SCÈNE PREMIÈRE
BERTRAND, SORISMONDE
SORISMONDE
J'ai dit que vous vouliez, à tout prix, la revoir.
Elle hésite. Va-t-elle ou non vous recevoir?
Espérez!
BERTRAND
Mais le temps presse!
SORISMONDE, hochant la tête, en remontant vers le vitrail.
Quelle aventure!
(Elle regarde.)
BERTRAND, d'une voix sourde.
La voile?…
SORISMONDE
Elle est toujours blanche dans la mâture.
— Tiens, voici sur le port que, dans un deuil profond,
Les gens du Chevalier aux Armes Vertes font
Tous leurs préparatifs de départ. Leur galère
De ses rames, déjà, bat lourdement l'eau claire.
Ah! lorsque dans Byzance arrivera la nef,
Portant le chevalier, corps sanglant et sans chef,
Au récit que feront ses janissaires mornes,
La colère de l'Empereur sera sans bornes!
BERTRAND, perdu en rêverie.
Comme ils se sont faits durs, soudain, ses yeux si doux!
Et ce brusque refus, pourquoi?
(A Sorismonde.)
Que croyez-vous?
SORISMONDE, avec un geste vague.
Ah!…
BERTRAND
Pourquoi ce refus?
SORISMONDE, voyant s'ouvrir la porte d'or.
Elle!
BERTRAND
Je vous en prie,
Dites-lui bien…
SORISMONDE, le faisant sortir.
Entrez dans cette galerie.
(Mélissinde apparaît, et lentement, toute soupirante, descend l'escalier.)