V
OISEAUX.
Charles Fourier sur l'Analogie:
«Les tableaux de nos passions deviennent très-gracieux lorsqu'on les étudie en détails comparatifs, comme serait une échelle des degrés de sottise, de bel esprit et de bon esprit, représentés par les coiffures d'oiseaux: leurs huppes, crêtes, appendices, aigrettes, colliers, excroissances et ornements de tête. L'oiseau étant l'être qui s'élève au-dessus des autres, c'est sur sa tête que la nature a placé les portraits des sortes d'esprits dont les têtes humaines sont meublées: aigle vautour, paon, dronte, perroquet, faisan, coq, pigeon, cygne, canard, oie, dinde, pintade, serin, chardonneret, etc., sont, quant à l'extérieur des têtes, le portrait de l'intérieur des nôtres. L'analyse comparative de leurs coiffures fournit une galerie amusante, un tableau des divers genres d'esprit ou de sottise, dévolus à chacun des personnages dont ces oiseaux sont l'emblème.
L'aigle, image des rois, n'a qu'une huppe chétive et fuyante en signe de la crainte qui agite l'esprit des monarques, obligés de s'entourer de gardes et d'entourer leurs sujets d'espions pour échapper aux complots. Le faisan peint le mari jaloux, tout préoccupé des risques d'infidélité, et pour s'en garantir épuisant les ressorts de son esprit. Aussi voit-on, du cerveau d'un faisan, jaillir en tout sens des plumes fuyantes (le genre fuyant est symbole de crainte). On voit une direction contraire dans la huppe du pigeon, relevée audacieusement, peignant l'amant sûr d'être aimé, et dont l'esprit est libre d'inquiétude, fier du succès. Parmi les coiffures d'oiseau, la plus digne d'étude est celle du coq, emblème de l'homme du grand monde, de l'homme à bonnes fortunes; mais, comme les analogies ne sont intéressantes que par l'opposition des contrastes, il faut, à côté du coq, décrire son moule opposé, le canard, emblème du mari ensorcelé qui ne voit que par les yeux de sa femme. La nature en affligeant le canard mâle d'une extinction de voix, représente ces maris dociles qui n'ont pas le droit de répliquer quand leur femme a parlé. Aussi le canard, lorsqu'il veut courtiser sa criarde femelle, se présente-t-il humblement, faisant des inflexions de tête et de genoux, comme un mari soumis, mais heureux, bercé d'illusions; en signe de quoi la tête du canard baigne dans le vert chatoyant, couleur de l'illusion.
Le coq dépeint le caractère opposé, l'homme courtois, qui, sans maîtriser les femmes, sait tenir son rang avec elles; c'est l'homme de bon esprit; aussi la nature fait-elle jaillir de son cerveau la plus belle et la plus précieuse des coiffures, une crête de chair belle et bonne; autant que celle du dronte est déplaisante et inutile, comme le sot orgueilleux qu'elle représente.
Mais laissons ce joli sujet qui nous conduirait trop loin.»