XIV
L’Écriture commence par la Genèse et finit par l’Apocalypse.
Le Genèse et l’Apocalypse célèbrent tous deux le jour du repos. Le Genèse nous dit le repos du Dieu créateur ; l’Apocalypse, le repos du Dieu rédempteur.
L’arche de Noë se reposait après le déluge, sur le mont Ararat, quand les sept couleurs, apparaissant pour la première fois dans les nuages, annoncèrent au ciel et à la terre qu’une alliance venait de se conclure.
Les sept sacrements annoncèrent au ciel et à la terre que sept torrents étaient lancés par où le sang du Rédempteur devait féconder les siècles.
Les sept dons du Saint-Esprit achevant, consommant, éclairant l’œuvre divine, annoncèrent au ciel et à la terre que le Seigneur avait trouvé, dans l’âme des saints, le lieu de son Repos.
Les choses humaines, quand elles sont justes et vraies le sont par un côté, sous un rapport, par un point. Il est rare et peut-être impossible qu’une institution purement humaine ne paye pas ses avantages par de sérieux inconvénients. Quelquefois les inconvénients sont tels qu’on finit par se demander de quel côté penche la balance. La nature des choses purement humaine est d’avoir des inconvénients, et les meilleures coutumes ou les meilleures dispositions ne touchent la vérité que par certains points isolés qui laissent désirer et regretter tout le reste.
La vie humaine se compose d’éléments si multiples et si hétérogènes, qu’il est bien difficile de soigner certains intérêts, sans oublier ou sans léser les autres. On fait la part de l’un, la part de l’autre. Chacun d’eux est mécontent de la sienne, et le troisième se plaint d’avoir été oublié. C’est une lutte, c’est un conflit, c’est la réclamation perpétuelle, contentieuse, contradictoire des intérêts opposés, qui plaident au nom de quelqu’un, contre quelqu’un. Et quelquefois la sagesse humaine aboutit à des conciliations provisoires, à des sacrifices mal acceptés, à des palliatifs très-imparfaits.
La parole divine a une vertu contraire. Quand on l’entend, on la sent vraie d’une vérité pleine, entière, vraie à tous les points de vue.
Le repos du Dimanche est la loi générale, universelle qui s’impose à tous, profite à tous, ne nuit à rien et à personne. Elle contient, porte et donne une vérité qui enveloppe la création, oblige toute créature, et l’oblige en la secourant. Cette obligation est une miséricorde, une lumière, un bienfait.
Vraie du côté de Dieu, vraie du côté de l’homme, et du côté de chaque homme, quel que soit son caractère et son travail, vraie du côté des animaux, vraie du côté de la nature, vraie du côté des choses visibles, et des intérêts connus, vraie du côté des choses invisibles et des intérêts inconnus, vraie du côté de l’individu, vraie du côté de la société, vraie du côté du temps, vraie du côté de l’éternité, liée à la chaîne des vérités, à la chaîne des lois, et à la chaîne des événements par la main qui a lié les étoiles pour faire les constellations, proclamée par la bouche de celui qui sait tout, sanctionnée par son bras tout puissant, la loi du Dimanche enveloppe les personnes et les choses dans sa sagesse et dans sa profondeur. Nul ne la viole et nul ne l’élude sans produire quelque trouble à la fois évident et mystérieux, visible à la surface et insondable au-dessous. Le profanateur du Dimanche voit ce qu’il fait en apparence. Il ne voit pas ce qu’il fait en réalité. Il voit l’acte de son bras, il ne voit pas l’acte de son âme. Il ne peut pas le suivre à travers le dédale des choses.
Sa vue est trop courte pour qu’il suive du regard son attentat. Si les horizons s’élargissant tout à coup lui livraient les secrets de la vie et de la mort, il serait foudroyé par le spectacle qu’il aurait sous les yeux. S’il pouvait suivre son attentat à travers les domaines de la création, et voir son œuvre s’accomplir partout où elle s’accomplit, il sentirait le poids d’une parole divine. Il apprendrait ce que c’est de désobéir à celui qui parle, voyant tout, sachant tout, et pouvant tout. Après avoir suivi du regard son acte dans ce temple, il le verrait dans l’éternité, où il est attendu par la justice, ou attendu par la miséricorde.
Voici une autre manière d’exprimer la même vérité. Le nom de celui qui a consacré le Dimanche par sa résurrection s’appelle
JÉSUS.
Jésus, c’est-à-dire Sauveur.
Celui qui veut le repos du Dimanche est celui qui est mort pour le salut des hommes, qui est leur Sauveur. Il est nécessaire, pour approfondir le commandement, d’approfondir le nom de celui qui commande. Il commande par la bouche de l’Église universelle. Il commande le repos du Dimanche. Il le commande dans sa miséricorde, pour que l’homme ne tombe pas sous le fardeau, dans sa justice, afin que le plus fort n’abuse pas du plus faible, dans sa gloire, afin que la réserve du Seigneur soit donnée au Seigneur.
Résumons-nous.
L’exception confirme la loi. Le Dimanche, est l’Ange Gardien de la semaine.
Il faudrait mesurer le Repos de Dieu en lui-même, et le Repos de Jésus-Christ dans sa résurrection, pour mesurer l’attentat qui nous est marqué par son énormité même. Les petites choses sont celles que nous voyons le mieux.
La parole de Dieu est aussi universelle que pénétrante, aussi pénétrante qu’universelle. Elle est plus perçante que la pointe du glaive, plus profonde que l’Océan, plus étendue que les cieux, plus éclatante que le tonnerre.
Le temps et l’éternité prolongent son retentissement par toutes les voix qu’ils possèdent. L’écho de toutes les montagnes, l’écho de toutes les vallées, l’écho de tous les abîmes répètent et répéteront :
Et Dieu dit à Adam : « tu mangeras de tous les fruits du Paradis.
« Mais tu ne mangeras pas du fruit de l’arbre de la Science du Bien et du Mal. Le jour où tu en auras mangé, tu mourras de mort. »
Et Dieu parla à Moïse, disant :
« Parle aux fils d’Israël et dis-leur : « Veillez à garder mon sabbat, parce qu’il est le signe entre moi et vous, dans les générations, afin que vous sachiez que je suis le Seigneur qui vous sanctifie. Gardez mon sabbat ; car il est saint : celui qui l’aura violé :
« MOURRA DE MORT. »
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