NOTES

[1] En 1802 a paru chez Hocquart, en trois volumes, l'ouvrage intitulé: «Les Sérails de Paris, ou Vies et portraits des dames Paris, Gourdan et Montigni et autres appareilleuses.»

[2] A ces romans il faut ajouter les recueils de nouvelles très peu historiques qui suivent: Histoire des filles célèbres du dix-huitième siècle, 1781, par Desboulmiers; le Palais-Royal, 1790, par Rétif de la Bretonne; la Confession galante de six femmes du jour, 1797, par Rosny.

[3] Cette attribution vient sans doute de cette phrase imprimée au bas du titre: «Et se trouve dans les petits appartements de la Reine

[4] Il a paru aussi dans le même temps un Tableau de toutes les jolies marchandes des quarante-huit divisions de Paris, leurs qualités physiques et morales, leurs costumes, le nom de leurs rues et le no de leur maison. Mais l'adroit et prudent rédacteur de la liste, s'élevant contre le dénombrement des «jolies libertines», déclare qu'il remplit un devoir sacré en rendant hommage aux vertus des marchandes de Paris... républicaines.

[5] On retrouve, sous l'Empire, quelques-unes des femmes nommées en ce calendrier du plaisir dans la Nouvelle Liste des plus jolies femmes publiques de Paris, 1801, et la Nouvelle Liste des jolies femmes de Paris, ou le petit Lubrico, 1805.

[6] En 1769 avait paru une brochure intitulée: Projet raisonné et moyens immanquables pour arrêter les progrès, empêcher la circulation et détruire jusqu'au principe des maux vénériens dans toute l'étendue du Royaume. Elle est curieuse, cette brochure, en ce qu'elle dit que la maladie vénérienne était, quelques années avant, complètement inconnue en province.

[7] Dans ma bibliothèque, la série des hommes est encore plus nombreuse et plus riche en documents rares.

[8] Je possède un Saint-Évremont avec le nom de Mlle Clairon imprimé sur les plats des volumes.

[9] Je parlerai seulement des femmes, les biographies d'hommes me conduiraient trop loin. Et cependant, les curieuses feuilles volantes émanant d'auteurs mêlés à la Révolution! Je ne citerai qu'une seule curiosité: le récit manuscrit d'un voyage dans l'intérieur de l'Ile-de-France, en 1779, par Mayeur.

[10] Je ne trouve pas ce nom dans les almanachs de théâtre. Je crois Mlle Bon tout simplement une chanteuse d'opéra de province. Serait-elle par hasard la fille d'une Hollandaise nommée Gertrude Boon, qui a dansé, dans le commencement du siècle, aux foires Saint-Laurent et Saint-Germain, et dont je possède un mémoire imprimé en cassation de mariage avec un mauvais chanteur de l'Opéra, fils d'un pâtissier, nommé Gervais?

[11] Son vrai nom est Catherine-Rosalie Gérard. Les Mémoires turcs de Godard d'Aucour lui sont dédiés dans une épître ironique.

[12] M. Hervey, très bien renseigné sur les choses du théâtre, la donne dans son catalogue d'autographes comme attachée à l'Opéra; pour moi, je n'ai trouvé son nom sur aucun état.

[13] La peinture était attribuée à Mme Lebrun, mais je la crois plutôt d'un peintre anglais. La Duthé parle, dans une lettre à Perregaux, de l'envoi de son portrait que peint dans le moment un peintre anglais. Serait-ce le portrait de Parkes que signale plus loin sir Pimberton, et qu'elle se serait décidée à payer?

[14] Cette affirmation est contraire à tous les témoignages français. L'élégance de sa toilette, la Duthé la cherchait dans une certaine simplicité, et l'on connaît la gageure qu'elle fit d'être la femme la plus remarquée à Longchamps en la mise la plus simple, et elle gagna avec une toilette faite dans de la toile à torchon.

[15] Dans une autre lettre adressée à Perregaux, le 15 juillet, elle écrit: Mon cher tuteur, je comptois partire hier pour Paris, mes le courié nous a aporté des nouvelles si effreiantes que mon dépar est suspendu. Mendé-moi, je vous prie, tout de suite s'il y a du dangé pour les effets qui son dans ma maison. A ce cas, vous auriès la bonté de les mettre en lieux de surtée inci que mon arjeanterie. Recommandé bien à Sanville de ne pas trop s'absenter de la maison, et d'avoir soin de faire fermer les portes, je ne vous envoi pas aujourd'hui mon sertificat de vie, parce qu'on m'a dit que le payements des rente étoit suspendu...»

