-James... Lucien faisait Zamore et madame Bacciochi Alzire. On ne peut se figurer la tournure qu'elle avait avec cette couronne de plumes et le reste. Mais ce n'était rien auprès de la traduction et des gestes; aussi le premier Consul, qui était venu accompagné de la troupe de la Malmaison qui était rivale de celle de Neuilly, dit-il à son frère et à sa sœur, après la représentation, qu'ils avaient parodié Alzire à merveille.
[23]: Je ne vois plus de ces mousselines dont je parle; les pièces n'avaient que huit aunes, et la mousseline était si fine et si claire que dans l'Inde on est obligé de la travailler dans l'eau pour que les fils ne cassent pas. Le prix de ces mousselines était exorbitant: je crois que la pièce de huit aunes revenait à six cents francs.
[24]: Les Transtévérins ou hommes au-delà du Tibre sont très-beaux, mais tout à fait communs. C'est dans les Transtévérines que les peintres retrouvent encore les vraies madones de Raphaël.
[25]: Mère de madame de Contades. Elle entendait à ravir tout ce qui tenait à l'étiquette de la cour. J'ai rapporté ce fait pour montrer à quel point Bonaparte attachait de l'importance à ces sortes de choses.
[26]: Le trésor de la famille Borghèse, comme eux-mêmes l'appelaient, était estimé plus de trois millions. Madame Leclerc avait déjà de beaux diamants à elle en propre, et le prince Borghèse avait ajouté pour plus de trois cent mille francs à ceux de sa famille pour ce mariage.
[27]: Dans les premiers moments de la Révolution, on fit un ruban où des raies vertes et bleues se mélangeaient.
[28]: Nom d'amitié qu'elle donnait à ma mère. Ce nom de Panoria qui, au fait, était celui de ma mère, en grec signifie la plus belle.
[29]: Ma mère avait connu l'Empereur tellement enfant, que, pour elle, la gloire du vainqueur de l'Italie et la haute position du premier magistrat de la république n'étaient pas aussi éblouissantes que pour les autres. Je me suis souvent demandé, connaissant sa manière de voir et son opinion très-tranchée pour un autre ordre de choses, comment elle aurait pris l'Empire.
[30]: Ces détails sont positifs.
[31]: Que pouvait-il entendre par ces paroles? De quel embarras parle-t-il; il ne communiquait jamais un plan ni même un projet politique à Joséphine, dont il connaissait la discrétion.
[32]: Ces lettres sont copiées sur celles originales, fournies par la reine Hortense, à qui elles sont revenues après la mort de l'Impératrice.
[33]: La poste avant Vienne.
[34]: Le comte Valesky,—le comte Léon.
[35]: Et même à la fin; il faisait déjà froid. J'arrivais des Pyrénées, et l'Empereur revenait d'Allemagne après la campagne de Wagram.
[36]: C'était ainsi qu'il m'appelait lorsqu'il y avait peu de monde, et même les jours de fête, à l'Hôtel-de-Ville lorsqu'il était de bonne humeur.
[37]: Tous ces détails ne pouvaient trouver place dans mes mémoires, qui étaient déjà bien longs. Je ne mis que le fait du divorce, sur lequel d'ailleurs, et par égard, j'avais alors les mains liées.
[38]: J'ai cette lettre.
[39]: Le sujet de la contestation était l'opinion plus que tranchée qu'avait la Reine sur la famille de Naples exilée en Sicile; Murat reprenait sa femme sur des mots trop durs dits par elle sur la reine Caroline et le roi Ferdinand!... elle le fit taire!...
[40]: Le malheureux duc de Lavauguyon était tombé dans un marasme complet, quelques années avant sa mort. Il ne voyait plus que moi et son beau-frère le prince de Beaufremont, lorsqu'il était à Paris: la plus tendre amitié m'attachait à lui, et j'ai cherché, par tous les moyens que cette même amitié peut inspirer, à détourner de sa pensée de funestes projets qui prenaient quelquefois une telle action sur lui, que je le retenais de force pour dîner avec moi, ou pour prolonger une conversation qui pût le distraire. Que de fois, j'ai mis de pieuses fraudes en œuvre, afin de détourner un orage dont les effets me faisaient trembler!... Alors cet homme que j'avais vu si brillant et si heureux... cet homme que j'avais connu si pénétré, surtout de son bonheur, n'était plus qu'un faible enfant, pleurant devant des souvenirs..... Oh! de quelles scènes cruelles j'ai été témoin!... Quelles douleurs j'ai vues dans cette âme; quelles blessures profondes!... Mais une vérité que je dois dire, c'est que jamais, dans aucun temps, il n'a démenti son affection pour Murat; jamais il n'a pu soutenir que je misse, dans une page de mes mémoires, un mot qui pût faire penser qu'il m'avait dit quelque chose contre Murat. On me croira un ingrat, me répétait-il!... Enfin, pour calmer sa tête qui s'échauffait pour la moindre chose, je fis une note dans laquelle je disais que je ne tenais mes renseignements, en aucune manière, de M. le duc de Lavauguyon, quoique je le visse souvent. Tout ce qu'il m'a révélé et confié au reste est en grande partie au moins de nature à être caché plutôt qu'à être publié. C'était un homme profondément malheureux que le duc de Lavauguyon, et il n'était pas fait pour l'être. Il avait de l'âme et du cœur, et ce ne fut qu'après avoir été violemment frappé par le sort qu'il a été en hostilité, comme il l'était, avec ses meilleurs amis. Dans les dernières années de sa vie, il ne voyait que moi et son beau-frère; encore choisissait-il, de préférence, les heures où j'étais seule. Lorsqu'il perdit son beau-frère, je crus qu'il mourrait avec lui.
«Je n'ai plus que vous,» m'écrivait-il le lendemain de cette mort. «Mon Dieu! ne soyez pas malade, car mon affection porte le malheur avec elle!... Je frappe de mort tout ce que j'aime!...»
