LE SÉNÉGAL.—LA NOUVELLE-CALÉDONIE
Les Sénégalais ont, eux aussi, leur village à l’Exposition,—un village qui, certes, vaut la peine d’être vu. D’abord ce village est, malgré ses apparences, presque français. Au milieu de ces hommes noircis par un soleil de feu, on est, sinon positivement avec des compatriotes, du moins avec des amis. Du reste, ils sont tout à fait gentils avec leurs visiteurs, les braves gens. A leur entrée, Jacques et Madeleine ont rencontré un petit bonhomme aux cheveux crépus, vêtu sommairement d’un morceau d’étoffe rouge jeté autour de son corps, qui leur a souri et tendu les bras. Jacques s’est approché gravement; il a mis les mains derrière son dos et a regardé l’enfant du haut de sa grandeur. Il a peut-être eu tort. Madeleine, moins fière et plus avenante, s’est baissée, et, tirant un gâteau de sa poche, l’a offert au bambin qui l’a pris avec joie et mangé à belles dents. Puis elle s’éloigne, toute contente d’avoir fait un heureux à si peu de frais. Jacques regrette maintenant d’avoir été si hautain avec le petit être.
«Le Sénégal est en Afrique, n’est-ce pas, maman? dit Madeleine.
—Oui, sur la côte occidentale.
—Et c’est une colonie française?
—Pas en totalité; nous ne possédons que le territoire qui s’étend depuis l’embouchure du fleuve qui a donné son nom au pays jusqu’à l’embouchure du Gabon. Le Sénégal ne nous a définitivement appartenu qu’en 1814; mais il est certain que les premiers Européens qui fréquentèrent la contrée furent des Français, et sans doute les hardis marins de Dieppe. Dès le commencement du quatorzième siècle, il y eut plusieurs comptoirs français sur la côte.»
Les Sénégalais ont avec eux des singes qui font aux passants toutes sortes de grimaces; ce n’est pas que ces animaux soient mal élevés, mais dans leur pays et dans leur société il est très bien porté de faire des grimaces. Il me semble, du reste, qu’il y a, même à Paris, pas mal d’enfants qui en font aussi de temps en temps.
Ces singes ne viennent pas du Sénégal, mais du Congo. Le Congo, Madeleine ne sait pas au juste où ce pays se trouve; quant à Jacques, il ne se rappelle pas en avoir jamais entendu parler.
«Le Congo, mes enfants, est à l’ouest de l’Afrique équatoriale, explique maman. Il n’y a pas bien longtemps, il était encore désigné sur les cartes géographiques par les mots Régions inexplorées. Ce fut le célèbre voyageur anglais Livingstone qui le parcourut le premier; il y passa plusieurs années et y mourut en 1873, victime du climat. Après lui, l’Américain Stanley étudia la topographie du pays et dressa des cartes. Puis ce fut le tour d’un Français, M. Savorgnan de Brazza, qui poursuivit avec succès l’œuvre entreprise par ses deux prédécesseurs.
«Depuis 1884, le Congo est divisé en trois parties: un État libre, placé sous le protectorat du roi des Belges, qui en est le souverain nominal; le Congo français, que M. de Brazza administre au nom de notre gouvernement; et le Congo portugais.»
Après l’exposition du Sénégal, c’est celle de la Nouvelle-Calédonie que Jacques et Madeleine vont visiter. Les Néo-Calédoniens ont pour maisons des cases de deux à trois mètres de hauteur, n’ayant pour toute ouverture que la porte; elles sont rondes ou carrées et ont un toit recouvert de paille. Le mobilier ne consiste qu’en nattes, calebasses, tasses en coco et vases de terre cuite.
«C’est bien à la Nouvelle-Calédonie, n’est-ce pas, maman, que l’on envoie les méchants hommes qui ont commis des crimes? demande Madeleine.
—Oui, c’est là qu’est le bagne, depuis 1872.
—Et avant cette époque, où mettait-on les forçats?
—D’abord, on les logea sur des galères; puis on institua quatre bagnes: un à Toulon, un autre à Brest, un troisième à Rochefort et le quatrième à Lorient. Les condamnés y étaient employés à des travaux pénibles, sous la surveillance de gardes-chiourme. Ils étaient enchaînés deux à deux et traînaient un lourd boulet.»