[16] La Duthé mourut en France en 1826. (Voir le Figaro, octobre et novembre 1856.)

[17] Une note perdue dans le Code de Cythère dit: «La célèbre et la divine demoiselle M..., cette chanteuse sans parangon pour la voix, qui a fait les délices et l'admiration de tout Paris, dont le corps et la taille semblent avoir été moulés pour former une actrice inimitable et unique, passe chez elle son temps dans son lit; elle y mange, elle y boit, elle y gronde, et sûrement je ne dis pas tout. C'est la Cendrillon de M. Perrault.»

[18] La notice la plus complète sur Mlle Raucourt se trouve dans un recueil bien inconnu. Ce sont les Dix Mélanges, ou Mémoires secrets, par A. Châteauneuf. Premier cahier. Paris, chez Ponthieu, 1809.

[19] Mlle Raucourt n'a point été calomniée. Vignères a vendu, il y a une quinzaine d'années, une collection de lettres de la Raucourt adressées à des femmes, qui avaient la tendresse et la passion des lettres d'un amant.

[20] Je suis plein d'admiration pour Virgile, et, je l'avoue, c'est le seul poète latin que j'aie senti, mais un volume de Tacite serait plus justement à sa place ici. Mon frère et moi avons fait une étude assidue, continue du bref prosateur latin, cherchant à introduire l'os de sa phrase dans notre langue un peu molle, un peu fluente. Et, en cela, nous ne faisions que marcher à la suite de Bossuet, qui a prêché quelque part que le latin devait faire l'armature de la langue française, et dont, au reste, les plus puissantes phrases sont du latin translaté en français. Et j'ajouterai encore à Tacite, comme nos professeurs de style, le duc de Saint-Simon.

[21] Cette vue d'optique a pour titre: Vue de la nouvelle décoration de la Foire Saint-Germain, avec permission de M. le Lieutenant-général de la police.

[22] Je renvoie les curieux du Palais-Royal aux aspects différents présentés dans l'Histoire de la société française pendant la Révolution, et dans la «Monographie» de De Bucourt.

[23] Des statuts des maîtresses-bouquetières et chapelières en fleurs, en date de 1748, énumérant les désordres et les attroupements de soldats et de gens sans aveu, amenés par les colporteuses et les regrattières, rétablit les bouquetières dans leurs privilèges d'août 1697, déclarant que si une maîtresse, apprentisse ou compagne est reconnue avoir fait faute en son honneur, elle perdra son privilège.

[24] La Critique de la folie du jour, 1754.

[25] Depuis la rédaction de mon catalogue de dessins, j'ai trouvé deux croquis pour la composition du Billet doux, l'un représente la tête du domestique, porteur du poulet, l'autre le bas de la robe de la femme, ses deux pieds dont l'un est déchaussé, et une étude très étudiée de six mules dans des positions diverses, mules parmi lesquelles le peintre a choisi celle qui traîne sur le sopha. Ces deux dessins sont pastellés.

[26] Dans la galerie des Dames françaises, où la comtesse de Sabran figure sous le nom de Sapho, le pamphlétaire dit d'elle: «Sapho ferait aimer l'indifférence, tant elle imite bien son attitude, ses regards, son langage». Et il ajoute plus loin: «Sapho ne néglige aucune des ressources de la parure. Son art consiste à rejeter tout ce qui brille, et à employer avec une adresse infinie les ornements les plus simples; elle a l'air de ne rien ajuster et de tout jeter au hasard; mais quand on l'examine, on voit que rien n'a été oublié.»

[27] Le catalogue de Saint-Aubin, rédigé avec beaucoup de soin et qui donne les anonymes, se contente, pour ces deux portraits, de dire qu'ils ont été gravés en 1779, sur un dessin fait d'après nature.

[28] Me trouvant aux Riceys, j'ai essayé, mais inutilement, de retrouver, chez un descendant de Quenedey, le répertoire du portraitiste au physionotrace. M. Richard, l'ancien conservateur de la Bibliothèque, et le gendre de Quenedey, possédait une copie de ce répertoire, mais il n'a pas été publié, et je ne sais ce qu'il est devenu après sa mort.

[29] «Teint noir, grosses lèvres, dents blanches», dit de la Lemaure son logogriphe de 1745.

