SCÈNE II
Les Précédents, SORISMONDE, puis MÉLISSINDE
SORISMONDE, paraissant au haut de l'escalier devant la porte d'or fermée.
Pèlerins qui demain repartez pour la France,
La Princesse connaît par moi votre présence,
Et que vous avez tous, d'Antioche ou de Tyr,
Voulu venir la voir avant de repartir!
PREMIER PÈLERIN
Oui, pour que son image enchante notre errance!
SORISMONDE
La Princesse n'a pas avec indifférence
Connu que vous étiez venus dans cet espoir,
Et, généreuse, elle veut bien se laisser voir.
Elle entend maintenant sa matinale messe…
(On entend tinter une cloche.)
Mais la messe est finie. Elle vient.
UN HÉRAUT
La Princesse!
(Les portes d'or s'ouvrent, Mélissinde paraît, revêtue d'une lourde chape surchargée de pierreries de toutes sortes, le front ceint d'un tressoir de perles. Autour d'elle des enfants portent des gerbes de lys.)
PREMIER PÈLERIN
C'est elle!
DEUXIÈME PÈLERIN
Ho! quelle grâce inattendue elle a!
TROISIÈME PÈLERIN
Dans les perles de l'Inde et les lys, voyez-la!
QUATRIÈME PÈLERIN
Oui, les récits qu'on fait d'elle sont véridiques :
Elle efface les lys et les perles indiques!
PREMIER PÈLERIN
Telle Hélène, quand les vieillards causaient entre eux!
MÉLISSINDE, du haut des marches.
Ainsi, vous reverrez la France, gens heureux!
Ainsi, vers votre nef, vous croirez que s'avance,
Bientôt, dans un brouillard bleuâtre, la Provence!
Je vous envie! — Hélas! je suis comme ces fleurs
Qui naissant sous des cieux qui ne sont pas les leurs,
Et devinant au loin qu'elles ont des patries,
Peuvent sembler fleurir, mais se sentent flétries!
(Elle descend quelques marches.)
Vous verrez, sur la mer, le sol natal qui poind!…
— Moi, ma vie est d'aimer en ne connaissant point,
Et d'avoir des regrets, sans une souvenance…
(Elle descend une dernière marche et s'avance entre les pèlerins.)
Mais déjà, comme il sied aux chrétiens en partance,
Vous avez tous cueilli la Palme.
(Prenant des lys aux mains des enfants.)
Voulez-vous
Chacun joindre à la palme un lys fragile et doux,
Et le garder, ce lys, relique bien légère,
Pour vous remémorer la française étrangère?
(Elle leur distribue les lys.)
UN PÈLERIN
La Palme redira nos durs chemins ; — le Lys,
Ta beauté qui nous fut la meilleure oasis!
DEUXIÈME PÈLERIN
La Palme nous sera le sévère trophée,
Le Lys, le souriant souvenir d'une fée!
TROISIÈME PÈLERIN
Adieu, Princesse, Lys toi-même, de beauté!…
QUATRIÈME PÈLERIN
Lys toi-même de grâce et de gracilité!…
(Les pèlerins remontent peu à peu.)
MÉLISSINDE
Adieu!…
(Les pèlerins sortent. On les entend repasser sous le vitrail ouvert. Mélissinde va y paraître. Les enfants ont déposé sur une table une gerbe restante de lys, — et ils renouvellent sur les dalles la jonchée que les pas des pèlerins ont dispersée.)
LES VOIX DES PÈLERINS, passant sous le vitrail.
Noël!… Noël!…
(Mélissinde, après un geste d'adieu, referme le vitrail et redescend. Les enfants sortent.)