CHANT DE LA BABOUCHE.
O babouche trop connue!
Là je te vois étendue
A mes pieds
Repliés;
Mais, si c'était ta maîtresse,
Que serait-ce? que serait-ce?
Babouche, quand je te baise,
J'ai dans l'âme une fournaise!
Dans mes sens,
Des volcans!
Mais, si c'était ta maîtresse!
Que serait-ce? que serait-ce?
Mais quelque jour, ma charmante
Pour compenser tant d'attente,
Tant d'ennuis,
Si je puis
Voir Astarbé face à face,
Que sera-ce? que sera-ce?
Ici, le chant copte avec accompagnement de guitare fait son effet, et le soudan s'endort. L'orchestre joue en sourdine pour le bercer, et l'on voit bientôt paraître Kléber conduisant Astarbé, à qui Moïse sert de monture.
Tous trois, séduits par la beauté du lieu, vont se reposer, lorsqu'ils aperçoivent le soudan! Moïse, qui, en sa qualité de crocodile, est quelque peu vorace, ouvre déjà la gueule pour l'engloutir, mais Kléber s'y oppose et s'écrie:
Arrêtez! le Français combat ses ennemis,
Mais il ne mange point les soudans endormis!
Il permet seulement à Astarbé de reprendre la babouche, tandis que de son côté il saisit les dépêches.
Moïse, à qui on refuse le dormeur pour son déjeuner, s'en dédommage le mieux qu'il peut en dévorant d'abord les confitures, puis le plateau.
Mais le général, qui a ouvert les papiers, vient d'apprendre que l'armée française est à quelques lieues. Au comble de la joie, il s'écrie:
Je reviens, je reviens partager vos misères!
Accourez, grenadiers, chasseurs et dromadaires.
Ni les dromadaires ni les chasseurs n'accourent; mais le soudan se réveille, ses gardes arrivent, on entoure Kléber, qui met l'épée à la main, et qui, pour exciter Moïse à faire son devoir, lui montre la pyramide que l'on aperçoit à l'horizon en disant:
Du haut de ce granit vingt siècles te contemplent!
Le caïman, jaloux de donner à de tels spectateurs une haute opinion de sa personne, fait des prodiges de courage. De son côté, Kléber repousse tous les assaillants. Mais l'aigle chauve, qui a tout vu, prend son vol, plane un instant au-dessus de sa tête, puis, plongeant avec un cri sauvage, saisit son épée et l'emporte; les Égyptiens se précipitent sur leur ennemi désarmé.
Moïse, qui se trouve alors seul contre tous, recule jusqu'à la mer et s'y jette à la nage, en emportant Astarbé, avec laquelle il aborde à l'île que l'on aperçoit vers le fond.
Le soudan ordonne de les poursuivre, mais on lui répond qu'il n'y a point de barque. Il fait un geste de désespoir.
LE SOUDAN.
Se peut-il? nul moyen d'arriver par la mer!
Que faire alors?
Il reste pensif. Tout à coup, l'aigle reparaît, tenant l'épée de Kléber, qu'il laisse tomber aux pieds du soudan. Celui-ci, frappé d'une subite inspiration, s'écrie:
Ah! lui peut arriver par l'air!
L'aigle bat des ailes, les gardes agitent leurs épées; chœur final.