[30] Dans un duel à coups de rimes satiriques, dont les traits ont été fournis par les tenants des danseuses Dervieux et Guimard, voici le portrait physique de Guimard:

Elle a la taille de fuseau,

Le teint couleur de noisette

Et l'œil percé comme un poureau.

Ventre à plis, cœur de macreuse,

Gorge dont nature est honteuse:

Sa peau n'est qu'un sec parchemin

Plus raboteux que le chagrin;

Sa cuisse est flasque et héronnière,

Jambe taillée en échalas,

Le genou gros sans être gras;

Tout son corps n'est qu'une salière.


[31] C'est l'estampe d'après Vanloo, où la tête est gravée par Beauvarlet et le fond par Cars.

[32] Nous devons cependant avouer qu'il y a un peu du profil protubérant du dessin de Desrais, dans le portrait en couleur de Janinet, gravé d'après une peinture de Dutertre.

[33] Eugénie d'Hannetaire, dans les Sultanes, acte II.—Peinte par Legendre, gravée par Chevillet.—On voit la descendante de Servandoni, vêtue d'un de ces costumes sillonnés de fourrures, mis à la mode par les tableaux russes de Le Prince, pincer de la guitare, avec de grands yeux caressants. Cette actrice, qui n'a jamais fait partie de la Comédie-Italienne de Paris, était sans doute la fille de Servandoni d'Hannetaire, qui fut directeur du théâtre de Bruxelles de 1752 à 1780.

[34] Une autre tête de facture curieuse est celle du Petit Dunkerque. Un rideau retroussé laisse voir une mer chargée de vaisseaux, avec cette réclame en bas: Au petit Dunkerque, quai de Conti, au coin de la rue Dauphine, Grandchez tient le grand magasin curieux de marchandises françaises et étrangères, et tout ce que les arts produisent de plus nouveau, et vend sans surfaire en gros et en détail.

[35] Je me rappelle avoir vu un autre billet de la Comédie-Italienne, dont l'illustration était différente, et qui a dû précéder le billet d'Augustin de Saint-Aubin.

[36] Je dois la traduction de ces deux poésies à l'obligeance de M. Frandin, interprète attaché à la légation de France à Pékin.

[37] Dans les exemplaires modernes, la tête rasée du petit Chinois est coiffée d'une feuille de chou.

[38] Regnault, l'ancien directeur de Sèvres, après avoir pris connaissance des choses hétérogènes entrant dans la pâte tendre, aurait dit: «Ça, ce n'est pas de la chimie, c'est de la cuisine!» Il a fait quelques fournées d'une porcelaine tendre vitreuse qui n'a rien de l'ancienne porcelaine tendre.

[39] On a continué à faire de la pâte tendre à Saint-Amand et à Tournai, mais c'est une autre fabrication que celle de Sèvres; et si la porcelaine est aussi bonne pour la décoration, elle est loin d'être aussi belle dans le blanc. Très achetée par le bas commerce, qui avait le placement assuré des garnitures de cheminées sortant des deux fabriques, cette porcelaine tendre, à l'état de pièce blanche, a été surtout, entre les mains des truqueurs, une source de fraudes et de tromperies. Ils la faisaient décorer et la vendaient comme «vieux Sèvres». On cite notamment plusieurs pièces d'un service du Barry, décorées par un vieux peintre de Sèvres, fils d'un décorateur du temps de Louis XVI.

[40] «La religion, c'est des bêtises», répondait un Japonais au baron Hubner l'interrogeant sur la religion de son pays.

[41] Une caricature donne à voir les dieux de l'Olympe japonais en histrions ambulants. Benten raccommode les loques de la troupe pendant les intermèdes, et dans les représentations joue du luth. Daikoku l'accompagne de son maillet, et les rats de ses sacs de riz, dressés à des tours de saltimbanques, montent autour du bâton de voyage de Fukuroku-jïu qui fait le boniment.

[42] Je dois la traduction des signatures d'artistes japonais à l'obligeance de M. T. Otsouka, l'auteur d'un important travail, encore inédit, sur les légendes mythologiques et historiques de son pays, reproduites par les objets d'art: travail qu'un éditeur parisien devrait bien publier!

[43] Le peuple japonais est presque absolument ichthyophage, et l'introduction des boucheries est de date toute récente.

[44] Un livre avec illustrations tirées d'albums japonais a été publié en Angleterre sur la vie des enfants au Japon. Il a pour titre Child-Life in Japan, by M. Chaplin Ayrton. London, 1879.

