Edmond ROSTAND

LA
SAMARITAINE

ÉVANGILE
EN TROIS TABLEAUX, EN VERS

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la Renaissance
le Mercredi saint (14 avril 1897).

PARIS
LIBRAIRIE CHARPENTIER ET FASQUELLE
EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR
11, RUE DE GRENELLE, 11

1897

Tous droits réservés.

DU MÊME AUTEUR

5879.—L.-Imprimeries réunies, 2, rue Mignon.—Paris.

Je remercie Mme Sarah-Bernhardt, qui fut une flamme et une prière; la Directrice de son Théâtre, à laquelle, somptueusement, elle prêta son goût; M. Brémont, dont la tendresse fut infinie à cause de sa mesure; toute cette jeune et fiévreuse Compagnie désormais unique au monde pour exprimer l'âme d'une foule; M. Gabriel Pierné, qui écrivit une musique mystérieuse; le public de Paris, dont l'empressement, l'émotion, l'intelligent frémissement aux intentions les plus furtives, viennent une fois encore de rassurer les poètes; la Critique, qui m'aida noblement.

JÉSUSM.BRÉMONT.
PHOTINEMmeSARAH BERNHARDT.
LES TROIS OMBRESMM.LAROCHE, BELLE, TESTE.
PIERREMM.LEFRANÇAIS.
JEAN BRÛLÉ.
JACQUESANGELO.
ANDRÉDARA.
NATHANAËLJOURDA.
BARTHÉLEMYNYSM.
JUDASSTEBLER.
AZRIELMM.DENEUBOURG.
LE CENTURION LAROCHE.
LE PRÊTRERIPERT.
UN PÂTREBELLE.
UN MARCHANDCHAMEROY.
UN AUTRELACROIX.
LE SCHOËRDARJOU.
JEUNES HOMMESTESTE, COLAS, GUIRAUD, ADAM.
LES ANCIENSBERTHAUD, MAGNIN, ETC.
JEUNES FILLESMmesBERTHILDE, DEVERGER, THÉVENARD, BUSSAC, ETC.
FEMMES CANTI, LABADY, BOULANGER, DRION, ETC.
COURTISANESRICHARD, DEGOURNAY, YVES ROLAND.
ENFANTSFERNAND, GEORGES.

DISCIPLES, SOLDATS ROMAINS, MARCHANDS, ARTISANS.
TOUT LE PEUPLE SAMARITAIN.

LA SAMARITAINE

PREMIER TABLEAU
Le Puits de Jacob

A l'intersection des deux grandes routes qui vont, l'une vers la Mésopotamie, l'autre vers la Grande Mer, le Puits de Jacob, non loin de la ville de Sichem, en Samarie.

Vaste citerne oblongue. Margelle basse sur laquelle on peut s'asseoir. Une voûte de pierre à moitié ruinée arrondit encore une arche au-dessus de ce puits. Rustique manivelle de bois non écorcé qui fait monter et descendre la corde où l'on suspend les urnes.

Un vaste figuier sauvage étire horizontalement ses branches. Il y a là aussi un de ces oliviers dont la pâleur est en Samarie plus argentée qu'ailleurs. Et quelques térébinthes, plus loin, et de sveltes silhouettes de cyprès.

Le fond de la scène est un talus de verdure poudreuse sur lequel sont posées les routes comme une fourche blanche; un sentier sinueux en descend vers le puits, et, derrière ce talus, la vallée de Sichem est bleue.

Le Mont Ébal et le Mont Garizim ferment l'horizon; le Garizim élève vers le ciel les ruines d'un temple; dans le creux qui sépare les deux monts, Sichem éparpille les cubes clairs de ses maisons.

Tel apparaîtra le décor, tout à l'heure, quand se lèvera le jour. Mais, quand le rideau s'ouvre, il fait nuit encore. Belle obscurité transparente. Toutes les étoiles. Debout sur les pierres du puits, dans le noir plus noir de la voûte, un très grand fantôme dont la barbe est celle d'un centenaire, s'appuie, tout blanc, sur un bâton. Un second fantôme, aussi grand, aussi blanc, est immobile sur une marche. Un troisième, pareil aux deux premiers, avec la même barbe, le même bâton de pasteur, avance mystérieusement.