SCÈNE V
VENCESLAS, BERTRAND, puis DURAND.
BERTRAND (entrant).
La chambre de monsieur est prête.
VENCESLAS (se promenant les mains derrière le dos).
Bon!
BERTRAND.
Monsieur aime mieux rester ici?
VENCESLAS (se promenant).
Oui.
BERTRAND.
Comme monsieur voudra.
VENCESLAS (même jeux).
Certes.
BERTRAND.
Monsieur attend sans doute le retour de son oncle?
VENCESLAS.
Oui.
BERTRAND.
C'est un drôle de particulier que l'oncle de monsieur.
VENCESLAS.
Hein?...
BERTRAND.
Il a l'air un peu toqué. (Venceslas ne lui répond pas; il prend une chaise qu'il enlève à bras tendu). Diable! monsieur est fort! (Venceslas ne répond pas; il appuie sa main sur l'épaule de Bertrand, qui fléchit, et rebondit à la troisième fois, sautant à droite). Pourquoi donc me dérangez-vous comme ça?
VENCESLAS.
C'est pour vous montrer ce que je pourrais faire de vous dans le cas où vous parleriez mal de mes parents... j'ai dit. (Il recommence à se promener).
BERTRAND (à part).
Quelle drôle de famille!
DURAND (rentrant).
Ah! monsieur Bertrand, que le bon Dieu vous patafiole!
BERTRAND.
Moi, monsieur?
DURAND.
Vous me dites que mon Martin est au n° 11, et vous me lancez sur un sexagénaire, sourd, aveugle et myope; tandis que mon Martin a 3O ans tout au plus et jouit de tous ses organes.
BERTRAND.
Ce n'est pas ma faute, moi... Si monsieur veut voir celui du 13?
DURAND.
Merci, j'en ai assez comme ça... je veux, au préalable, aller prendre des renseignement au poste de police. De cette façon, je ne serai pas exposé à bassiner un tas de braves gens, qui me le rendraient bien.
BERTRAND.
Comme monsieur voudra. (Il sort.)
DURAND.
Toi, Venceslas, prends ton parapluie, ton plan d'Ottawa, et suis-moi.
VENCESLAS.
Nous irons donc à pied?
DURAND.
Certes oui! je me fais une fête de marcher sur les trottoirs en asphalte. Viens! (Ils vont pour sortir, Durand se heurte contre un jeune homme qui entre brusquement.)