Et c'est moi qui lui ai survécu!
Il aimait Murat avec une telle tendresse, que jamais il ne voulait me permettre de parler de lui en plaisantant; et un jour il faillit attaquer de propos une personne de ma société, qu'il trouva chez moi, et qui parla légèrement de Murat.
«J'ai un regret qui devient chaque jour un remords, me disait-il... c'est d'avoir trompé Murat!... J'ai trompé cet homme, en partageant une affection avec lui. C'est indigne à moi.»
La première fois qu'il me dit ce que je viens de rapporter, je crus qu'il voulait rire; car certes il savait bien qu'il n'était pas le seul!... mais pas du tout, la chose était des plus sérieuses. Non-seulement il la répéta sans varier; mais j'ai dix lettres de lui, dans lesquelles il me le rappelle. Le curieux de cela, c'est que la femme était devenue pour lui un être odieux!...
Il me racontait qu'un jour, étant à Naples, il était auprès de cette femme (elle logeait au palais). Son valet de chambre de confiance vint l'avertir que le roi le demandait... Aussitôt M. de Lavauguyon s'élança dans un escalier dérobé qui conduisait à une galerie commune, de laquelle il pouvait facilement regagner son appartement; mais, à l'instant où il y arrivait, le roi y arrivait de son côté. Il était pâle, agité. Une pensée instinctive lui révélait qu'il était trahi... Il s'élança sur le duc, et, saisissant le bouton de sa redingote, il lui dit d'une voix étouffée:
—«D'où venez-vous, monsieur?
—Je ne puis le dire à Votre Majesté, répondit le duc avec fermeté.
—Je veux le savoir.»
Le duc ne répondit rien.
—«Je le sais,» s'écria Murat furieux!
Le duc le regarda fixement:—«Non, sire, vous ne le savez pas et vous ne le saurez jamais.»
Le roi se frappa le front, et retourna dans son appartement...
—«Si vous saviez tout ce que j'ai souffert pendant que cet homme, qui avait tant fait pour moi, était là, comme un juge, pour me reprocher ma perfidie!... Il aurait été vengé s'il l'avait pu voir... Eh bien! croiriez-vous, poursuivit le duc de Lavauguyon, que lorsque je racontai cette entrevue terrible à cette femme, elle ne comprit pas que le dramatique de cette scène était tout entier dans la perfidie dont elle et moi nous nous rendions coupables?
—Oh! lui dis-je, je vous comprends, moi!... et plus que vous ne le pouvez croire!... J'ai aussi mes souvenirs!..
—Oui!... et comme ceux du duc de Lavauguyon, ils sont ineffaçables, c'est-à-dire qu'à côté s'élève une pensée de vengeance. Si, jusqu'à cette heure, le mal qui fut fait ne fut reconnu que par le silence, c'est que j'ai obéi à la voix de Dieu, qui commande l'oubli des injures. Il est des êtres qui lassent toutes les patiences...
[41]: Foncier et Marguerite. Ils étaient à côté de Biennais, le singe violet. Foncier avait beaucoup de goût, mais il était horriblement cher. Sa famille était fort nombreuse et fort unie. Sa belle-sœur était madame Jouanne, bonne et digne femme que je voyais beaucoup à Versailles, et pour qui j'avais une sincère amitié, ainsi que pour son mari qui est le plus honnête et le meilleur des hommes. Elle était mère de madame Alexandre Doumerc, cette femme spirituelle qui chantait si bien, et qui était si agréable. Madame Jouanne est morte. C'est sa fille qui occupe sa maison de Versailles avec son père.
[42]: Il formait le premier cabinet particulier de l'Empereur.
[43]: M. le marquis de Beausset, neveu de l'archevêque de Beausset, homme de grand esprit et d'une mémoire la plus rare qui ait existé jamais.
[44]: Freyre était valet de chambre de confiance de l'Impératrice. Il lui était fort attaché.
[45]: Du dix-neuvième jour du mois de ventôse de l'an IV de la république française, acte de mariage de NAPOLIONE Bonaparte, général en chef de l'armée de l'intérieur, âgé de vingt-huit ans, né à Ajaccio, domicilié à Paris, rue d'Antin, no ; et de Marie-Joséphine-Rose de Tascher, âgée de vingt-huit ans, née à la Martinique, dans les îles sous le vent, domiciliée à Paris rue Chantereine, no , fille de Joseph-Gaspard de Tascher, capitaine de dragons, et de Rose-Claire Desvergers, dite Anaïs, son épouse.
Moi, Charles-Théodore Leclerc, officier public de l'état-civil du deuxième arrondissement du canton de Paris, après avoir fait lecture, en présence des parties et témoins, 1o de l'acte de naissance de Napolione Bonaparte, qui constate qu'il est né, le 5 février 1768, de légitime mariage de Charles Bonaparte et de Lætitia Ramolini; 2o de l'acte de naissance de Marie-Joséphine-Rose de Tascher, qui constate qu'elle est née, le 23 juin 1767, de légitime mariage de Joseph-Gaspard, etc.., j'ai prononcé à haute voix que Napolione Bonaparte et Marie-Joséphine-Rose de Tacher étaient unis en légitime mariage. Et ce en présence des témoins majeurs ci-après nommés, savoir: Paul Barras, membre du Directoire exécutif, domicilié au palais du Luxembourg; Jean Lemarrois, aide-de-camp-capitaine du général Bonaparte, domicilié rue des Capucins; Jean-Lambert Tallien, membre du corps législatif, domicilié à Chaillot; Étienne-Jacques-Jérôme Calmelet, homme de loi, domicilié rue de la place Vendôme, no 207; qui tous ont signé avec les parties et moi. (Suivent les signatures.)
[46]: Ce n'est pas la Malvina et l'Ossian de Gérard; c'est le sujet assez confus, représentant les guerriers d'Ossian recevant Kléber, Hoche, Marceau, etc., aux Champs-Élysées.
