V
C’était, il est vrai, un notaire rare, la perle des officiers ministériels. Outre qu’il venait d’acheter la meilleure étude de la ville, il était bien de sa personne et jouissait de la réputation d’un esprit supérieur. Pas un confrère ne pouvait se vanter de tourner un menton mieux rasé sur une cravate plus blanche. Il était grave, content de soi, intraitable sur les mœurs et plaçait à cinq.
Son succès ne surprit personne en ville, et lui-même, ayant la conscience de sa valeur, n’en fut point étonné. Pourtant il aimait la belle Aurélie à en perdre la tête. On parle encore à Saumur de la corbeille qu’il alla, de sa personne, chercher à Paris.
Ce qui n’empêche que le jour de la noce, Me Dubocage était dans un pitoyable état.
Le bal finissait; la jeune mariée venait de disparaître, entraînée par sa mère et plusieurs vieilles dames; réfugié au fond d’un couloir, le pauvre époux attendait qu’on lui livrât la clef du paradis nuptial.
Il avait froid et il suait à grosses gouttes; il ne cherchait même plus à rallier ses idées en déroute; il parlait seul, tout haut, comme un fou.
—Quel moment, disait-il, à moi tant de perfections!... Suis-je digne d’elle?... Ah! je voudrais être à cent lieues... Mais non, elle m’aime, elle m’aime!...
Il chancelait comme un ivrogne en suivant la mère de sa femme, qui enfin était venue le chercher et qui lui adressait, en fondant en larmes, un long discours qu’il n’entendait pas.