I. Ouvrages publiés séparément.
244. Paraphrase || de la Devise de l'Observatevr.
Voici une reproduction aussi exacte que possible de cette pièce qui n'a pas encore été signalée:
PARAPHRASE
DE LA DEVISE DE L'OBSERVATEVR
Et poete et gverrier
Il avra dv lavrier.
Ou commentaire de ces mots, Soit qu'il m'attaque en
soldat maintenant qu'il est obligé de l'estre, soit
qu'il m'attaque en escriuain. &c. page 10. de la
Lettre à l'Illustre Academie.
Dans le milieu d'vn camp, l'assé [sic] de commander;
Sur la peau d'vn tambour où je vay m'accouder,
Plus haut que les canons je fais sonner ma veine:
A Paris quant je laisse eschapper quelque escrit,
Mon liure des l'abord fait sçauoir, a qui lit,
Combien je suis grand Capitaine.
Ainsi les nobles feux qu'allume la chaleur
De la muse & de la valeur:
Et dont a tous moments je pousse les fumées:
Pour m'acquérir le nom de Poëte, & guerrier;
M'erigent en rimeur jusques dans les armées,
Et me rendent vaillant jusques sur le papier.
Dedidicit jam pacé ducem. Lucanus, 1e, Phar.
Nous sommes disposé à ranger la pièce qui précède parmi les œuvres diverses de Corneille. Outre qu'elle nous paraît bien dans sa manière, nous l'avons trouvée à la suite du Rondeau dans le précieux recueil de la bibliothèque Sainte-Geneviève (Y. 458, in-4o, Rés.). Elle est imprimée sur une feuille volante du format in-4, dont le verso est blanc. Les caractères diffèrent de ceux qui ont été employés pour la composition du Rondeau, mais la disposition du texte est presque la même. On remarquera le vers latin qui termine l'épigramme; il est emprunté à Lucain, l'auteur favori de Corneille.
Le P. Niceron et divers autres bibliographes ont attribué, sans aucune raison, à Corneille plusieurs des pièces publiées dans la querelle du Cid. Nous avons classé parmi ses œuvres diverses les trois pièces qui sont incontestablement de lui. On trouvera les autres dans notre chapitre XIXe.
245. Le Presbytere d'Henovville. A Tircis. A Roüen, Chez Iean le Boullenger. M.DC.XXXXII [1642]. In-12 de 12 pp.
Cette pièce a été pour la première fois attribuée à Corneille par M. Emm. Gaillard (Précis analytique des travaux de l'Académie de Rouen, 1834, pp. 164-169); M. Brunet (Manuel du libraire, t. IIe, col. 286) et M. Édouard Fournier (Notes sur la vie de Corneille, pp. LXXI sq.) l'ont ajoutée sans contestation aux œuvres de notre poëte, mais M. Marty-Laveaux (t. Xe, pp. 11-14) a soumis la question à un nouvel examen. La raison qui avait déterminé M. Gaillard à considérer Corneille comme l'auteur du Presbytère d'Hénouville, c'était que le poëte aurait été souvent l'hôte de l'abbé Legendre, curé d'Hénouville; or M. Gosselin (Pierre Corneille (le père) et sa maison de campagne, Rouen, 1864, in-8) a démontré depuis que c'était à Petit-Couronne que la famille Corneille allait respirer l'air des champs. Ce détail n'est assurément pas décisif; mais ce qui est plus significatif, c'est que le Presbytère d'Hénouville n'ait pas été imprimé chez Laurens Maurry. M. Marty-Laveaux a fait en outre remarquer, avec beaucoup d'à-propos, que le nom de Tircis était le nom sous lequel Corneille s'était mis en scène dans Mélite, et que les mots «A Tircis» semblent indiquer que le poëme ne fut pas composé par lui, mais lui fut au contraire adressé par un de ses amis.
Le seul exemplaire connu du Presbytère d'Hénouville appartient à la Bibliothèque de Rouen (Recueil de poësies diverses, O. 744).
246. Sylla, tragédie en cinq actes et en vers, précédée d'une Dissertation dans laquelle on cherche à prouver, par la tradition, par l'histoire, par des anecdotes particulières et par un examen du style et des caractères, que cette pièce est du grand Corneille; publiée d'après un manuscrit du dix-septième siècle déposé chez M. Tion de la Chaume, notaire de Paris, par M. C. Palmézeaux. A Paris, Charon, Madame Masson, Barba, an XIII-1805. In-8 de 2 ff., lvij et 95 pp.
Cette tragédie parut, pour la première fois, dans la Suite de la Grammaire françoise, du P. Buffier (Paris, Nicolas le Clerc. 1728, in-12). Elle a été attribuée par Barbier à Mallet de Brefud, mais le véritable auteur est le P. Charles de la Rue. On consultera, sur l'histoire de cette pièce et sur les différentes éditions qui en ont été publiées, la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, par Augustin et Aloïs de Backer, t. Ier (Liége, 1853, grand in-8), pp. 663 sq.
247. L'Occasion perdue recouverte, par Pierre Corneille. Nouvelle edition accompagnée de notes et de commentaires, avec les sources et les imitations qui ont été faites de ce poème célèbre, non recueilli dans les Œuvres de l'auteur. Paris, Chez Jules Gay, éditeur, 1862. In-8 et in-12 de 96 pp. en tout.