[47]: M. le duc de Bouillon était extrêmement aimé dans sa terre de Navarre ainsi qu'à Évreux. Aussi ne lui est-il rien arrivé dans la Révolution.
[48]: Cette lettre est sans date de mois dans l'original. Mais d'après ce que dit Napoléon pour les plantations, on présume que c'est du mois de janvier ou de février.
[49]: Bois-Préau, la maison de mademoiselle Julien, à Ruelle, celle que Napoléon appelait la vieille fille. Il la détestait parce qu'elle n'avait jamais voulu lui vendre sa maison tant qu'elle vécut.
[50]: Le roi de Bavière et la reine, le roi de Wurtemberg, le roi de Saxe, le roi de Westphalie et tous les princes d'Allemagne alors à Paris, où ils étaient en foule.
[51]: Toutes ces lettres ont été fournies en original par la reine Hortense, et sont fidèlement transcrites sur ces mêmes originaux.
[52]: L'impératrice ayant fait la remarque que, lorsqu'elle voulait venir à Paris, elle ne savait où descendre, l'Empereur fit arranger pour elle l'Élysée-Napoléon.
[53]: La campagne de Bessières était Grignon... à sept ou huit lieues de Paris. Bessières avait imaginé ce rapprochement comme si tout n'était pas rompu! Ces lettres doivent montrer à Marie-Louise combien sa fausse jalousie était absurde, et combien elle était peu fondée, puisque, même avant le mariage, toute relation était rompue entre Joséphine et Napoléon.
[54]: Cette lettre, écrite au moment où elle le fut, contenant une demande d'argent et de faveur extérieure, c'est-à-dire pour contenter l'amour-propre, fut une des démarches les plus inconvenantes que l'on ait conseillées à l'impératrice Joséphine; l'Empereur le sentit amèrement.
[55]: 100,000 francs pour Malmaison; 200,000 francs pour l'achat de Boispréau, la terre de mademoiselle Julien; 100,000 fr. pour la parure de rubis; 1,000,000 pour payer les dettes et 600,000 francs trouvés dans l'armoire de Malmaison.
[56]: La reine Hortense avait été fort affectée de l'abdication de son mari, qui renonça à la couronne de Hollande, comme un honnête homme qu'il était, lorsque Napoléon voulut lui faire faire ce que sa conscience lui défendait. Il se retira en Bohême, puis ensuite en Styrie, à Gratz.
[57]: J'omets les phrases inutiles du compliment de madame de Rémusat. Cela me paraît inutile à l'objet principal de la lettre.
[58]: Duroc, grand-maréchal du palais.
[59]: Cette phrase est de l'Empereur lui-même, ainsi que plusieurs autres qui se reconnaissent aisément. L'Empereur a conseillé d'écrire la lettre, et puis ensuite il l'a dictée à moitié.
[60]: Cette lettre est un chef-d'œuvre d'habileté pour qui connaissait l'impératrice Joséphine; ainsi la placer comme rivale triomphante d'une jeune femme de dix-huit ans, et lui parler de sa fraîcheur quand la seule beauté réelle de Marie-Louise était une peau éblouissante et un teint admirable, était aussi habile que peu croyable pour tout autre.
[61]: Croirait-on qu'en 1833 ou 32, j'ai oublié l'époque, j'ai reçu une lettre de cette madame Pauline, qui était fort scandalisée de ce que j'avais mis sur elle dans mes Mémoires. Mais savez-vous ce qu'elle blâmait? Peut-être ce que je disais pour l'Égypte?... Ah bien oui!... Pas du tout: madame Pauline réclamait contre l'insertion d'un fait qui, je le vois bien, en effet, n'était point vrai.—Elle m'affirmait que j'avais commis une erreur en disant qu'elle avait voulu consacrer sa fortune à sauver l'Empereur quand il était à Sainte-Hélène... Je n'ai pas répondu à cette belle épître pour deux raisons: d'abord parce qu'elle était sotte, et puis parce qu'il devenait inutile de prendre près d'elle de nouveaux renseignemens.—Ceux que j'avais eus sur elle ne pouvaient être douteux pour moi; et quant à cette dernière partie de sa vie, j'étais pleinement convaincue. La femme qui peut se défendre d'avoir voulu sauver Napoléon, lorsqu'elle pouvait invoquer pour cette action le droit d'en avoir été aimée; la femme qui peut nier l'avoir voulu faire cette action est incapable de l'avoir en effet jamais imaginée.
[62]: L'ancienne noblesse s'est alliée souvent à nos rois. Un Montmorency a épousé la veuve de Louis-le-Gros.
[63]: Elle n'avait pas encore épousé le général Reil. Elle était charmante.
[64]: J'ai déjà parlé de cette singulière propriété de l'oreille de Marie-Louise. Elle la faisait tourner sur elle-même par un simple mouvement de la mâchoire.
[65]: Ce premier maître d'hôtel s'appelait Réchaud. Ils étaient deux frères, sortant tous deux de chez le prince de Condé, aussi fameux l'un que l'autre. L'autre frère était à mon service.
[66]: Cette lettre est, comme les autres, copiée sur les lettres originales fournies par la reine Hortense.
[67]: Propriété qu'avait l'Impératrice tout près de Genève.
[68]: Le prince Auguste-Charles-Eugène, né à Milan, le 9 décembre 1810; la princesse Joséphine, mariée au prince Oscar de Suède; et la princesse Eugénie-Hortense, née à Milan, le 23 décembre 1808, mariée au prince héréditaire de Hohenzollern-Hechingen.
[69]: La princesse de La Leyen, mariée au comte Tascher, cousin germain de l'impératrice Joséphine.
[70]: La princesse Amélie, née à Milan, le 31 juillet 1812, mariée à l'empereur du Brésil.
