UN COIN DE L’EXPOSITION DE LA RUSSIE

Aujourd’hui, c’est au Champ-de-Mars que Jacques et Madeleine ont passé l’après-midi. Ce qui les a le plus intéressés, c’est un coin de l’exposition de la Russie.

La Russie... Voilà un pays que Jacques voudrait bien voir. Il a entendu dire que les Russes aiment beaucoup les Français et les reçoivent de la façon la plus charmante. Il sait, de plus, que dans la bonne société tous les Russes parlent très bien notre langue, ce qui fait qu’il n’éprouverait aucune difficulté à se faire comprendre. Et enfin, il paraît que la vie est, à Saint-Pétersbourg et à Moscou, tout à fait différente de la vie de Paris. Aussi Jacques se promet-il d’aller en Russie quand il sera grand; il emportera beaucoup de papier blanc, des crayons, des plumes et de l’encre, et il écrira un gros livre sur ce qu’il aura vu et appris.

Dans une salle du palais attenant à celui des Arts-Libéraux, des fourrures de toutes sortes sont étalées; les unes, confectionnées, sont sur des piquets de bois; les autres, encore non façonnées, sont fixées contre les murailles.

En France, où les hivers ne sont généralement pas rigoureux, ces fourrures seraient beaucoup trop chaudes; mais en Russie, où il y a souvent quarante degrés de froid, on ne peut se dispenser de porter des pelisses faites avec les peaux les plus épaisses. Ce qui est dans nos pays un objet de luxe est là-bas un objet de première nécessité.

Maman explique que les meilleures fourrures sont celles d’animaux tués en hiver; le poil est alors plus fin et plus serré. Elle ajoute que les plus belles pelisses sont faites avec du chinchilla, de la loutre ou de la martre zibeline.

Il y a aussi des ours empaillés qui sont énormes et ont l’air fort rébarbatif. M. Jacques, que l’on fâcherait très sérieusement si on lui disait qu’il manque de bravoure, n’ose pas trop s’approcher des féroces animaux. Il a beau savoir qu’ils ne sont pas vivants, leur voisinage ne lui convient que très médiocrement. Madeleine, qui s’est aperçue des impressions de son frère, s’amuse à l’attirer près de l’un d’eux, tout noir, assis sur son train de derrière; mais l’enfant résiste énergiquement. Il n’aime pas les bêtes féroces, c’est encore une affaire de goût.

Les jouets l’intéressent bien davantage; et puis ils n’éveillent dans son esprit aucun sentiment de crainte. Voici, par exemple, une poupée revêtue du costume national russe, qui lui paraît tout à fait charmante. Voici encore un bonhomme assis dans un traîneau rouge auquel est attelé un très joli cheval blanc. Il est dommage, pense Jacques, qu’il n’y ait pas, en hiver, assez de neige au bois de Boulogne pour qu’on puisse aller s’y promener tous les jours en traîneau. Ce serait très amusant.

Un autre jouet représente deux ouvriers armés chacun d’un marteau avec lequel ils frappent sur une enclume. L’un de ces ouvriers est un homme, l’autre est un ours.

Ici, derrière un comptoir, un jeune Moscovite vend des cuillers, des sébiles, des tasses et des vases en bois.

Là-bas, on a exposé une collection de berceaux.

«Crois-tu, maman, que les bébés puissent dormir là-dedans? demande Madeleine.

—Pourquoi pas?

—Oh! ils doivent être couchés comme sur des pierres.»

Madeleine exagère. Les berceaux ne sont sûrement pas d’une élasticité exagérée; mais ils valent bien les hamacs, auxquels ils ressemblent d’ailleurs, et dont on se contente volontiers.

La plus curieuse de ces couchettes est fixée horizontalement, par des courroies, au dos d’une paysanne sibérienne.

«C’est sans doute très commode pour cette paysanne, tant qu’elle est debout, observe Madeleine; mais si elle voulait s’asseoir contre une muraille?...

—Si elle voulait s’asseoir?... dit Jacques; eh bien, elle mettrait le berceau par terre, voilà tout.»

Rien n’est plus juste.