[45] L'emploi du squelette est très fréquent dans les netskés. J'en possède un autre qui représente un squelette jouant de l'éventail. Remarquons la perfection savante de l'imitation, en ce pays, où les études anatomiques étaient défendues.

[46] Ce broyage du thé au Japon a lieu seulement pour certaines cérémonies.

[47] Ils sont cependant généralement faits en cerisier.

[48] M. Burty s'est occupé avec prédilection de cette figure, très populaire au Japon.

[49] Ces porcelaines fabriquées au dixième siècle firent tellement fureur que, dans les siècles suivants, les plus petits tessons qu'on pouvait trouver, devenaient des ornements que les Chinois portaient à leur bonnet de cérémonie ou attachés au cou par un cordonnet de soie; aussi furent-elles imitées par tous les habiles contrefacteurs, et notamment par Tchéou à la fin du seizième siècle, et par le fameux Thang-Kong au dix-huitième siècle.

[50] Coupe qui sert également pour le vin des noces.

[51] Cette porcelaine, sauf quelques exceptions, date de Yung-Tching (1723-1736), J'ai relevé le nien-hao de cet empereur sur quelques compotiers de la collection particulière de M. Mallinet.

[52] Je n'aime pas les désignations de famille verte et de famille rose, inventées par M. Jaquemart, que je considère cependant comme le fondateur de la science de la porcelaine de l'Extrême-Orient. Ces désignations, je les trouve trop générales, trop synthétiques et désignant des produits trop différents de qualité. C'est ainsi que, pour la famille rose, l'historiographe de la porcelaine réunit, sous une même qualification, et les roses sur coquille d'œuf et les roses les plus commerciaux, les plus ordinaires. C'est une classification à refaire.

[53] L'art nouveau du Japon n'est peut-être pas si fort redevable à O-Kou-sai de son affranchissement et de son retour à la nature. Les peintures chinoises sur coquille d'œuf au dix-huitième siècle montrent des oiseaux peints avec l'art et le naturel des oiseaux qu'on retrouve sur les japonaiseries. Et le jour où sera faite une étude très étendue des époques et des phases de l'art chinois, on sera peut-être étonné de tout ce qu'on retrouvera dans l'art moderne du Japon, appartenant à la Chine.

[54] On voit que l'Olympe chinois ressemble beaucoup à l'Olympe japonais.

[55] C'est le procédé habituel au fondeur de là-bas, qui perd son moule à la fonte, en sorte que presque tous les bronzes japonais sont des exemplaires uniques.

[56] On sait toute la difficulté qu'il y a à discerner des bronzes pour ainsi dire de la même famille, et dont l'ornementation est toute semblable.

[57] J'ai relevé ce modèle sur un album à l'usage des tisseurs d'étoffes.

[58] Voici la description des pièces d'une écritoire de mandarin, qui a passé à la vente de M. Salle, en 1826, et qui était considérée comme la pièce de ce genre la plus riche et la plus complète qui existât alors à Paris. Outre la pierre à encre, le pain d'encre et son chevalet, le réservoir d'eau, les pinceaux-plumes, l'écritoire contenait, posés sur un plateau peint en marbre avec galerie de bois, un py-tia ou arrête-pinceau en cristal de roche, une feuille avec insectes en porcelaine, servant à laver les pinceaux, un presse-papier figurant une femme endormie, un couteau à papier en écaille, un cachet en pierre de lard, et enfin un souan-pan imitant l'opale.

[59] Nous avons vu, il est vrai, ces années dernières, à Paris, l'héritier d'une illustre famille japonaise se servir du sabre paternel, pour couper les fils de fer des bouchons de bouteilles de Champagne.

[60] Le Japon de nos jours, par Georges Bousquet; Hachette, 1877.

[61] Le second, dans le hara-kiri, me semble une introduction moderne. Les annales des empereurs du Japon sont remplies de daimios et de samourais qui se coupent pour de bon le ventre et meurent sans le secours d'un intermédiaire. Il y a même l'anecdote de Nori-Sane, qui avait commencé à s'ouvrir le ventre, et dont le sabre lui est arraché des mains par ses gens, et qu'on panse et qui guérit.

[62] Est-ce le métal de Sawa dont parle Thunberg?

[63] Laizïn ou Raïden est le plus souvent représenté d'une manière grotesque, et battant d'un maillet, dans chaque main, une demi-douzaine de cymbales disposées en nimbe autour de sa tête.

