ACTE IV, SCÈNE VI

ARMAND, PERRICHON

PERRICHON, à part.—Il n'y a pas à dire… j'ai fait des excuses! moi! dont on verra le portrait au Musée… mais à qui la faute? à ce M. Armand!

ARMAND, à part, au fond.—Pauvre homme! je ne sais que lui dire.

PERRICHON, à part.—Ah ça! est-ce qu'il ne va pas s'en aller? Il a peut-être encore quelque service à me rendre… Ils sont jolis, ses services!

ARMAND.—Monsieur Perrichon!

PERRICHON.—Monsieur?

ARMAND.—Hier, en vous quittant, je suis allé chez mon ami… l'employé à l'administration des douanes… Je lui ai parlé de votre affaire.

PERRICHON, sèchement.—Vous êtes trop bon.

ARMAND.—C'est arrangé… on ne donnera pas suite au procès.

PERRICHON.—Ah!

ARMAND.—Seulement, vous écrirez au douanier quelques mots de regrets.

PERRICHON, éclatant.—C'est ça! des excuses!… De quoi vous mêlez-vous, à la fin[1]?

ARMAND.—Mais…

PERRICHON.—Est-ce que vous ne perdrez pas l'habitude de vous fourrer à chaque instant dans ma vie?

ARMAND.—Comment?

PERRICHON.—Oui, vous touchez à tout! Qui est-ce qui vous a prié de faire arrêter le commandant? Sans vous nous étions tous là-bas, à midi!

ARMAND.—Mais rien ne vous empêchait d'y être à deux heures.

PERRICHON.—Ce n'est pas la même chose.

ARMAND.—Pourquoi?

PERRICHON.—Vous me demandez pourquoi? Parce que… non! Vous ne saurez pas pourquoi! (Avec colère.) Assez de services, monsieur! assez de services! Désormais, si je tombe dans un trou, je vous prie de m'y laisser! j'aime mieux donner cent francs au guide… car ça coûte cent francs… il n'y a pas de quoi être si fier! Je vous prierai aussi de ne plus changer les heures de mes duels, et de me laisser aller en prison si c'est ma fantaisie.

ARMAND.—Mais, monsieur Perrichon…

PERRICHON.—Je n'aime pas les gens qui s'imposent… c'est de l'indiscrétion! Vous m'envahissez[2]!…

ARMAND.—Permettez…

PERRICHON.—Non, monsieur! on ne me domine pas, moi! Assez de services! (Il sort par le pavillon.)