[71]: M. Deschamps était un homme rempli d'esprit et d'amabilité; il avait fait, avant d'entrer dans la maison de l'Impératrice comme secrétaire de ses commandements, plusieurs jolis vaudevilles. Sa fin fut tragique et mystérieuse. Après la mort de l'Impératrice, sa vie à venir fut assurée par une pension que lui firent la reine Hortense et le vice-roi; tout-à-coup, il devint triste et même inquiet; ce changement fut remarqué par une jeune orpheline dont il prenait soin. Enfin, un jour, il disparut, et jamais depuis on n'a pu découvrir sa trace: il est évident qu'il s'est tué; mais où, comment et pourquoi, voilà ce qu'on ignore.
[72]: Madame d'Audenarde était une bonne et excellente personne et avait été une des plus jolies femmes de son temps. On sait comment les créoles sont charmantes lorsqu'elles sont hors de la ligne ordinaire; elle était mère du général d'Audenarde, écuyer de l'Empereur, et qui ensuite, placé dans la compagnie des gardes-du-corps du roi, compagnie de Noailles, tint cette belle conduite, lorsque des enfants imberbes voulurent faire la loi au vieux soldat, quoiqu'il fût jeune aussi, lui, mais respectable pour cette foule adolescente qui ne devait pas élever la voix devant un homme qui avait vu bien des batailles, et dont le sang avait coulé pour son roi[72-A]. Madame d'Audenarde fut toujours à merveille pour la mémoire de l'impératrice Joséphine, qu'elle n'appelait que sa bienfaitrice. Je l'ai entendue parler ainsi à l'Abbaye-aux-Bois, où je la rencontrais chez sa sœur, madame de Gouvello, ange de vertus et de piété, que Dieu vient de rappeler à lui.
[72-A]: Le général d'Audenarde a servi dans l'émigration dans l'armée de Condé.—Napoléon l'aimait et l'estimait beaucoup.
[73]: M. Deschamps fait ici une singulière méprise: on sait trop bien que ce ne fut pas l'Impératrice qui appela madame Gazani à Paris, ce fut l'Empereur; et même, pendant longtemps, Joséphine la tint dans la plus belle des aversions. Elles ne se rapprochèrent que lorsqu'elles furent toutes deux malheureuses. Madame Gazani fut elle-même gênée en chantant ce couplet: elle ne l'avait pas vue auparavant, et fut contrariée, je le sais, de chanter ces paroles.
[74]: Madame Auguste de Colbert, dame du palais de l'Impératrice; elle demanda à la suivre. C'est une excellente femme, vertueuse et bonne; elle était veuve du brave général Auguste Colbert qui fut tué en Espagne en plaçant ses tirailleurs. Madame de Colbert était fille du sénateur, général, comte de Canclaux. Elle est aujourd'hui remariée à M. le comte de la Briffe. La Fête de Campagne, que rappelle ici Deschamps, fait allusion à une fête donnée à Joséphine, tandis qu'elle était à Aix-la-Chapelle, un 19 mars. On lui donna une fête charmante.
M. de Canclaux était le plus digne des hommes, mais comme tous, il avait quelques petits côtés par lesquels il donnait à rire; l'un d'eux était une manie des plus prononcées d'être mélomane et d'aimer l'italien. Le fait réel, c'est qu'il n'aimait pas la musique, et n'entendait pas très-bien l'italien. Cela n'empêchait pas que, lorsque je le rencontrais et que je lui demandais s'il avait été content de Crescentini ou de madame Grassini dans le bel opéra de Roméo et Juliette... il me répondait: Pas mal, pas mal! ce dont j'ai surtout été content, c'est du finale et du tutti. Or, ces deux mots, il les prononçait comme tous les mots italiens prononcés par ceux qui ne savent pas la langue, en appuyant fortement sur la dernière lettre et la dernière syllabe. Du reste, c'était l'honneur et la probité en personne.
[75]: Mademoiselle de Mackau, fille du contre-amiral de ce nom, était attachée comme dame à la princesse Stéphanie, grande duchesse de Bade. L'Impératrice, toujours bonne, sachant que mademoiselle de Mackau était malheureuse d'être si loin de sa famille, la demanda à la princesse Stéphanie, et la fit dame du palais. Elle fut, à quelque temps de l'époque dont je parle, mariée au général Wathier de Saint-Alphonse. Elle est nièce de M. de Chazet, aimable poëte, connu par une foule de jolis ouvrages.
[76]: L'Impératrice, en arrivant à Navarre, trouva la plaine autour d'Évreux infectée de marais très-nuisibles; elle les fit dessécher; ils avaient été formés par les eaux de l'Iton et de l'Eure qui passaient autrefois par des canaux pour alimenter les cascades et les bassins du parc; et ces canaux ayant été rompus par défaut d'entretien, l'eau qu'ils conduisaient avait formé ces marais.
[77]: L'école de jeunes filles, instituée par Joséphine, où elles apprenaient à faire de la dentelle, mais où elles recevaient aussi une parfaite éducation, spécialement dirigée vers le but dans lequel elles étaient élevées.
[78]: L'Impératrice avait non-seulement rendu aux habitants la promenade du parc de Navarre qu'on leur avait ôtée, mais, de plus, elle allait faire embellir leur promenade, et pour cela avait acheté un terrain.
[79]: Allusion à la réédification du théâtre que l'Impératrice allait faire. Rien n'était comparable à M. de Vieil-Castel dans ce rôle de paysan, avec son flegme et sa tranquillité habituelle; rien n'était au reste plus parfaitement comique: il avait beaucoup d'esprit, et son air sérieux ajoutait du comique à son rôle. Son fils, Horace de Vieil-Castel, a un talent remarquable pour dire les vers et jouer la comédie, à part son esprit qui est très-remarquable.
[80]: Je crois que la duchesse de Frioul (madame Duroc) jouait aussi, mais je n'en suis pas sûre. Je ne me la rappelle sur le théâtre de la Malmaison que dans un seul rôle, la soubrette du Bourru bienfaisant, qu'elle joua fort bien. Mais, dans cette même pièce, qui fut vraiment excellent, ce fut le marquis de Cramayel dans le rôle du Bourru...