[64] Aperçu de l'histoire mythologique des Japonais, par Klaproth.

[65] C'est du bois de kiri (pawlonia imperialis).

[66] Il y a des tabatières anciennes en cristal de roche agatisé, où sont des herborisations en forme de poils; des faussaires chinois en font maintenant de modernes où ces herborisations sont faites avec de vrais poils d'animaux collés à l'intérieur, et qui se décollent quand on lave la tabatière à l'eau chaude.

[67] Les Chinois font du laque. On connaît leur laque dit de Pékin, laque rouge de couleur cire à cacheter, quelquefois décoré de feuillages en relief, teintés en nuance verdâtre et jaunâtre, mais c'est un laque très inférieur aux laques japonais, et l'on peut considérer cette industrie d'art comme appartenant uniquement au Japon.

[68] Le Japon à l'Exposition universelle, deuxième partie; Paris, 1878.—Les Laques japonais au Trocadéro, par Charles Éphrussi; Quantin, 1879.

[69] Le meilleur vernis est recueilli dans un endroit appelé Yosi-no ou la plaine heureuse, située dans la province de Yamato.

[70] Nous devons dire qu'un livre historique japonais parle de meubles de laque employés à la cour, 180 ans avant l'ère chrétienne.

[71] La fabrication des objets de laque, appelés au Japon Jidaimono, interrompue par les guerres civiles de 664 à 910, reprit avec éclat de 910 à 1650. Les Japonais des hautes classes se montrèrent toujours très jaloux de la possession de ces produits, et seuls, les princes de Kaga et d'Oji avaient le droit de donner des coupes à saki. Les Hollandais, les membres de la factorie de Dezima qui, à titre de cadeaux, reçurent quelques laques, n'en reçurent que de seconde qualité, et quand par hasard un laque de première qualité leur était offert à vendre, il l'était à des prix inabordables. Écoutons Thunberg: «On voulut ici vendre à l'ambassadeur un petit meuble garni de plusieurs tiroirs, haut d'un quart d'aune et large d'une demie, en vieux laque bien supérieur à celui qu'on fait aujourd'hui (1776) tant pour le vernis que pour l'uni des fleurs, qui étaient bien relevées en bosse. Mais le prix était aussi bien différent, il nous parut même exorbitant. On ne voulait pas le donner à moins de soixante-dix kobans ou quatre cent vingt rixdales.» En dépit de la cherté et de la prohibition de sortie des laques, quelques-uns cependant étaient parvenus en Europe, et n'est-ce pas curieux d'en trouver un dans l'inventaire de Molière?

[72] Ils sont conservés au Louvre, et sont décrits dans l'inventaire des effets curieux qui sont déposés dans la maison des citoyens Daguerre et Lignereux, marchands bijoutiers, rue Saint-Honoré, 85, par les ordres de la ci-devant reine, le 10 octobre 1789,... inventaire que vient de publier M. Charles Éphrussi.

[73] Catalogue de la collection chinoise... composant le cabinet de M. Sallé, avril 1826.

[74] M. Humbert fait la remarque qu'on ne trouve pas, pour ainsi dire, d'objets parfaitement quadrangulaires, que l'ouvrier japonais a horreur de l'angle aigu, et qu'il le rabat et l'arrondit presque toujours.

[75] C'est la description exacte que M. Humbert en donne dans son livre du Japon illustré.

[76] Je citerai encore, comme superbe échantillon de laque moderne, une grande boîte en laque noir portant sur son couvercle deux moineaux sculptés en ivoire colorié, et où la sculpture, râpée par place, joue le plumetis et le duvet de l'oiseau. Le pourtour, très original, imite l'assemblage d'une série de bambous de tons et de tigrages divers.

[77] Les Japonaises se servent de brosses à dents fabriquées avec un arbuste que Thunberg appelle lindera et dont le bois tendre n'écorche pas les gencives. Ces brosses à dents ont l'apparence des morceaux de bois de réglisse mâchés par les enfants.

[78] L'or dont les Japonais se fardent les lèvres, n'est purpurin qu'à la condition d'être mouillé: aussi voit-on les coquettes de là-bas se passer, à tout instant, la langue sur les lèvres!

