IX

Les jours se passaient, Louise tenait inexorablement son serment.

Max était au désespoir.

Les plus belles fleurs du parterre se fanaient, abandonnées sur la fenêtre, ou tombaient repoussées au pied de la muraille...

La voir était impossible. Un grand rideau masquait maintenant la fenêtre.

Nous devons dire pour être franc, que Louise souffrait autant que Max.

Un matin, Louise reçut une lettre dont elle crut reconnaître l’écriture.

—Je ne devrais pas la lire, pensait-elle.

Mais elle voulait bien savoir ce que pouvait contenir cette lettre: ensuite, qui le saura? se dit-elle.

La lettre n’était pas de Max, elle était de l’ancien voisin de Louise, Clodomir.

«Mademoiselle,

«Hier encore j’étais trop pauvre pour faire la démarche que je fais aujourd’hui; je vous aime, voulez-vous accepter ma main?...

«Ma demande n’ayant rien que d’honorable, permettez-moi de venir demain chercher la réponse.»

Cette lettre jeta Louise dans une profonde surprise. Que faire? accepter; d’un mot, désormais, elle déjouait les tentatives de séduction de Max, si telles étaient ses intentions, et de plus sa solitude cessait, elle n’aurait plus cette crainte horrible de la vieillesse, de la maladie, de la misère...

Louise était la fille d’un entrepreneur nommé Blain.

Cet homme actif, laborieux, intelligent, avait acquis une certaine aisance, qui lui avait permis de donner quelque éducation à sa fille.

Un jour la faillite frauduleuse d’un fripon lui enleva tout.

Le chagrin le prit, il mourut, laissant à sa veuve le soin de Louise, alors âgée de quinze ans, et les débris de son aisance passée.

Sa veuve ne lui survécut que trois ans.

A dix-huit ans, Louise resta donc seule; les frais de la maladie de sa mère une fois payés, elle ne possédait plus rien qu’un petit mobilier dont elle vendit une partie... Pour vivre elle avait son travail, quarante sous par jour en prenant sur ses nuits.

Et, pour avenir, elle avait la misère, ou l’hospice.

Toute la journée Louise ne put travailler, la nuit se passa en incertitudes.

Oh! si Max lui avait écrit cette lettre... mais non, l’amour de Max ce serait le luxe, une existence dorée, mais la honte! la honte! puis il ne l’aimerait pas toujours, pas longtemps peut-être, et alors la solitude reviendrait, plus affreuse encore avec le remords.