[81]: Sœur de madame Rémusat, et femme du premier écuyer de l'Impératrice.
[82]: La comtesse de Lavalette, nièce de l'Impératrice. Jamais une femme n'a plus froidement joué un rôle.
[83]: M. de Mont-Breton, premier écuyer de la princesse Pauline.
[84]: Chambellan de l'Empereur.
[85]: Chambellan de l'Empereur.
[86]: Il y avait beaucoup de malades à Navarre; elle était revenue à la Malmaison.
[87]: Et le divorce de sa mère fut encore pour elle, à cette époque, un coup bien rude.
[88]: Bessières fut tué d'un boulet de canon dans le défilé de Wesseinfeld, le jour même de la bataille de Lutzen. Bessières commandait toute la cavalerie de l'armée; c'était à la fois un homme habile, brave, rempli de cœur, et doué de bonnes qualités. Je perdis un ami en lui, ainsi que Junot.
[89]: Quant à la mort de Duroc, ce fut pour ses amis, et il en avait beaucoup, un des coups les plus rudes de ces temps désastreux; elle fit aussi une profonde impression sur l'Empereur; mais, quoiqu'il en ait été vivement frappé, les derniers moments de Duroc ne se sont pas passés comme le Moniteur l'a dit. Bourienne les a également racontés avec sa haine accoutumée, et il a menti dans un autre sens... J'avais deux amis auprès de l'Empereur dans cette cruelle circonstance, et voilà comment chacun m'a rapporté l'événement; ces deux amis sont le duc de Vicence et le duc de Trévise:
La bataille de Bautzen était livrée et gagnée, la journée finissait; l'Empereur poursuivait les Russes, voulant reconnaître par lui-même ce qu'il voulait juger; il crut mieux voir sur une colline en face de lui; il voulut gagner cette éminence, et descendit par un chemin creux avec une grande rapidité; il était suivi du duc de Trévise, du duc de Vicence, du maréchal Duroc, et du général du génie Kirgener, beau-frère de la duchesse de Montebello, dont il avait épousé la sœur. L'Empereur allant plus vite que tous ceux qui le suivaient, ils étaient à quelque distance de lui, serrés les uns contre les autres. Une batterie isolée qui aperçoit ce groupe tire à l'aventure trois coups de canon sur lui: deux boulets s'égarent, le troisième frappe un gros arbre près duquel était l'Empereur, et va ricocher sur un plateau qui dominait le terrain où était l'Empereur. Il se retourne, et demande sa lunette. Comme il a fait un détour, il n'est pas étonné de ne voir auprès de lui que le duc de Vicence. Dans le même moment arrive le duc Charles de Plaisance[89-A]; sa figure est bouleversée. Il se penche vers le duc de Vicence, et lui parle bas.
—«Qu'est-ce?» demande l'Empereur.
Tous deux se regardent et ne répondent pas...
—«Qu'est-il arrivé?» demande encore l'Empereur.
—«Sire, répond le duc de Vicence, le grand-maréchal est mort!...
—Duroc! s'écria l'Empereur... et il jeta les yeux autour de lui comme pour y trouver l'ami qu'il venait d'y voir... «Mais ce n'est pas possible!... il était là! à présent!...»
Dans ce moment, le page de service arrive avec la lunette, et raconte la catastrophe: le boulet avait frappé l'arbre, il avait ricoché sur le général Kirgener, l'avait tué raide, et puis avait frappé mortellement le malheureux Duroc.
L'Empereur fut attéré. La poursuite des Russes fut à l'instant abandonnée; son courage, ses facultés, tout devint inerte devant la douleur qui envahit son âme en apprenant le malheur qui venait d'arriver. Il retourna lentement sur ses pas, et entra dans la chambre où Duroc était déposé. C'était dans une petite maison du village de Makersdorf. L'effet du boulet avait été si complet, que le drap du blessé n'offrait presqu'aucune trace sanglante... Il reconnut l'Empereur, mais ne lui dit pas ces paroles qui furent mises dans le Moniteur: «Nous nous reverrons, mais dans trente ans, lorsque vous aurez vaincu vos ennemis!» Il reconnut l'Empereur, mais il ne lui parla d'abord que pour lui demander de l'opium afin de mourir plus vite, car il souffrait trop cruellement. L'Empereur était auprès de son lit; Duroc sentant l'agonie s'approcher, le supplia de le quitter, et lui recommanda sa fille et un autre enfant, un enfant naturel qu'il avait de mademoiselle B... Seulement l'Empereur insistant pour rester, Duroc dit en se retournant:
«Mon Dieu! ne puis-je donc mourir tranquille!»
L'Empereur s'en alla; et Duroc expira dans la nuit. L'Empereur acheta la petite maison dans laquelle il mourut, et fit placer une pierre à l'endroit où était le lit, avec telle inscription:
«Ici le général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais de l'empereur Napoléon, frappé d'un boulet, a expiré dans les bras de son Empereur et de son ami.»
L'Empereur fit donner une somme de 4,000 francs pour ce monument, et 16,000 francs au propriétaire de cette petite maison. La donation fut faite et ratifiée, et conclue dans la journée du 20 mai, en présence du juge de Makersdorf. Napoléon a profondément regretté Duroc, et je le conçois!...
Et qui ne l'aurait pas pleuré! Quant à moi, quoiqu'il y ait bien des années écoulées depuis ce terrible moment, je donne à sa perte les regrets que je dois à la mort du meilleur des amis, du plus noble des hommes, de celui qui aurait changé bien des heures amères en des heures de joie pour l'exilé de Sainte-Hélène, s'il avait vécu!!...
[89-A]: Fils de l'archi-trésorier, du troisième Consul Lebrun.
[90]: Les détails de cette horrible aventure sont dans le Salon des princesses de la famille impériale.
[91]: M. de Thiars s'était fort occupé de madame Gazani, et les faiseurs de propos, à Fontainebleau, disaient que ce n'était pas en vain.