[79] Le cordon lâche et flottant qui passe dans les rainures pratiquées aux deux côtés de la boîte, et qui est terminé généralement par un netské, quelquefois par une boule d'ambre, quelquefois par un disque d'émail cloisonné, est orné d'un coulant de matières diverses, mais très souvent fait d'argent bruni avec niellures d'or. Dans ces coulants, on trouve des modèles de bijouterie exquise, entre autres de petites feuilles chiffonnées et recroquevillées se contournant autour de la soie, de la manière la plus naturelle.

[80] Les compartiments vont de trois à sept et même à plus. Les boîtes qui n'ont qu'une ouverture au milieu, et qui ont l'apparence de boîtes à médecine, sont en général des boîtes à cachet. J'en possède une, où sous le tiroir du cachet se trouve encore du rouge d'impression.

[81] Jusqu'à Temmu-Tennô, quarantième empereur du Japon (673-686), les femmes et les hommes laissaient pousser leurs cheveux naturellement; alors seulement un édit les força à relever leur chevelure.

[82] Les femmes ne portent pas dans leur chevelure que des épingles; j'ai vu un petit tube de verre, aux trois quarts rempli d'un liquide contenant des paillettes d'or, semblables à l'eau-de-vie de Dantzig, que les Japonaises s'amusent à agiter sur leurs têtes.

[83] Mémoires et anecdotes des Djogouns, par Titsingh, publié par Abel de Rémusat. Nepveu, 1820.

[84] On fume au Japon le tabac coupé très fin et qu'on humecte parfois de saki. Ricord dit que le meilleur tabac est celui de la province de Satzuma. Après le tabac de Satzuma vient le tabac de Nagasaki, où fut introduite la culture de cette plante.

[85] Le Japon à l'Exposition universelle, première partie; Paris. 1868.

[86] Ces jalousies, qu'on place, en Chine et au Japon, devant les portes et les fenêtres pour empêcher les insectes d'entrer, et qu'on appelle lien-tsée, sont fabriquées souvent de matières précieuses. Dans la collection envoyée du Japon à l'Exposition universelle de 1867, il y avait une de ces jalousies en perles de cristal taillé de diverses couleurs, formant un paysage.

[87] La beauté de l'écriture a une très grande importance au Japon, et quand on reconstruisit, en 977, le palais du Daïri, entièrement détruit par un incendie, le mémorialiste japonais rappelle que les gakf, les inscriptions sur les planchettes au-dessus des portes, ont été tracées au pinceau par Fousiwara-no-Soukemasa, célèbre en Chine même pour sa belle écriture.

[88] Voici une note curieuse sur l'importance du bois de calambac: «Selon la tradition, une grosse pièce de bois de calambac fut jetée, pendant une tempête, sur le rivage de Sakaï, bourg situé à peu de distance d'Osaka. On la conserve dans le temple de Tô-daï-si. Lorsque le Shogun désire en avoir un morceau, il s'adresse au Daïri, qui lui en accorde un de la grosseur d'un pouce carré. Il y envoie deux officiers de sa cour, sous les yeux desquels le morceau est scié, et inscrit sur les registres du temple.»

[89] Mémoires et anecdotes des Djogouns, par Titsingh, publiés par Abel de Rémusat, 1820.

[90] Il y a bien encore l'ancien Japon première qualité coloriée; mais est-ce bien sûr que ce vieux Japon ne soit pas une imitation d'un plus vieux Chine?

[91] A la note envoyée par le Japonais Narushima à M. Bergerat, un livre tout récemment publié en Angleterre: «Fuyaku Hiyokukei: A hundred views of Fuji (Fusi-yama) par E. Dickins, London 1880», ajoute quelques renseignements sur la vie et l'œuvre d'O-kou-sai.

O-kou-sai serait né en 1760, et aurait eu pour père un fabricant de miroirs de métal, nommé Nakajima Isé. On trouve, dans le travail de M. Dickins, la confirmation des nombreux changements de noms de l'artiste, et entre autres de son premier nom d'Hotteyimon Miuraya, venant de la maison de Honjo, le quartier de Yédo, où il était né, et encore de son nom de Saitô, sous lequel il est désigné dans le quatrième cahier du Manguwa. Le livre anglais parle également des nombreuses illustrations des romans de son ami Bakin, le Walter Scott du Japon, et dont il illustra le «Satomi Hakenden» en quarante volumes. O-kou-sai serait mort, d'après M. Anderson, en 1849, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, mais la publication du Fusi-yama en 1834, annoncée comme une publication de feu O-kou-sai, dément cette assertion, et doit faire adopter la tradition qui le fait mourir en 1834, à l'âge de soixante-quatorze ans.

