XIV

La marquise, cependant, tournait et retournait en sa tête tous les moyens possibles pour amener le mariage tant désiré par sa fille, de la façon la plus convenable et qui ne pût prêter le flanc au ridicule.

—Si encore je connaissais le comte de Tressang, pensait-elle, tout s’arrangerait, mais à peine si je lui ai parlé quatre fois en ma vie.

Grandes étaient donc les perplexités de la vieille marquise, lorsqu’un hasard des plus heureux vint la servir.

Comme elle cherchait à se rappeler toutes les circonstances qui l’avaient mise parfois en relations avec le comte de Tressang, elle se souvint qu’une de ses terres de Bourgogne était voisine d’une des propriétés du comte. De voisinage à procès le chemin était court, le procès amènerait nécessairement une transaction qui exigerait absolument des entrevues, une réconciliation. Alors, avec un peu d’adresse, il serait facile d’amener le comte à présenter son fils.

Mademoiselle Henriette, consultée, daigna donner son approbation.

Trois jours après, l’intendant de mademoiselle de Chevonceux faisait abattre, sans rien dire, quelques peupliers appartenant au comte de Tressang, indûment plantés, disait-il, sur le talus d’un fossé par ledit comte de Tressang.

Lequel, à la nouvelle de cet acte, d’arbitraire et de cette exorbitante violation, entra dans une épouvantable colère.

Ce que la marquise avait prévu arriva.

Un procès s’entama.

La marquise blâma fort son intendant.

On parla de conciliation.

Le comte, touché des regrets de la marquise, se prêta de bonne grâce à un arrangement.

Le comte, homme d’esprit, n’eut besoin que de voir trois fois la marquise pour être sur la voie.

Une conversation habile qu’il eut avec Henriette révéla au rusé vieillard ce qui devait s’être passé.

D’un coup d’œil il vit pour Max une superbe position.

Il rentra chez lui tout joyeux de cette découverte et se résolut de demander promptement la main de mademoiselle de Chevonceux pour le vicomte Gustave-Adolphe-Maxime de Tressang, son fils.