LE VILLAGE JAPONAIS
Au moment d’entrer dans le village japonais, Jacques et Madeleine ne sont pas sans éprouver quelque appréhension.
«Au moins, maman, a dit Jacques, tu es bien sûre qu’on ne nous fera aucun mal?
—Et pourquoi vous ferait-on du mal?
—Dame, parce que les Japonais sont des sauvages.
—Non, mes enfants, les Japonais ne sont pas des sauvages, bien loin de là. Il est vrai que leur civilisation est différente de la nôtre, mais ils nous sont supérieurs en un grand nombre de matières; leur porcelaine, par exemple, est beaucoup plus belle que la nôtre, et nous ne savons pas fabriquer le papier aussi bien qu’eux. Les vases, garnis de plantes ou transformés en lampes qui font l’ornement de tant de nos salons, sont pour la plupart japonais; et les amateurs de livres apprécient surtout ceux qui sont imprimés sur du papier du Japon.
—Et ces gens-là ne sont pas méchants?
—Pas le moins du monde.»
Rassurés par les paroles de leur maman, les deux enfants pénètrent sans crainte dans le village, où ils sont accueillis par deux charmantes demoiselles occupées à confectionner des objets de bimbeloterie. Ces jeunes filles portent le costume de leur pays qui, pour ne pas ressembler aux costumes parisiens, n’en est pas moins très coquet.
Madeleine a remarqué que ces demoiselles ont un tout petit pied et elle en fait l’observation à sa mère.
«Mon enfant, la petitesse du pied des femmes est, au Japon et en Chine, un signe de distinction. Aussi, dans la bonne société de ces pays, condamne-t-on les jeunes filles à ne pas marcher et les oblige-t-on à porter un appareil qui empêche leurs pieds de grandir.
—Mais, maman, cet appareil doit gêner beaucoup?
—Oui, même il fait mal et il serait désirable que l’usage en fût aboli; malheureusement, il en est des Asiatiques comme des Européens: ils aiment mieux suivre la mode, même quand elle est nuisible à leur santé, que rompre avec elle.»
Oh! les jolies maisons, bordées de balcons abrités par le prolongement de la toiture, surmontées de belvédères légers et gracieux! Sûrement on doit être très bien dans ces habitations, et l’on s’accommoderait volontiers en France de l’une d’elles, pendant l’été, à la campagne ou aux bains de mer. On y ajouterait quelques chaises et quelques fauteuils, un lit à sommier, une armoire à glace, les quelques bibelots dont l’habitude nous a fait une nécessité, et ce serait parfait.
Il paraît qu’au Japon les enfants vont à l’école tout comme à Paris. Voici une salle de classe, où élèves et professeur sont représentés par des mannequins. Peut-être l’installation n’est-elle pas des plus confortables; mais les jeunes Japonais n’en ont que plus de mérite à bien travailler. Ils sont assis et écrivent sur le parquet; c’est une affaire d’habitude. Du reste, si le matériel scolaire est au Japon des plus rudimentaires, on y connaît du moins les pupitres; la preuve, c’est que le maître d’école en a un devant lui.
Voici, non loin de la classe, une salle affectée à l’Exposition des jouets. C’est l’agréable à côté de l’utile, l’amusement à côté de l’étude.
Ils sont très simples, ces jouets; mais, pour manquer de complication, ils n’en valent pas moins. Jacques et Madeleine se sont arrêtés devant un monsieur qui fait voler en l’air un petit instrument composé d’une baguette de bois terminée à sa partie supérieure par un morceau de roseau fixé à angle droit. Il suffit de placer la baguette entre les deux mains et de lui imprimer un mouvement de rotation rapide en faisant glisser les deux mains l’une contre l’autre pour que l’instrument s’envole en tournant et plane longtemps dans l’air avant de retomber à terre.
Ce volant ne coûte que la modique somme de deux sous; ce n’est pas cher, aussi Jacques s’empresse-t-il d’en acheter un. Quant à Madeleine, elle a fait l’acquisition d’un kata-kata, dont elle s’amuse à dérouler les morceaux de bois peint.