SCÈNE X

DURAND, VENCESLAS, BERTRAND.

DURAND.

Eh bien! eh bien! il s'en va sans m'apprendre son noble nom.

BERTRAND (qui vient d'entrer).

Son nom!... vous ne le savez pas?... c'est monsieur Isidore Martin.

DURAND.

Isidore Martin?

BERTRAND.

Du numéro 13. Le neveu d'un brave capitaine...

DURAND.

Le capitaine Martin?

BERTRAND.

Précisément.

DURAND.

C'est lui!

BERTRAND.

Qui, lui?

DURAND.

Le Martin que je cherche.

BERTRAND.

Et que vous n'avez pas voulu voir!

DURAND (avec joie).

Enfin, je le tiens!... (Tout à coup en jetant un cri.) Ah! grand Dieu!

BERTRAND.

Quoi donc?

VENCESLAS

Qu'est-ce qui vous prend?

DURAND, Quand je songe que tout à l'heure, il pouvait être escoffié par les chevaux du fiacre!... Je perdais, hélas!...

BERTRAND

Un ami qui vous est bien cher?

DURAND.

Non... mille piastres de rente...

BERTRAND.

Oh! du reste, il ne faut pas que ça vous étonne... Monsieur Isidore n'en fait jamais d'autres.

DURAND.

Comment! tous les matins il arrête un fiacre emporté!

BERTRAND.

Non, mais il ne se passe guère de jour sans qu'il risque les siens pour sauver quelqu'un ou quelque chose.

DURAND.

Hein?... qu'est-ce que j'apprends là!... mais c'est donc une manie!

BERTRAND.

Ah! c'est un bien bon garçon que monsieur Martin, mais un fameux braque et qui ne tient pas plus à sa vie...

DURAND.

Mais j'y tiens, moi, j'y tiens à sa vie!... Heureusement me voici près de lui, et... (Jetant un nouveau cri.) Ah! grand Dieu! (Bertrand impatienté sort.)

VENCESLAS.

Quoi donc encore?... vous m'avez fait peur!...

DURAND. Et ce duel, ce malheureux duel!

VENCESLAS.

Ah! dame, c'est vous qui m'avez aguiché...

DURAND.

Tu ne te battras pas.

VENCESLAS.

Mais, mon oncle...

DURAND.

Tu ne te battras pas!... La main d'Aménaïde est à ce prix!...

VENCESLAS.

Ah! ça, permettez...