SCÈNE IX

Les Mêmes, PERCINET.

PERCINET entre lentement. A mesure qu'il déclame les vers suivants, la nuit devient plus noire et le ciel s'étoile.

Mon père s'est calmé… J'ai pu fuir jusqu'ici.

Le jour baisse… L'odeur des sureaux flotte et grise!…

Les fleurs vont s'effaçant dans la pénombre grise…

STRAFOREL, bas aux violons.

Musique!

Les musiciens jouent doucement jusqu'à la fin de l'acte.

PERCINET.

Je me sens trembler comme un roseau.

Qu'ai-je donc?… Elle va venir!

STRAFOREL, aux musiciens.

Amoroso!…

PERCINET.

Mon premier rendez-vous, le soir… Ah! je défaille!…

La brise fait le bruit d'une robe de faille…

On ne voit plus les fleurs… j'ai des larmes aux yeux…

On ne voit plus les fleurs… mais on les sent bien mieux!

Oh! ce grand arbre, avec une étoile à son faîte!…

Mais qui donc joue ainsi des airs?—La nuit s'est faite.

Oui, la douce nuit s'est faite, et voici

Qu'en l'azur foncé du ciel obscurci,

S'allumant partout, par là, par ici,

Et l'une après l'une,

Tandis que l'étang est tout coassant,

Les étoiles vont en nombre croissant

Tout autour, autour du grêle croissant

De la pâle lune!

Éclats de saphir et de diamant,

Étoiles, je fus longtemps votre amant,

Et je vous parlais, le soir, ardemment,

Perdu dans la nue!…

Mais ma poésie a changé de cours

Depuis que, tenant de naïfs discours,

Ses petits cheveux au front coupés courts,

Sylvette est venue!

Chers astres du ciel, astres familiers,

Vous êtes bien beaux, là-haut, par milliers,

Mais, allez! serez bien humiliés

Quand, parmi ses voiles,

Elle apparaîtra dans le bleu jardin,

Et, voyant ses yeux, vous serez soudain

Pour vos propres feux prises de dédain,

Mes pauvres étoiles!

Une cloche sonne au loin.