IV

Voilà qui est bien plus joli. Ce n'était que le bagne, c'est l'enfer maintenant. Oh! le beau Diable à sceptre en fourche, à couronne dentée, à large manteau de pourpre brodé de noir! Et comme il porte au front majestueusement, mais avec amabilité, ses petites cornes dorées! La musique des parades fait rage; le tumulte de la cohue augmente. Le Diable ne peut plus se faire entendre. Il se penche, rouge comme une forge, bouche énorme, voix enrouée, sur le public incrédule, étend le bras, ouvre sa main toute grande, replie le pouce dans la paume, et montrant, secouant, promenant en tous sens ses quatre gros doigts velus, avertit les passants que l'entrée en enfer ne coûte que quatre sous, quatre sous, quatre sous, quatre sous!!!!

Après l'enfer, le ciel. Voici la grotte de Lourdes, transformée en tir aux macarons. Quand on tape dans le noir, la boîte du fond s'ouvre, et une petite fille en costume pastoral apparaît. Au fond de la cabane est inscrite cette légende, dont les lettres forment un gracieux arc-en-paradis:

«Ouvrez-moi la porte des macarons, des fleurs et des mirlitons; la bergère vous les apporte.»

Des mirlitons au ciel! je croyais qu'on y était condamné à la harpe à perpétuité.

Mais il pleut de plus en plus fort, comme chez Nicolet! Nous voilà tous trempés. Entrons boire, au premier gîte venu, un bon verre de punch, entre ce Lusignan tout flambant, descendu d'une pendule dorée pour jouer Zaïre, et ce pauvre Pierrot tout blême, qui exprime d'une façon si expressive sa soif immense.

Allons, mes petits enfants, laissez-moi passer. Quittez, jeunes baladins en sevrage, quittez le joli ruisseau où vous vous êtes assis sans façon sur votre derrière pailleté. Voici un sou pour acheter de la consolation. Et dirigeons-nous vers l'odeur du dîner.

Adieu, filles Angot, forçats, héros, femmes rousses qui faites des pointes, femmes brunes qui sonnez la cloche en croquant du flan! Adieu, Hoche; adieu, ékonoscope humanitaire; adieu, ciel et enfer! J'ai hâte de suspendre mon paletot ruisselant à la patère familiale.

Mais vous êtes pittoresques, même et surtout sous la pluie, dans la boue; et je vous aime, ô saltimbanques du boulevard, ô les plus naïfs et les meilleurs des saltimbanques!

La Messe des Anges