QUATRIÈME TABLEAU.

Le spectateur aperçoit un lieu enchanteur avec la mer au fond, et une île inaccessible dans le lointain. Le soudan est accroupi à la turque sous un bosquet de palmiers, et ses esclaves cherchent en vain à le distraire. On lui sert des confitures de toutes espèces, et il ne mange pas; on lui chante des chansons dans tous les tons, et il n'écoute pas; on lui présente des odalisques de toutes couleurs, et il ne regarde pas.

Un officier arrive avec des dépêches relatives à l'armée française, le Soudan les pose sur son plateau à confitures sans les lire; enfin, un Éthiopien se présente avec un grand aigle chauve qui a fait l'admiration de toutes les têtes couronnées de l'Afrique, et qu'il vient offrir en présent.

Outre plusieurs autres talents de société, le grand aigle sait porter les lettres, tourner la broche et pêcher à la ligne.

Après avoir suivi ses exercices d'un regard distrait, le Soudan jette une bourse d'or à l'Éthiopien, renvoie tout le monde, et, resté seul, tire de son sein une pantoufle qu'il baise avec délire.

Cette pantoufle a été trouvée par lui le jour où il a aperçu Astarbé au bain; elle appartient à la fille d'Achmet, et sa vue entretient l'amour du soudan.

Après l'avoir longtemps contemplée, il la pose près de lui, prend sa guitare et chante les paroles suivantes sur un air copte, autrefois composé par Mlle Loïsa Puget.