ACTE II, SCÈNE VI

DANIEL, puis ARMAND

DANIEL, seul.—Ce carrossier est un trésor d'ingratitude. Or, les trésors appartiennent à ceux qui les trouvent, article 716 du Code civil[1]…

ARMAND, paraissant à la porte du fond.—Eh bien?

DANIEL, à part.—Pauvre garçon!

ARMAND.—L'avez-vous vu?

DANIEL.—Oui.

ARMAND.—Lui avez-vous parlé?

DANIEL.—Je lui ai parlé.

ARMAND.—Alors vous avez fait ma demande?…

DANIEL.—Non.

ARMAND.—Tiens! pourquoi?

DANIEL.—Nous nous sommes promis d'être francs vis-à-vis l'un de l'autre… Eh bien! mon cher Armand, je ne pars plus, je continue la lutte.

ARMAND, étonné.—Ah! c'est différent!… et peut-on vous demander les motifs qui ont changé votre détermination?

DANIEL.—Les motifs… j'en ai un puissant: je crois réussir.

ARMAND.—Vous?

DANIEL.—Je compte prendre un autre chemin que le vôtre et arriver plus vite.

ARMAND.—C'est très bien… vous êtes dans votre droit…

DANIEL.—Mais la lutte n'en continuera pas moins loyale et amicale?

ARMAND.—Oui.

DANIEL.—Voilà un oui un peu sec!

ARMAND.—Pardon!… (Lui tendant la main.) Daniel, je vous le promets…

DANIEL.—A la bonne heure! (Il remonte.)