[92]: Madame de Turpin est accusée, par mademoiselle Cochelet, d'avoir parlé contre la reine Hortense; c'est faux. Je sais, par des personnes aussi bien instruites qu'elle tout ce que faisait et disait madame de Turpin, et rien ne ressemble à cela. Les affections de madame de Turpin pouvaient lui faire voir avec joie le retour des Bourbons que les siens aimaient depuis longtemps. Que ne dirions-nous pas, nous, si l'on nous annonçait que le duc de Reichstadt n'est pas mort, et qu'il est aux portes de Paris? Madame Turpin a donc pu jouir du retour des Bourbons, sans pour cela oublier que la reine Hortense et l'impératrice Joséphine avaient été bonnes pour elle et pour M. de Turpin... Mais, au reste, mademoiselle Cochelet est souvent si passionnée dans ses amours et dans ses haines, qu'on ne sait trop comment se tirer des positions où elle vous place, pour blâmer ou approuver.
M. de Boufflers, dont elle vante beaucoup l'amitié pour elle, et qui était, comme on sait, bien spirituel, a dit sur elle un mot qu'elle ne connaissait pas. Il disait qu'on se trompait, et qu'au lieu de l'appeler Cochelet, il fallait dire Coche-laide.
[93]: On prétend que les grand'-mères et les grands-pères n'aiment autant leurs petits-enfants que parce qu'ils les regardent comme leurs vengeurs.
[94]: Par la mort de Duroc.
[95]: On appelait cela un charivari.
[96]: Il fut en effet longtemps à comprendre, étant enfant, les dizaines ajoutées aux dizaines.
[97]: Le roi de Bavière fit en effet cette proposition au prince Eugène: ce fut le prince Auguste de la Tour-Taxis qui porta la lettre au vice-roi.
[98]: La justice qui fut rendue à chacun est bien remarquable dans cette circonstance. La reine de Naples (madame Murat) eut de la peine à trouver un asile à Trieste!... en Autriche!... tandis que le prince Eugène fut royalement accueilli et traité à Munich.
[99]: Et savez-vous qui disait cela? Aucun des grands noms de France: ceux-là furent toujours ce qu'ils devaient être. Mais c'étaient des personnes presque inconnues aux Bourbons, et qui la plupart n'avaient pas quitté la France.
[100]: Il n'y a, du reste, aucun mensonge. Seulement, mademoiselle Cochelet s'abusait par sa grande amitié pour la Reine. En général, son affection la faisait errer souvent dans ses jugements; ainsi M. de Boufflers, qu'elle croit son plus ardent admirateur, disait d'elle le mot le plus charmant, mais auquel l'esprit avait plus de part que le cœur; il disait qu'il fallait l'appeler Cochelaide et non pas Cochelet.
[101]: Aujourd'hui madame Sébastiani, et ambassadrice à Londres.
[102]: Ce tableau valait plus du double de celui de Richard.
[103]: Les hommes tels que Charlemagne et Napoléon édifient trop en grand pour que le monument puisse durer après eux. Le colosse n'est plus là pour soutenir, de ses fortes épaules, le vaste empire qu'il a créé... Alors tout devient confusion, rien ne marche, tout est entravé, et il faut de nouveau poser une pierre et rebâtir... Des hommes comme Charlemagne et Napoléon ont des HÉRITIERS et pas de SUCCESSEURS.
[104]: Lorsqu'il y avait beaucoup de monde et que la file était longue, on demandait sa voiture aussitôt qu'on en était descendu.
[105]: On dansait toujours à la cour au moins deux anglaises par bal.
[106]: Plût au ciel qu'en 1814 et 1830, lorsque la possibilité existait de proclamer le roi de Rome, nous eussions eu des Français aussi bons patriotes que M. de Metternich!
[107]: Lui parlant plus tard de ce discours, je lui demandai s'il avait été dicté par l'Empereur. L'archi-chancelier me donna sa parole d'honneur que Napoléon ne le connaissait que comme tous les discours qui se prononçaient devant lui; il en prenait lecture avant qu'on ne le lui dît, pour savoir s'il n'y avait rien contre sa politique européenne. «J'étais si touché moi-même, ajouta Cambacérès, que j'aurais fait quelque chose de plus louangeur encore, moi qui pourtant ne le suis guère, si je n'avais craint de lui déplaire, car je sais qu'il n'aime pas cela.»
[108]: Oui, malgré toutes les victoires de Masséna qui fut un vrai héros, et qui nous sauva des Russes avec sa belle campagne de Suisse. Mais cette victoire ne pouvait être que passagère, et encore une comme celle-là, et nous étions perdus même dans notre honneur, car le moyen de faire la paix convenablement; et pourtant nous n'avions ni soldats ni ressources; la France était dans un état de délabrement moral et physique, qui était comme l'avant-coureur de notre perte au moment du retour de Napoléon. Aussi, quand j'entends Gohier dire que la France était grande et glorieuse au 18 brumaire, je me demande comment la haine et la vengeance peuvent aveugler à ce point. Gohier, du reste, est souvent méchant et surtout peu véridique en parlant de Napoléon.
[109]: Cette phrase est en rapport avec les propos des républicains, qui disaient alors qu'il y avait à craindre que Bonaparte ne ramenât les Bourbons. On a même prétendu que la mort du malheureux duc d'Enghien n'eut pas d'autre cause!...
[110]: Il est impossible de rien comprendre à ce fatras de mots sans couleur, sans aucun sens, et aussi absurdes que les paroles de Bobêche, voulant nous persuader que deux et deux font cinq.
[111]: Faute immense de Napoléon! ces provinces illyriennes n'étaient rien pour lui, et l'Autriche y attachait le plus grand prix. Si elles eussent été rendues en 1812, le prince Schwartzemberg marchait avec nous en Russie!... quelle différence!...
