CONCLUSION


J’ai laissé subsister, sans y rien changer, les dernières pages de ce rapport, à titre de document géographique. La vallée des Aoulâd-Daoud a été envahie par le Sud (Tranimine), par l’Est (Tizougarine) et par le Nord (Medîna), et ces trois mouvements combinés ont étouffé l’insurrection dès sa naissance. C’est dans la région du Nord que nos troupes ont rencontré la résistance la plus sérieuse ; mais, grâce au coup de vigueur de M. le lieutenant-colonel Lenoble, près du moulin de Rebâ’a, les insurgés, démoralisés, ont abandonné la position de Foum-Ksantina, et défendu faiblement leurs Thermopyles de Tob. Ensuite, nos tirailleurs n’eurent qu’à paraître à El-Hammâm. Les quelques obstinés qui voulaient résister encore désespérèrent et demandèrent le pardon.

Je n’en demeure pas moins convaincu de cette idée que si la tribu entière avait résolu, en se retranchant dans ses hauts villages coniques, de tenir jusqu’au bout contre nos troupes, ces dernières se seraient heurtées à de grandes difficultés, à partir d’El-Hammâm. Il aurait alors fallu changer la direction d’attaque, et reprendre la vallée de l’Ouâd-el-Abiod, à revers, par la passe de Bali.

J’ai le plaisir de constater que mes prévisions étaient justes, en ce qui concernait l’attitude des Ou-Djâna du Chellia et des Aoulâd-’Abdi. Ennemis invétérés des Aoulâd-Daoud, c’est avec joie qu’ils les ont vus subir un châtiment dont ils ont d’ailleurs partagé les bénéfices.

Quant aux conséquences de cet événement, elles peuvent être considérables. Jamais la fortune ne nous a offert une occasion meilleure de nous établir définitivement au cœur de l’Aourâs. Un village dans la plaine de Medîna, si riche en eaux qu’elle est une sorte de rizière, un fort au col de Tizougarine (Teniet-Biguenoun des cartes), assurerait à la fois notre puissance militaire et civilisatrice dans cette région, si redoutée des pillards arabes, mais dont les Romains avaient su cultiver toutes les vallées. La position du fort est particulièrement commandée par la nature : elle l’est aussi bien par une question de races, car les Aurasiens, considérés d’ensemble, se décomposent au moins en deux grandes familles (Zenata ou gens de l’Est, Amzig ou gens de l’Ouest) : or, Tizougarine est au point de contact de ces deux groupes, à peu près à mi-distance entre Batna et Khenchela.