XXX
Depuis cinq mois que Max travaillait, l’aisance et le bonheur étaient rentrés sous son toit....
Un jour, le comte de Tressang apprit que son fils unique, son héritier, le seul qui portât le noble nom de Tressang, était commis quelque part.
Il sentit s’agiter en lui toutes les fibres de l’orgueil nobiliaire d’abord, de l’amour paternel ensuite.
Il n’y put tenir davantage.
Et, un matin, le vieux gentilhomme se présenta dans l’appartement de ses enfants.
Tout y avait un air propre, riant, coquet même, malgré la plus grande simplicité.
Un joyeux rayon de soleil dansait sur les rideaux, d’une éclatante blancheur.
Il y avait une volière; trois compagnons que l’on avait donnés au chardonneret chéri.
Des fleurs, dans une petite jardinière près de la fenêtre.
Louise chantait.
La porte était ouverte.
Sur le seuil, le comte s’arrêta ébloui, fasciné, contemplant la ravissante figure de Louise, à laquelle le bonheur donnait comme une auréole.
Le remords le saisit.
Son cœur, bronzé par l’ambition et les chagrins, son cœur fut ému et sa voix trembla en demandant si M. Max de Tressang était chez lui.
—Mon mari est à son bureau, dit Louise qui ne connaissait pas le comte.
—Il faudrait, madame, l’envoyer chercher pour une affaire pressante.
—C’est que, monsieur, son patron est exigeant.
—Son patron, répéta le comte, comme si ce mot lui avait écorché le gosier, son patron ne dira rien; d’ailleurs il faut qu’il vienne absolument. Veuillez, madame, me donner son adresse, je vais y envoyer de suite.
—C’est bien loin d’ici, monsieur, c’est à la Villette.
—Et il y va tous les jours?
—Oui, monsieur.
—A pied?
—Mais oui, monsieur. Et la jeune femme se mit à rire.
Le comte était décidément très-honteux et très-embarrassé.
Louise reprit:
—C’est bien loin, c’est vrai, mais il prétend que l’exercice lui fait du bien et puis, peut-être, au même prix, ne trouverions-nous pas un semblable logement.
Le comte descendit, fit chercher un commissionnaire et donna ses ordres; il remonta bien vite, voulant profiter de l’absence de Max. Il s’assit donc près de la jeune femme.
—Et vous êtes heureux, madame? dit-il.
—Oui, monsieur, nous sommes heureux, répondit Louise simplement. Quand on est jeune, quand on s’aime, qu’on n’a rien à désirer...
—Comment, madame, rien, rien?....
—Pas même la fortune? Monsieur de Tressang était riche ce me semble, autrefois.
—Il ne s’en souvient plus; il ne regrette, nous ne regrettons qu’une chose: le chagrin que notre mariage a pu causer à son père.
Le comte n’osa plus parler, il se fût trahi.
Max arriva.
—Mon fils, dit le comte en lui prenant la main, votre appartement est prêt à l’hôtel, je venais vous chercher.—Pardonnez à votre père, il ne savait pas où retrouver le bonheur.
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Il y a dix ans de cela. Max est heureux! Le vieux comte est presque rajeuni.
Clodomir, qui a illustré un autre nom que celui sous lequel on le désigne dans cette histoire, me racontait tout ceci l’an passé; nous étions sur les bords de la Loire, couchés à l’ombre de vieux saules qui baignaient au courant leurs longues branches.
Au-dessus de nous était bâtie, à mi-côte, une charmante maison, semi-cachée dans un nid de verdure et de fleurs.
Le rêve de Louise et de Max était réalisé.