SCÈNE III
PASQUINOT, BERGAMIN.
PASQUINOT, gouailleur.
Le succès de ton plan, Monsieur l'homme sagace,
Répond à ton espoir, et même il le dépasse!
Résultat qui sans doute était prévu par vous,
Cher maître: nos enfants sont complètement fous!
BERGAMIN.
Il est clair que ta fille est assez énervante
Avec son fameux rapt, que sans cesse elle vante!
PASQUINOT.
Et ton fils, qui se croit un héros, prend des airs
Qui ne me portent pas moindrement sur les nerfs!
BERGAMIN.
Mais le plus irritant, c'est qu'ils nous représentent
Comme deux bons bourgeois dupés, qu'ils nous plaisantent
Sur notre aveuglement voulu, sur ce que nous
Ne surprîmes jamais un de leur rendez-vous!
C'est bête, si tu veux, mais enfin ça m'agace.
PASQUINOT.
Avais-tu prévu ça, Monsieur l'homme sagace?
Grâce à toi, ton moutard tient d'insanes propos,
Et se croit le premier des moutardiers papaux.
BERGAMIN.
Moutardier dont au nez me monte la moutarde!
PASQUINOT.
Je vais tout leur conter, sans plus tarder.
BERGAMIN.
Non, tarde!
Il ne faut pas aller leur dire tout de go;
On parlera sitôt après le conjungo;
Jusqu'aux derniers accords des nuptiales harpes,
Sachons leur opposer un mutisme de carpes.
PASQUINOT.
Soit, mais nous voilà pris nous-mêmes dans nos rêts,
Grâce à ton fameux plan.
BERGAMIN.
Mon cher, tu l'admirais!
PASQUINOT.
Ah! il était joli, ton plan!
BERGAMIN, à part.
Il m'exaspère!