Édition tirée à 320 exemplaires, tous numérotés et sur papier vergé; 250 format petit in-12, et 70 format in-8.
MM. Gay père et fils, qui se sont fait une célébrité peu enviable comme éditeurs de «livres galants», n'ont pas craint de porter atteinte à la mémoire de Corneille en réimprimant sous son nom cette pièce depuis longtemps oubliée.
L'Occasion perdue recouvrée parut d'abord dans les Poësies gaillardes, galantes et amoureuses de ce temps; s. l. n. d. [Rouen, vers 1655], pet. in-12 de 82 pp., et dans le Nouveau Cabinet des Muses, ou l'Eslite des plus belles Poësies de ce temps; Paris, veuve Edme Pépingué, 1658, in-12; elle fut intercalée après coup dans ce dernier recueil, où elle occupa un cahier de 50 pp. imprimé à part, qui manque à la plupart des exemplaires. Elle reparut ensuite dans l'Elite des Poësies héroïques et gaillardes de ce temps; s. l. n. d. (vers 1660), in-12 de 94 pp.; dans les Poësies nouvelles et autres Œuvres galantes du Sieur de C** [Cantenac]; Paris, Théodore Girard, 1662, in-12; puis dans un certain nombre de réimpressions de l'Elite des poësies héroïques et gaillardes (Paris, imprimé cette année [vers 1670, selon le catalogue Luzarche, no 2386]; s. l., 1683, catalogue la Vallière, no 13506; s. l., 1689, catalogue Cigongne, no 945; s. l. [à la Sphère], 1695, pet. in 12); dans les Poësies héroïques et galantes, s. d., 1687, in-12; enfin dans la Nouvelle Elite des Poësies heroïques et gaillardes de ce temps; Utrecht, 1734 et 1737, in-12.
Il ne vint à l'esprit d'aucun contemporain d'attribuer l'Occasion perdue à Corneille; le premier ouvrage où l'on trouve cette attribution est le Carpenteriana, ou Recueil des pensées historiques, critiques, morales et de bons mots de M. Charpentier, de l'Académie françoise (Paris, J. Fr. Morisset, 1724, in-8), publié par Boscheron. On lit dans ce recueil, p. 284:
«M. Corneille l'aîné est auteur de la pièce intitulée: L'Occasion perdue et recouvrée. Cette pièce étant parvenue jusqu'à M. le chancelier Séguier, il envoya chercher M. Corneille et lui dit que cette pièce, ayant porté scandale dans le public et lui ayant acquis la réputation d'un homme débauché, il falloit qu'il lui fit connoître que cela n'étoit pas, en venant à confesse avec lui; il l'avertit du jour. M. Corneille ne pouvant refuser cette satisfaction au chancelier, il fut à confesse avec lui, au P. Paulin, petit père de Nazareth, en faveur duquel M. Séguier s'est rendu fondateur du couvent de Nazareth. M. Corneille s'étant confessé au révérend père d'avoir fait des vers lubriques, il lui ordonna, par forme de pénitence, de traduire en vers le premier livre de l'Imitation de J.-C., ce qu'il fit. Ce premier livre fut trouvé si beau, que M. Corneille m'a dit qu'il avoit été réimprimé jusqu'à trente-deux fois. La Reine, après l'avoir lu, pria M. Corneille de lui traduire le second; et nous devons à une grave maladie dont il fut attaqué la traduction du troisième livre, qu'il fit après s'en être heureusement tiré.»
L'année même où avait lieu la publication du Carpenteriana, les Mémoires pour l'histoire des sciences et des beaux-arts, publiés à Trévoux (décembre 1724, pp. 2272-2276), réfutèrent une anecdote blessante pour la mémoire de Corneille. Ils s'attachèrent à démontrer que l'Occasion perdue recouverte n'était pas de lui, mais de Cantenac, et que, par conséquent, l'auteur du Cid n'avait pas eu à faire pénitence de ce poëme.
La question paraissait jugée depuis longtemps, lorsque a paru la réimpression de M. Gay. Les raisons alléguées par lui pour attribuer à Corneille une pièce licencieuse n'ont pas trouvé grâce aux yeux du parquet, qui a fait saisir les exemplaires de la réimpression restés en magasin, en même temps que d'autres productions du même libraire.
M. Marty-Laveaux (t. VIIIe, pp. I-IX) s'est cru obligé de discuter à son tour le témoignage du Carpenteriana, dont il n'a rien laissé subsister. Il a notamment relevé dans l'Occasion perdue et recouvrée une locution gasconne qui n'eût pas échappé à Corneille, et qui ne peut avoir appartenu qu'à Cantenac.
M. Viollet-le-Duc (Bibliothèque poétique, Paris, 1843, in-8, pp. 521 sq.) a fait une autre observation également importante: c'est que le premier fragment de l'Imitation fut certainement publié avant les vers dont Corneille aurait été obligé de faire pénitence. Le premier recueil dans lequel l'Occasion perdue ait été insérée ne porte pas de date, mais il est difficile d'admettre qu'il soit antérieur à 1655. Les éditeurs de poésies «gaillardes» n'ont pas dû laisser un long temps s'écouler avant de reproduire un aussi friand morceau; aussi croyons-nous que le recueil intitulé: Poësies gaillardes, galantes et amoureuses a dû paraître sinon après, du moins fort peu de temps avant le Nouveau Cabinet des Muses de 1658.