TROISIÈME TABLEAU.
Nous sommes dans l'intérieur de la grande pyramide; Achmet a trouvé sa place au milieu des illustres momies qui la peuplent; il ne reste plus dans l'embarras que les vivants.
Cependant Astarbé,
Qui sait même ennoblir les travaux des dieux lares,
nourrit fort bien son général en chef, grâce à Moïse, qui lui apporte chaque jour sa pêche et sa chasse. Mais, malgré tout, Kléber maigrit, et, comme la jeune fille s'en étonne et dit en pleurant:
Que vous manque-t-il donc, mon chef? que dois-je croire?
le Français répond:
Ce qui me manque, c'est le pain noir de la gloire!
Au même instant arrive le crocodile avec différentes provisions, parmi lesquelles se trouve une bouteille de bordeaux. Mais elle ne contient que des papiers jetés à la mer par un vaisseau français au moment du naufrage. Le général y voit que l'armée le croit mort et songe à se rembarquer; cette nouvelle le jette dans un transport de douleur et de rage.
Où sont mes bataillons, gloires numérotées,
Dont la poudre a rongé les pipes culottées?
Que fais-tu, vieux soldat qui reçois sans regret
Le temps comme il te vient, la soupe comme elle est?
Noble simplicité des grands temps homériques,
Où l'on mangeait des bœufs embrochés dans des piques!
Ah! je veux (mes efforts me fussent-ils mortels!)
A la nage arriver jusqu'à mes colonels!
Astarbé cherche en vain à calmer ce désespoir. Voyant Kléber décidé à partir,
… Embarqué sur la nef du courage,
elle se rappelle divers souterrains qui font communiquer les pyramides avec les bords de la mer, mais elle les cherche en vain; enfin, à bout d'espérance, elle s'adresse aux restes de son père, qui connaissait les issues.
Le mort, s'entendant appeler, ouvre lentement sa boîte à momie, montre la porte secrète, puis rentre chez lui.
Astarbé et Kléber se précipitent dans le souterrain, précédés du caïman, qui remue la queue en signe de joie.