LVII

Paris, 4 septembre 1867.

Mon cher Roux,

Je ne suis pas affamé de nouvelles, mais j'aurais désiré pourtant que tu répondisses sur-le-champ à la question que je te posais relativement à l'époque exacte où serait joué notre drame. Cela est d'une grande importance pour moi. Je n'ai pas abandonné mon idée de voyage, et, si la pièce ne passe pas plus tard que le 15 octobre, j'irai sans doute à Marseille, je partirai vers la fin de septembre. Dans ce cas, il faut que je fasse mes préparatifs, il faut surtout que je prévienne Paul, qui reviendrait sur-le-champ à Paris, si j'abandonnais mon projet, ou qui m'attendrait, si je lui donnais suite. Tu vois donc que j'ai un vif intérêt à savoir si les Mystères peuvent être joués vers le 15 octobre. Je te prie de voir M. Bellevaut et de lui dire que nous tenons particulièrement à ce qu'il ne rejette pas plus loin la représentation. On annonce Hernani, on annonce la Grande Duchesse; jusqu'où cela ira-t-il? bon Dieu! Je vois mon voyage tombé dans l'eau, car je n'irai certainement pas là-bas, si je ne dois y trouver aucun ami, et je ne puis pousser l'égoïsme jusqu'à retenir Paul à Aix indéfiniment. Avant de quitter Marseille, tâche donc d'obtenir une date fixe, la plus rapprochée possible, afin que je puisse savoir à quoi m'en tenir.

Je ne te parle pas de la censure, ni des corrections, ni de rien. Tu me parleras de tout cela à ton retour. Tâche de ne rien laisser en suspens derrière toi. N'oublie pas de t'inquiéter de l'impression de la pièce, soit dans le Messager, soit en volume.—Si tu n'as que le temps de m'écrire un mot pour me donner la date que je te demande, ne me parle pas du reste, puisque nous devons nous voir la semaine prochaine.

Autre chose: j'ai reçu le Sémaphore, le numéro que tu m'as envoyé, et je regrette qu'on ne s'y soit pas servi de la formule dont nous étions convenus: «Nous lisons dans le Figaro, etc.» Cela aurait fait, je crois, plus d'effet; la note publiée a l'air trop local. Il faut absolument que tu trouves un autre journal où l'on dise que la presse parisienne a annoncé notre drame. (Tu ignores peut-être que la plupart des journaux, le Temps, l'Époque, la Liberté, ont reproduit la note du Figaro.) Tu comprends que les Marseillais ne doivent pas ignorer que Paris s'est ému à la nouvelle de notre tentative de décentralisation. Il serait bon de le faire dire et même de le faire répéter quatre ou cinq fois.—Qu'as-tu fait au Mémorial et à la Gazette du Midi? Cette dernière m'est hostile.

Un mot de réponse, et à bientôt.

Mille compliments aux tiens. Tu as les compliments de ma femme et de ma mère.

Ton dévoué.

Émile Zola.

J'ai fini ce matin mon roman qui paraît dans l'Artiste. Je respire et je me sens des envies de dormir jusqu'à ce soir.