[112]: Elle avait une telle tendresse pour cette bonne et belle personne, qu'après le départ de Marie-Louise, madame Bernard[112-A] portait un bouquet à la duchesse, de la part de l'Impératrice, comme si elle eût été à Paris, et cela dura un an au moins.
[112-A]: Fameuse bouquetière qui a précédé madame Prevost, et qui faisait les bouquets presque aussi bien qu'elle.
[113]: D'Aigrefeuille était conseiller à la cour des aides de Montpellier: c'était un homme d'esprit, quoique ridicule; mais il l'était plus par sa figure que par lui-même.
[114]: Le cardinal Maury m'a toujours tenu ce langage, même dans un temps où l'archi-chancelier n'avait plus le même pouvoir.
[115]: On l'a beaucoup dit dans le temps, mais je ne le crois pas, l'Empereur estimait trop l'archi-chancelier. Le comte Dubois ne put me dire s'il avait ou non connaissance de la chose.
[116]: Cambacérès a dit depuis à Dubois, qu'il avait cru d'abord que c'était quelque émigré rentré, à qui, jadis, une consultation de lui avait fait perdre un procès.
[117]: Cette circonstance, remarquée pendant tout le temps que dura cet étrange entretien, avait frappé Cambacérès plus peut-être que le reste. Peut-être l'individu avait-il des semelles de liége; ce qui est bien étonnant, c'est que dans le premier moment, l'archi-chancelier ne fut pas éloigné de croire au surnaturel.
[118]: On défendit sévèrement de parler de cet événement, qui fut même ignoré de beaucoup de gens qui assistèrent à la fête de l'archi-chancelier et s'y trouvaient en ce moment; des personnes de la maison même ne l'ont appris que plus tard, par la voix publique, parce que, sous la Restauration, il n'y avait plus de raison pour cacher cette affaire, et que les auteurs en parlèrent. Cambacérès, quoique innocent du vote à mort, à ce qu'on prétendait, fut cruellement frappé de cette apparition. Le comte Dubois, qui avait un intérêt réel à découvrir la chose, en me la racontant chez lui, à Vitry, il y a quatre ans, me dit qu'il n'avait jamais pu découvrir la moindre trace du cet événement. Lorsque l'Empereur l'apprit, il dit à l'archi-chancelier: «Allons... c'est un rêve... vous avez dormi...»
[119]: En 1811.
[120]: Hugues-Bertrand Maret, né à Dijon, en 1763.
[121]: Sans aucun doute on était encore enfant (surtout un homme) quand on n'avait que dix-sept ans à l'époque dont je parle.
[122]: Il présidait aussi, comme on le sait, les États de Bourgogne.
[123]: Voici ce dont il s'agit: Vauban avait fortifié la ville d'Ath..... Cette ville retombe dans les mains des Espagnols; plus tard les Français mettent le siége devant ses remparts, et Vauban lui-même est chargé de le conduire. Quelle position que la sienne! si la ville est prise, il l'a donc mal fortifiée; s'il ne la prend pas, que devient-il?... Louis XIV le presse... l'excite... de la reddition de la place dépend le succès du traité de Riswith!..... L'humiliation ou la disgrâce! Dans cette extrémité, Vauban prend le parti qui convenait à un homme de génie comme lui; il invente un moyen d'attaque inconnu jusqu'alors, et la ville est prise. Mais Vauban avait le droit de dire: «Elle ne pouvait l'être que par moi.» Le moyen qu'il inventa est la batterie à ricochets.
[124]: Croirait-on, avec le noble et beau caractère de Carnot, que JAMAIS il n'oublia cette circonstance!..... et le duc de Bassano ressentit encore les atteintes de ce souvenir en 1815!.....
[125]: Ce sujet n'avait jamais été traité.
[126]: Une circonstance remarquable, c'est que de la mission de ces deux envoyés près des différentes cours d'Italie surtout, dépendait la vie de la reine, de madame Élisabeth, et du jeune roi Louis XVII, ainsi que de sa sœur. On ne comprend pas comment l'Autriche a pu mettre ainsi une entrave à la réussite d'une chose qui assurait la vie de la reine..... elle était la tante de l'Empereur enfin!... Je ne puis m'expliquer cette étrange conduite[126-A]... M. Maret et M. de Sémonville correspondirent ensemble malgré leurs geôliers. J'en ai détaillé le spirituel moyen dans mes mémoires, ainsi que de la plaisante rencontre que M. de Bassano fit ensuite à Munich ou à Vienne, de l'un de ses compagnons de captivité.
[126-A]: Ainsi que la réponse faite par François, alors empereur d'Allemagne, à M. de Rougeville!...
[127]: J'ai tenu dans mes mains ces chefs-d'œuvre d'une patience étonnante. Je les ai vus. La comédie a treize cents vers, la tragédie dix-huit cents; les deux pièces sont écrites très-lisiblement sur la quantité de papier qui fait la valeur de deux feuilles de papier à lettre. La comédie s'appelle le Testament; la tragédie, Pithèas et Damon; l'autre comédie a pour titre l'Infaillible. Le brouillon en était fait par lui sur la faïence de son poêle, où il s'effaçait à mesure.
[128]: Par la Constitution de l'an 8, le secrétaire-général avait le titre et les fonctions de secrétaire-d'État. C'était une position de haute faveur et surtout de haute importance: les ministres lui remettaient leurs portefeuilles; il prenait connaissance de leurs rapports sur les affaires de leurs départements, et, dans le travail de la signature qu'il faisait seul avec le premier Consul, il lui en rendait un compte verbal très-abrégé. Quant à l'exécution des décrets, elle avait lieu sur l'expédition que les ministres recevaient du secrétaire-d'État. Celui-ci était donc un intermédiaire officiel entre le gouvernement, le Conseil d'État et les ministres.
[129]: Le secrétaire-général ou le secrétaire-d'État (ce fut à l'Empire qu'il eut le titre de ministre secrétaire-d'État) avait non-seulement d'immenses attributions, mais on peut dire qu'il était le seul ministre.
