PLUTUS.
Assurément. Il y a si longtemps que je n'en ai vu!
CHRÉMYLE.
Ce n'est pas étonnant: moi qui vois clair, je n'en aperçois pas non plus!
Et il regarde les spectateurs.
Chrémyle promet à Plutus de le guérir et de lui rendre la vue, s'il consent à demeurer chez lui. Plutus veut rester aveugle, il craint la colère de Jupiter.—«Mais, dit Chrémyle, que serait, au prix de ta puissance, celle de Jupiter et de ses tonnerres, si tu recouvrais la vue, fût-ce peu d'instants?» Et il le lui prouve par une série de questions et de répliques subtiles, qu'on pourrait prendre, par moments, pour une page détachée des dialogues de Platon. Le ton comique se maintient par toutes sortes de plaisanteries et d'allusions aux choses et aux personnes du temps, que le poëte, habilement, entremêle aux subtilités philosophiques. Le dialogue se termine ainsi.
CHRÉMYLE.
Enfin, Plutus, c'est par toi que tout se fait; tu es la seule et unique cause du bien comme du mal; n'en doute pas!
CARION.
À la guerre, la victoire est toujours du côté où tu fais pencher la balance[132].