XLIX
28 mai 1867.
Mon cher Roux,
Pourrais-tu me rendre un service?
Arnaud me persécute pour que je lui procure l'acte de société qui a été publié dans le Petit Journal, lorsque Millaud a mis la propriété de ce journal en actions. Arnaud veut imiter cet exemple.
Je me suis présenté au Petit Journal, mais je m'y suis mal pris. J'ai demandé tout sottement le numéro qui contenait l'acte de société en question, et on m'a répondu tout carrément qu'on ne voulait pas me le donner. Ils sont très méfiants, dans cette boutique-là; ils craignent toujours qu'on ne les attaque. Me voilà mis à l'index, et il est inutile que je tente davantage de leur arracher ce qu'ils ne veulent me remettre.
Ne pourras-tu essayer d'obtenir l'acte d'une façon plus habile! Par exemple, va trouver Escoffier, demande-lui à feuilleter une collection du journal. L'acte a paru l'année dernière, je ne sais au juste à quelle époque, vers les premiers mois, je crois. Tu prendras la date exacte du numéro, si tu ne pouvais avoir une copie de la pièce. Enfin, tu ferais pour le mieux. Il s'agit pour Arnaud d'intérêts importants.
Crois-tu pouvoir te charger de cette affaire et la terminer au plus tôt?
Arnaud m'a parlé.—de lui-même,—de notre drame. Je l'ai prié de faire des ouvertures au directeur du Gymnase et de conclure en notre nom. J'aurai sa réponse prochainement. Il faudrait nous hâter. Je te donnerai bientôt un rendez-vous pour causer de cette affaire.
Ton dévoué,
Émile Zola.
J'oubliais: l'acte de société a été publié, je crois, en premier Paris, par Timothée Trimm. Cela facilitera tes recherches.
Excuse-moi de te donner une pareille besogne. C'est que, vraiment, j'ai les bras liés, et que je ne sais plus comment faire.