SCÈNE III

SYLVETTE, puis PASQUINOT.

SYLVETTE, seule.

Vraiment, je conçois presque

La haine de papa pour ce méchant…

PASQUINOT, entrant à gauche.

Eh bien,

Que fait-on par ici, Mademoiselle?

SYLVETTE.

Rien.

On se promène.

PASQUINOT.

Ici! seule! Mais, malheureuse!…

Vous n'avez donc pas peur?

SYLVETTE.

Je ne suis pas peureuse.

PASQUINOT.

Seule près de ce mur!… Mais je vous le défend,

D'approcher de ce mur! Mais, imprudente enfant,

Regarde bien ce parc: tu vois là le repaire

De mon vieil ennemi mortel!…

SYLVETTE.

Je sais, mon père.

PASQUINOT.

Et tu viens t'exposer à des mots outrageants,

A des?… Sait-on de quoi sont capables ces gens?

Si ce gueux, ou son fils, connaissaient que ma fille

Vient seule rêvasser dessous cette charmille…

Oh! rien que d'y penser, je me sens frissonner!

Mais je vais le barder, le caparaçonner,

Ce mur, le hérisser de fer pour qu'on s'éventre,

Qu'on s'empale, en voulant le franchir, et qu'on s'entre,

Rien qu'en s'en approchant, des pointes dans la chair.

SYLVETTE, à part.

Il ne le fera pas, ça coûterait trop cher.

Il est un peu serré, papa.

PASQUINOT.

Rentre,—un peu vite!

Elle sort, il la suit des yeux d'un air courroucé.