O-Kou-sai est le fondateur de l'école de Katsushika, dont les productions ukijo-yé peuvent se traduire par «les peintures du monde passant». L'œuvre capitale d'O-kou-sai, publiée entre 1810 et 1820, est sa suite des quinze cahiers (n'est-ce pas quatorze?) portant pour titre: Manguwa, ou Esquisses de premier coup.

Les préfaces en tête de chacun de ces cahiers sont curieuses, et je vais en donner quelques extraits. Voici la préface du premier cahier: «L'apparence extérieure et les gestes des hommes rendent abondamment l'expression de leurs sentiments de joie et de désappointement, de souffrance et de réjouissance. Les collines et les torrents, et les arbres et les herbes, ont également chacune une nature particulière. Et en même temps, les bêtes, les oiseaux de l'air, les insectes, les reptiles, les poissons, contiennent tous en dedans d'eux une essence vitale, propre à chacun d'eux, qui réjouit nos cœurs, lorsque nous reconnaissons une telle abondance de joie et de bonheur dans le monde. Cependant, avec les changements de lieux et de saisons, tout s'évanouit, tout disparaît. Comment donc transmettre aux âges futurs, et porter à la connaissance des hommes, éloignés par des milliers de lieues, l'esprit et la forme de toute la joie et le bonheur que nous voyons remplissant l'univers? L'art seul peut perpétuer la réalité vivante des choses du monde, et le vrai art, le seul qui habite les hauteurs du génie! Le rare talent d'Hokusai est connu par tout le pays. Cet automne, pendant son voyage vers l'Ouest, le Maître, par une bonne fortune inespérée, a visité notre ville, et là, pour le délice des deux hommes, a fait la connaissance de Bokusen de Gekko (Maison du clair de lune), sous le toit duquel plus de 300 compositions furent projetées et exécutées. Les choses du ciel et de Boudha, la vie des hommes et des femmes, oui même les oiseaux et les bêtes, les herbes et les arbres, tout fut essayé, et le pinceau du maître retraça toutes les phases et toutes les formes de l'existence. Depuis quelque temps le talent de nos artistes diminuait, la vie et le mouvement manquaient à leurs productions, et leur exécution était de beaucoup inférieure à leurs conceptions. On ne manquera pas de reconnaître l'admirable puissance des esquisses présentées ici, toutes ébauchées qu'elles soient. Le Maître a essayé de donner la vie à tout ce qu'il a peint, et son succès éclate dans la joie et le bonheur qu'il a si fidèlement exprimés. Qui pourra ajouter à son œuvre? Pour l'étudiant aspirant à l'art, cette collection est un guide, un instrument inestimable. Le titre de Manguwâ, esquisses de premier coup, a été choisi par le Maître lui-même. «Écrit par Keijin de la maison Hanshu à Beroka en Owari (dans l'année 1812) pendant la période Bankuwa, au temps où les lettres florissaient

Le préfacier du cinquième cahier dit: «La fleur des jardins de pruniers, la fleur de cerisier de Sudadzutsumi, les festons de fuji (wistaria) de Kamedo, les fleurs de hadji (lespedeza) de Yanagishima (l'île des Saules), les asters et les chrysanthèmes de Tarashima (l'île des Temples), ces cinq lieux de plaisance bien connus à Katsushika, sont visités par des foules, dans les saisons de floraison du printemps et de l'automne, qui remplissent les chemins, discutant, par petits groupes, les beautés qu'ils viennent de contempler. Par là demeure le Maître Hokusai, depuis son enfance; et sa renommée est maintenant tellement répandue que sa gloire est arrivée à surpasser celle de toute la fragrance des cinq jardins dans toute leur floraison.»

