XIII

Si l’homme qui travaille des mains a, sous peine de mort, besoin du Repos Sacré, les autres travailleurs subissent précisément la même nécessité, et cette solidarité établirait entre eux, si elle était vue et sentie, une amitié qui les étonnerait.

L’homme d’affaires, le savant, quiconque se répand au dehors par un travail extérieur, toujours fatiguant, même s’il n’en a pas l’air, a besoin d’un repos vrai.

Ceux qui ne connaissent pas la nature du repos pourront le confondre avec l’ennui.

Ceux qui le connaissent savent que le repos est directement le contraire de l’ennui, son antidote, son remède.

L’ennui, c’est le repos du lundi.

Beaucoup de gens regardent comme ennuyeux le Repos du Seigneur. Quelques-uns parmi ceux-là se déclarent chrétiens et se rangent parmi les bons. Mais ils craignent que le Seigneur ne devienne, pendant l’éternité, monotone aux élus.

Ils oublient que Dieu est Acte pur, et que Jésus-Christ est venu allumer le feu sur la terre.

Et parce que les hommes ont refusé son feu, Satan a allumé le sien.

Le repos du Dimanche est un recueillement. Mais il doit être organique et non pas mécanique.

Le Dimanche est un adorateur en Esprit et en Vérité.

La terre, dit Jérémie, est pleine de désolation, parce qu’il n’y a personne qui réfléchisse dans son cœur.

Le recueillement est la réflexion du cœur.

L’homme s’est dissipé ; il se recueille.

Il s’est dépensé ; il se répare.

Il a donné aux autres ; il demande à Dieu.

L’homme réfléchit dans son esprit, quand il se répand au dehors ; il réfléchit dans son cœur, quand il se recueille au fond de lui.

Le Dimanche est le jour du cœur.

Les souvenirs de l’homme et de son commerce divin sont plus profonds et plus intimes ce jour-là.

Le Jour de Dieu ressemble à ce silence d’une demi-heure, dont il est question dans l’Apocalypse.


La vie humaine est remplie de chocs et de faux mouvements. Elle est un combat où chacun blesse les autres et se blesse lui-même.

Que de choses accomplies dans la semaine qui demandent une réparation ! Une réconciliation intime et spirituelle des créatures ne serait-elle pas le Dimanche, si le monde était chrétien, une des préparations, une des fêtes de l’aurore ?

Le repos du Dimanche est l’Ange gardien de la vie.

L’homme reçoit un ordre dont il ne comprend pas la beauté. Il le prend pour un caprice et se révolte. A la sortie de l’obéissance, la mort est là, qui attend sa proie.

L’homme souffre et meurt, il apprend par une expérience épouvantable la valeur de l’ordre qu’il avait reçu.

Les choses extérieures qu’il croyait indifférentes à cet ordre, se déclarent dépendantes de lui, violées par la désobéissance humaine, et prêtes à punir le coupable. Les choses inanimées se conduisent alors comme si elles étaient portées à la vengeance.

L’homme croyait avoir négligé un caprice, ou traité légèrement une mesure arbitraire, vieillie, ennuyeuse, surannée ! Il a porté le trouble dans le cœur même de la vie. Il a blessé l’harmonie des mondes à la prunelle de l’œil. Il a porté la main sur la chose que le Seigneur s’était réservée, l’ayant soustraite aux atteintes de la créature. Il a commis contre le nom terrible et le repos sacré un attentat incommensurable, et sa vue est trop courte pour l’embrasser, son esprit trop étroit pour le saisir, et son cœur n’est pas de force à le peser.

L’adoration de Dieu, le Nom de Dieu, le Repos de Dieu se touchent et se succèdent dans les commandements de Dieu et dans l’histoire des choses de Dieu.

Et quand l’expérience a donné la leçon qui se paye cher, l’homme se retrouve en face de la parole qu’il a méprisée, et il dit dans son cœur :

Si j’avais su !