SCÈNE PREMIÈRE

BERGAMIN, PASQUINOT, Un Maçon.

LE MAÇON chante en travaillant.

Tra laï deluriau…

BERGAMIN.

Ces ouvriers sont longs!…

LE MAÇON.

Deluriau, de lurot…

PASQUINOT, suivant ses mouvements avec satisfaction.

C'est cela! des moellons!…

BERGAMIN, même jeu.

Pouf! un tas de mortier!

PASQUINOT.

Paf! un coup de truelle!

LE MAÇON, faisant des roulades.

Deluriau delurie—ue—ue—ue—ue—ue—uel—le.

PASQUINOT, redescendant.

Belle voix! mais travail bien lent!…

BERGAMIN, redescendant aussi, avec un bonheur agressif.

Ha! ha! voici

Un pan de commencé! Bon!

PASQUINOT, frappant du pied l'endroit non encore construit.

Demain même, ici,

Le mur va de deux pieds sortir de terre!—O joie!

BERGAMIN, lyrique.

O cher mur, que bientôt, debout, je te revoie!

PASQUINOT.

Que dites-vous, Monsieur?

BERGAMIN.

Je ne vous parle pas.

Un temps.

Que faites-vous le soir après votre repas?

PASQUINOT.

Rien… Et vous?

BERGAMIN.

Rien non plus.

Un temps.—Ils se saluent, et se promènent.

PASQUINOT, s'arrêtant.

Alors, pas de nouvelles

De votre fils?

BERGAMIN.

Mais non. Il court toujours.

PASQUINOT, poli.

Les belles

Le désargenteront promptement,—et, bien sûr,

Il reviendra.

BERGAMIN.

Merci.

Ils se saluent, et se promènent. Un temps.

PASQUINOT, s'arrêtant.

Maintenant que le mur

Se relève, Monsieur, je veux bien vous permettre

De venir quelquefois,—en voisin.

BERGAMIN.

Bien. Peut-être

Vous ferai-je l'honneur…

Ils se saluent.

PASQUINOT, brusquement.

Eh bien! mais, dites donc,

Venez faire un piquet?

BERGAMIN, suffoqué.

Ah!… oh!… hé!… mais, pardon,

Je ne sais si je peux…

PASQUINOT.

Puisque je vous invite…

BERGAMIN.

Mon Dieu!… J'aimerais mieux un bésigue.

PASQUINOT.

Allons vite!

BERGAMIN, sortant derrière lui.

Vous me deviez dix sous de la dernière fois.

Se retournant.

Travaillez bien, maçon!

LE MAÇON, de toutes ses forces.

Tralaï!…

PASQUINOT.

Belle voix!

Ils sortent.