I

Il y a quelques années que, me trouvant à Capri, la plus charmante des îles du golfe de Naples, par une de ces belles journées d'automne, qui sont pleines de calme et de lumière, j'eus le désir de me rendre en bateau à Paestum, en m'arrêtant à Amalfi et à Salerne. La chose était aisée; il y avait sur la plage des pêcheurs qui retournaient à terre et ne demandaient pas mieux que de prendre avec eux l'étranger. En entrant dans la barque, j'y trouvai quatre marins de bonne mine, bras nerveux, visages bronzés par le soleil, et au milieu d'eux une petite fille de huit ou dix ans, à la taille forte et cambrée, à la figure colorée, aux yeux noirs et vifs, qui tour à tour commandait ou priait l'équipage avec la majesté d'une Italienne ou la grâce d'un enfant. C'était la fille du patron; je n'en pus douter au fier sourire avec lequel il me la montra quand j'entrai dans le bateau. Une fois en mer, et chacun à la rame, comme je me trouvais seul à ne rien faire dans la barque, je pris l'enfant sur mes genoux pour causer avec elle et entendre de ses lèvres mignonnes ce patois napolitain qui sonne si doucement à l'oreille.

—Parlez-lui, Excellence, me cria le patron d'un air triomphant; ne craignez pas non plus d'écouter la marchesina; si petite qu'elle soit, elle est déjà savante comme un chanoine. Quand vous voudrez, elle vous dira l'histoire du roi de Starza Longa, qui marie sa fille à un serpent, ou celle de Vardiello, à qui sa sottise procure la fortune. Aimez-vous mieux la Biche enchantée, ou l'Ogre qui donne à Antuono de Maregliano le bâton qui fait son devoir, ou le Château de la Vie…?

—Va pour le Château de la Vie! m'écriai-je, afin d'interrompre un défilé de contes aussi nombreux que les grains d'un chapelet.

—Nunziata, mon enfant, dit le pêcheur d'un ton solennel, conte à Son Excellence l'histoire du Château de la Vie, telle que ta mère te l'a récitée tant de fois; et vous, ajouta-t-il en s'adressant aux rameurs, tâchez de ne pas trop battre l'eau, afin que nous puissions entendre.

C'est ainsi que, durant plus d'une heure, tandis que la barque glissait sans bruit sur l'onde immobile, et qu'un doux soleil d'octobre empourprait les montagnes et faisait scintiller la mer, tous les cinq, attentifs et silencieux, nous écoutions l'enfant qui nous parlait de féerie, au milieu d'une nature enchantée.