IV

Et le Chœur, à voix plus basse,

Chantait : « Nous étions si beaux !

Ce sont des copeaux de grâce

Qui s’en vont sous vos rabots ! »

Le Chœur chantait : « La merveille

Du beau mot mystérieux,

C’est qu’on le lit de l’oreille

Et qu’on l’écoute des yeux !

« Ce sortilège est le nôtre

Que si, de nos deux beautés,

Vous ôtez l’une, c’est l’autre

Que peut-être vous ôtez !

« Tant pis pour qui, sans extase,

Nous suit sur les parchemins

Quand pour nouer une phrase

Nous nous prenons par les mains !

« Pour obéir à nos maîtres,

Pour être émus ou distraits,

Nos doux visages de lettres

Ont besoin de tous leurs traits !

« Ah ! laissez-nous — double fièvre

D’une vie en deux frissons ! —

Dans le livre et sur la lèvre

Être beaux de deux façons ;

« Car sur la lèvre on s’enivre

Du souffle ardent qu’on reçoit ;

Mais ce n’est que dans le livre

Qu’on se sent aimé pour soi !…

« Toi qui, semant l’épouvante,

Viens, ô Simplificateur,

Vers la Rose de l’Infante

Avec un gros sécateur, —

« Pour que Houdon, sous les arbres,

S’exprime en espéranto,

Va simplifier les marbres

Avec un petit marteau ! »