LIV
Paris, 23 juillet 1867.
Mon cher Roux,
J'ai passé la journée d'hier dimanche à relire notre drame. Le copiste n'a fait qu'une boulette grave; il a dû passer une page du manuscrit dans le prologue. Dans la grande scène entre Aurany et Mathéus, il y a un trou: après l'aparté de Lussac: «Ces hommes m'épouvantent, ils ont le génie du mal...», se trouvent brusquement, dans la copie, ces mots de Mathéus: «Voici mon petit moyen...»
Examine le manuscrit et rends-toi compte de l'erreur. Je le répète, ce doit être une page entière qui a été passée. J'espère que cette page n'a pas été égarée. En tous cas, apporte le manuscrit demain soir, et nous verrons.
Les autres erreurs sont insignifiantes. Ton copiste est un homme intelligent.
J'ai dû faire quelques petits changements, et, surtout, mettre un grand nombre d'indications scéniques. Il faut que nous parcourions le tout ensemble, rapidement. Je ne comprends pas du tout le décor de la Canebière. Viens de bonne heure. Il faut en finir.
En somme, le drame se tient, et je compte sur un succès, si les circonstances nous aident.
A demain soir. N'oublie pas le manuscrit.
Ton dévoué.
Émile Zola.