[130]: La plus belle époque de l'Empire est depuis 1804 jusqu'en 1811.
[131]: Il était parfaitement bon, et le plus probe, le plus honnête des hommes; c'était un type que M. de Champagny. Mais en vérité, jamais on ne vit une plus étrange façon d'aller par le monde civilisé! jamais on ne vit un renoncement aussi complet à l'élégance même la plus ordinaire.
[132]: Rue du Bac, presque contre la rue de Sèvres.
[133]: Je ne voyais du corps diplomatique que ceux qui étaient mes amis et qui me convenaient: à l'époque où M. de Bassano ouvrit sa maison, j'étais en Espagne.
[134]: Les trois membres du corps diplomatique les plus assidus chez le duc de Bassano étaient M. le prince de Schwartzemberg, M. de Krusemarck et M. de Kourakin.
[135]: Et de l'Académie.
[136]: Mademoiselle de Mondreville mariée à M. de Barral, beaucoup plus âgé qu'elle, au point d'être pris pour son père, remariée aujourd'hui au comte Achille de Septeuil, et dame pour accompagner la princesse Pauline.
[137]: Fille de M. de Cetto, ministre de Bavière; elle était ravissante de fraîcheur, de jeunesse et de grâce.
[138]: Appelée la belle Génoise, lectrice de l'Impératrice, puis ayant le rang de dame du palais, on ne sait trop comment, ou plutôt on le sait.
[139]: Mademoiselle Dupuis, dont la mère était créole de l'Île-de-France, et dame pour accompagner la reine Julie d'abord, et puis ensuite madame mère.
[140]: Mademoiselle de Brignolé, dont la mère était dame du palais; jolie, mais l'air d'un serin effaré.
[141]: Mademoiselle Mourgues, dont le père a été ministre de Louis XVI en 1790 ou 91, pendant vingt-quatre heures; et belle-sœur de M. de Villèle.
[142]: Ravissante femme comme on peut le voir encore aujourd'hui. Elle était veuve du baron de Giliers, et elle épousa en secondes noces le comte Alexandre de Laborde.
[143]: Riche héritière qui, sans être ni laide ni jolie, épousa M. de Turenne. Elle n'avait pas de jambes, ou, du moins, étaient-elles si courtes qu'elles étaient comme absentes.
[144]: Elle n'était attachée à aucune maison, mais fort aimée de nous toutes.
[145]: Écuyer de la princesse Pauline.
[146]: Chambellan de l'Empereur, gendre de M. de Narbonne.
[147]: Aide-de-camp de l'Empereur.
[148]: Grand-maître des cérémonies.
[149]: Chambellan de l'Empereur.
[150]: Chambellan de l'Empereur.
[151]: Grand chambellan.
[152]: Lettres sur la Suisse, par William Coxe, avec les notes par Ramond.
[153]: Elle fut remplacée par une belle tasse en argent que lui donna M. Ramond pour cette course au pic du Midi. Ces tasses servent aux guides des glaciers pour faire fondre de la neige, à laquelle ils mêlent de l'eau-de-vie ou tout autre spiritueux, pour éviter de boire l'eau trop crue des glaciers.
[154]: Tous ceux qui ont été dans les Pyrénées savent combien le spectacle qu'on a sur le pic du Midi, au lever du soleil, est admirable.
[155]: Fragments imprimés dans le Mercure de France, de 1788 ou 1787.
[156]: Je regrette seulement qu'il ait mis autant en oubli ce que nous devions à l'Empereur, tout en parlant des fautes de la campagne de Moscou.
[157]: Mademoiselle de Luçay.
[158]: Le traitement du duc de Bassano était de 400,000 fr.; la dépense de sa maison s'élevait à 300,000 fr.
[159]: Aujourd'hui madame de Septeuil.
[160]: Quelque extraordinaire qu'il puisse paraître qu'étant aussi liée avec M. et madame de Valence, la duchesse de Bassano ne connût pas leur mère, cela est pourtant positif.
[161]: Et M. de Rambuteau, qui a prouvé qu'on pouvait être à la fois un homme du monde et un habile administrateur. Napoléon l'avait, au reste, bien deviné.
[162]: Frère du comte Alfred de Maussion, auteur de plusieurs romans écrits avec goût et remplis de cet intérêt qui fait tourner les pages... Le succès du dernier ouvrage de M. le comte de Maussion, intitulé Faute de s'entendre, doit lui donner la volonté de ne se pas arrêter, et à nous le regret qu'il n'y ait qu'un volume. On y retrouve les scènes du grand monde, ses perfidies, ses joies, comme son malheur; et tout cela raconté dans ce langage de bonne compagnie dont bientôt nous n'aurons plus que la tradition, qui, encore elle-même, pâlit chaque jour. Le comte Alfred de Maussion est le seul des deux frères qui ait écrit.
[163]: Et non pas à l'Arsenal, où mademoiselle Cochelet place la scène qu'elle raconte en tout (comme beaucoup d'autres choses) avec une grande absence de vérité, et une si grande, que je crois qu'elle n'y était pas. La manière dont l'aventure s'est terminée me le fait croire.
[164]: Les dominos étaient presque toujours en gros de Naples, et souvent en satin noir garni de très-belle blonde. Dans les bals masqués particuliers, nous mettions des dominos en satin rose ou blanc, également garni de belle blonde; le camail était charmant ainsi et allait à merveille lorsqu'on avait ôté son masque, ce qu'on faisait presque toujours avant la fin du bal.
[165]: C'était son jour de réunion.
[166]: La première année de la Restauration, il logeait rue de la Ville-l'Évêque.
[167]: À peine quarante ans, et elle en paraissait trente-un ou trente-deux au plus.
[168]: C'était alors la mode de se coiffer avec des camélias et des bruyères naturelles.
[169]: En 1820 elle avait trente-six ans.
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Ligne 5594: "Elle y alla en 1812 et fut reçue à Milan avec enthousiasme;" L'original contenant 1816, cette erreur a été corrigée.