Nº XVII.—L'OISEAU DE VÉRITÉ.

La collection Lal Behari Day renferme un conte indien du Bengale (nº 19), qui, sans être bien complet, est mieux conservé que les deux autres contes indiens donnés dans nos remarques (I, pp. 195-196).

Ainsi, d'abord, nous y retrouvons l'introduction caractéristique des contes de ce type: Un jour, une belle jeune fille, dont la mère est une pauvre vieille, va faire ses ablutions dans un étang avec trois amies, filles, la première, du ministre du roi; la seconde, d'un riche marchand, et la dernière, du prêtre royal. Pendant qu'elles se baignent, la fille du ministre dit aux autres: «L'homme qui m'épousera sera un heureux homme: il n'aura jamais à m'acheter d'habits; le vêtement que j'ai une fois mis, ne s'use jamais ni ne se salit.» La fille du marchand dit que le combustible dont elle se sert pour faire la cuisine ne se réduit jamais en cendres, et dure toujours. La fille du prêtre, à son tour, dit que, lorsqu'elle fait cuire du riz, ce riz ne s'épuise pas, et qu'il en reste toujours dans le pot la même quantité. Enfin la fille de la pauvre vieille dit que, si elle se marie, elle aura des jumeaux, un fils et une fille. La fille sera divinement belle, et le fils aura la lune sur son front et des étoiles sur la paume de ses mains. Un roi a entendu cette conversation, et, comme ses six «reines» ne lui ont pas donné d'enfants, il épouse la fille de la vieille.

Ce sont, comme dans les autres contes indiens, les six «reines» qui veulent supprimer les enfants de leur rivale. Elles leur font substituer par la sage-femme deux petits chiens. Le roi, furieux contre sa «septième reine», la fait dépouiller de ses beaux vêtements et revêtir d'habits de cuir et il l'envoie sur la place du marché pour y être employée à écarter les corbeaux. Les enfants sont recueillis par un potier et sa femme, après des incidents merveilleux. Devenu grand, le jeune garçon rencontre un jour le roi à la chasse, et celui-ci remarque la lune sur son front. Il en parle aux six reines, qui envoient la sage-femme à la découverte. La sage-femme entre dans la maison où le frère et la sœur habitent seuls après la mort de leurs parents adoptifs, et se donne à la jeune fille pour sa tante. Après lui avoir fait de grands compliments de sa beauté, elle lui dit qu'il ne lui manque, pour la rehausser, que la fleur nommée kataki, laquelle se trouve au delà de l'océan, gardée par sept cents râkshasas, et elle engage la jeune fille à prier son frère de la lui aller chercher.

Les aventures du jeune homme à la recherche de la fleur ressemblent beaucoup à un épisode d'autres contes indiens, résumé dans les remarques de notre nº 15, les Dons des trois Animaux (I, pp. 176-177). C'est la princesse, ramenée par le jeune homme du pays des râkshasas, qui révèle au roi l'histoire de la perfidie des six reines et tout le reste.