Le préfacier du septième cahier dit: «Ils me disent comme quoi ils ont traversé hier le Fukagava à Hirohata, où les hommes prient le dieu Tametomo, comme quoi ils sont allés aujourd'hui écouter le coucou, s'ébattant parmi les arbustes de Asaji-hara et Hashiba, et me parlent de beaucoup d'autres choses agréables. Et maintenant mes amis voudraient bien que je me lève de mon siège près de la fenêtre, où j'ai paressé toute la journée, pour m'en aller avec eux..... Doucement, doucement..., je suis debout et parti... Je vois les innombrables feuilles vertes trembloter à la cime des arbres feuillus, j'observe les nuages floconneux dans le ciel bleu, se groupant fantastiquement en toutes sortes de formes déchirées... Je marche, de-ci de-là, indolemment, sans volonté et sans but... A présent je traverse le pont des Singes, et j'écoute comme l'écho renvoie les cris sauvages des grues... Me voici dans le champ de cerises d'Owari... A travers les brouillards qui traînent sur les rivages de Miho, je vois les célèbres pins de Suminoye... Maintenant je suis debout en tremblant sur le pont de Kameji, et je regarde avec étonnement la gigantesque plante de fuki (pétasites)... Ceci est le rugissement de la cataracte vertigineuse d'Ono... Un frisson me traverse. Ce n'est qu'un rêve que j'ai rêvé, couché près de la fenêtre, avec ce volume du Maître, comme oreiller sous ma tête.»

Enfin, dans le huitième cahier du Manguwa, le préfacier fait dire, par Hokusai, à ses élèves qui lui demandaient de publier ses croquis pour leur instruction: «On n'enseigne pas l'art, vous n'avez qu'à copier la nature pour devenir un artiste.»

[92] Cette génération, dont il reste encore quelques octogénaires, est en train de s'éteindre tous les jours; et quand elle sera complètement enterrée, la main-d'œuvre artiste n'existera plus au Japon.

[93] Promenade autour du monde, par le baron de Hübner, Hachette, 1873.

[94] Il y en a de peints sur soie, sur papier, il y en a de brodés, quelques-uns même ne sont qu'un tissage d'or dans la soie. C'est ainsi que, chez moi, deux kakemonos représentent des vases de fleurs, encastrés dans des zones où volent des grues hiératiques aux couleurs qu'on dirait cherchées dans les mosaïques de Saint-Marc. Mon ami, le poète de Heredia, en possède dans ce genre deux très supérieurs. C'est un canevas blanc, entouré d'une première bande amarante sur lequel courent des branchages d'or, d'une seconde bande réséda sur laquelle sont jetées également en or des armoiries de prince. Le canevas blanc est brodé d'une paonne et d'un paon, la queue déployée. Ces deux broderies, sur cette trame à jour, ont à la fois des tons assoupis de tapisseries passées et de vieilles orfévreries émaillées.

[95] Car il faut que l'Europe sache que le Japon a ses curieux de peinture, et des curieux maniaques comme les nôtres. M. Réal, l'associé des Sichel, achetant des kakemonos au Japon, et s'étonnant de la différence du prix entre deux kakemonos, dont le faire lui paraissait identique, le marchand lui disait: «Oui, tous les deux sont du même, mais celui-ci est du temps où sa célébrité était faite.»

[96] De Nittis a acheté le beau et grand kakemono de l'Exposition, représentant une vingtaine de pigeons s'ébattant à la margelle d'une vasque en pierre. Il l'avait acheté pour le copier et avoue modestement y avoir renoncé devant la difficulté. Il me faisait toucher, avec l'enthousiasme qui jaillit de son individu en présence d'une vraie chose d'art, tous les détails de l'exécution, et ces contours dans l'ombre, et qui sont faits simplement du balayage et du rebroussage lavé des teintes de la pleine lumière.

[97] D'après une inscription tracée au pinceau, ce kakemono ne serait qu'une répétition par un élève d'un célèbre dessin du dessinateur spécialiste des tortues. Voici l'inscription: Copie de Oh-kio.

[98] On ne sait pas si le Député d'Arcis a été complètement terminé par Balzac, mais l'on sait que les dernières parties des Paysans ont été écrites par Rabou.

[99] Ce tirage n'a rien d'absolu: il y a certaines lithographies, dont il y a eu tout au plus deux ou trois épreuves avant la lettre, tandis que d'autres, et particulièrement celles des derniers temps de la vie de Gavarni, ont de beaucoup dépassé le nombre douze.

[100] On lit dans les Annales des Empereurs du Japon: «Le deuxième mois de la troisième année (812 de J.-C.), le Daïri alla au jardin de Sin-yeu-sen (le jardin de la source des génies) pour s'amuser à y contempler des fleurs et à faire des vers. C'est à cette époque que commence au Japon le goût pour les fleurs.» Et depuis ce temps les Empereurs qui se succèdent ne manquent pas de venir, dans ce jardin, voir fleurir les arbustes à fleurs, voir rougir à l'automne les feuilles des arbres.