P

PAGES

On proposait au directeur de la troupe des comédiens de Versailles de laisser entrer tous les pages du roi, de la reine et des princes. Il objecta, avec raison, que beaucoup de pages font un gros volume.

PAIN ET BOUILLI

Bouilly est connu par quelques ouvrages médiocres, parmi lesquels on citera, si vous voulez, les Contes à ma fille, deux volumes que donnait en prix, tous les ans, madame Campan, à la maison d'Écouen. Joseph. Pain ne manquait pas de faire, pour cette solennité, des vers que l'on distribuait également aux jeunes pensionnaires. Un plaisant dit, à ce sujet, que les filles (d'Écouen), quand elles se conduisaient bien, recevaient tous les ans deux livres de bouilli et un morceau de pain.

PAIR

Le jour de l'apparition des trois ordonnances (juillet 1830), un balourd empressé se rencontre avec M. de Sesmaisons au tourniquet de Saint-Jean, et, comme il le gênait en passant, il lui dit: Excusez, gros père.--Allons, s'écria l'ex-honorable député, on ne peut plus garder son incognito dans cette ville; cet homme sait déjà que je suis pair de France.

Un Gascon, voyant un duc perdre au jeu, s'écria:--Il est duc et perd.

ÉPIGRAMME DE 1790.

Par un arrêt plein de sens, de raison,

Les douze cents majestés de la France,

En corrigeant l'impertinence

Des magistrats du bon peuple breton,

Les ont, pour le bien de leurs âmes,

Déclarés tous séditieux, pervers,

Félons, coquins, traîtres, infâmes...

C'est un jugement de leurs pairs.

PALAIS

On appelle palais la partie intérieure de la bouche, qui en est la voûte.

Le Palais de Justice ayant été incendié dans le siècle dernier, les Parisiens, qui rient de tout, même de leur propre malheur, se passèrent de main en main le quatrain suivant:

Certes, ce fut un triste jeu,

Quand à Paris, dame justice,

Pour avoir mangé trop d'épice,

Se mit le palais tout en feu.

--Quelle différence y a-t-il entre les princes et les huîtres?

--C'est que les huîtres ne font que traverser le palais, et que les princes y résident.

Cette solution rappelle un des calembours de M. de Bièvre. Il revenait de Versailles où il avait assisté au déjeuner de Louis XV, et on lui demandait ce qu'il y avait remarqué.

--J'ai vu, dit-il, une huître traverser le palais royal.

PAON

--Quels sont les paons les plus lourds?--Ce sont les plus gras.--Non, ce sont les pans de murailles, comme les plus légers sont les pans d'habits, et les plus crottés les pantalons.

On annonçait un jour, en objet à vendre, une volière ayant huit pans. Un amateur de paons l'alla voir. C'était une volière octogone.

PAPIER

Ce mot a plusieurs sens, qu'il est inutile d'exposer. On comprendra aisément ce qu'il veut dire ici. Ces vers ont paru en 1790.

L'or, l'argent et l'airain, aussi bien que le fer

Chez nos premiers aïeux ont eu chacun leur âge.

Celui-ci doit son nom au charlatan Necker;

Et du peuple français l'auguste aréopage,

Secondant les projets du ministre banquier,

Veut que l'âge présent soit l'âge du papier.

PARAPET

Un homme passant avec sa femme sur le pont Royal, à Paris, pont très-fréquenté, laissa échapper un de ces soupirs intérieurs dont on rougit toujours un peu.--Prends-donc garde à ce que tu fais, lui dit sa femme.--Ne crains rien, répondit-il; tu vois bien qu'il y a ici des parapets.

PARDON

À Messine, où commandait le maréchal de Vivonne, un officier vint le réveiller pour lui dire quelque chose. Il commença ainsi: «Monseigneur, je vous demande pardon, si je viens vous réveiller.--Et moi, lui repartit le maréchal, je vous demande pardon si je me rendors.»

PAREIL

Un bourgeois qui avait un attelage de deux chevaux bruns perdit l'une de ses bêtes, et chargea le domestique de rappareiller le survivant. Le domestique chercha, découvrit et vint dire à son maître:--Monsieur, j'ai trouvé votre pareil.

PARLEMENT

Montmaur dit, dans sa requête au Parlement:

De la cour du grand parlement

Tout homme qui mal parle ment.

PAROLE

Ménage se trouvait dans le cloître des Chartreux lorsqu'on y faisait voir le tableau de saint Bruno. Quelqu'un dit: «Il ne lui manque que la parole.--En ce cas, dit Ménage, il est parfait; car il ne pourrait parler sans manquer à la règle.»

PARTIR

Potier dit un jour à un de ses amis qu'il avait eu jadis des fusils excellents: «En quoi étaient-ils donc si merveilleux? reprit l'autre.--C'est qu'ils partaient aussitôt qu'il entrait des voleurs chez moi, quoiqu'ils ne fussent pas chargés.--Et comment cela?--Parce que les voleurs les emportaient pour eux.»

Quand la brillante société de Paris s'échappe au beau temps pour les eaux et la compagne, les pointus disent qu'il y a dans la capitale beaucoup d'esprit de parti.

PAS

Au commencement de 1793, les gazettes allemandes ayant répandu le bruit que le prince de Brunswick avançait à pas de géant sur Paris, un soldat de l'armée parisienne lit l'impromptu suivant:

Monsieur l'imprimeur allemand,

Rendez-nous un petit service;

Effacez: À pas de géant,

Et mettez: À pas d'écrevisse.

Un poëte de village a placé sur la porte du cimetière de sa commune l'inscription suivante:

Tous tes pas sont faux pas; tu ne fais pas de pas

Que tes pas, pas à pas, n'amènent ton trépas.

PASSER

Sur la porte du passage de l'église de Saint-Séverin, qui menait autrefois du cimetière à la rue de la Parcheminerie, on lisait ces vers:

Passant, penses-tu pas passer par ce passage,

Où passant j'ai passé?

Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage;

Car, en n'y pensant pas, tu te verras passé.

Un ignorant, bel esprit et quelque peu farceur, se présente à l'université de Reims pour y passer maître ès arts. Il y est reçu. Surpris de la facilité avec laquelle il avait acquis ce grade, il va de nouveau trouver le président de la Faculté, et lui dit: «Monsieur, pendant que je suis en cette ville, je voudrais profiter de l'occasion, et faire aussi passer mon cheval maître ès arts.--Monsieur, lui répondit le président, je suis fâché de ne pouvoir vous obliger davantage, mais nous ne recevons ici que les ânes.»

PATAQUIÈS OU PATAQU'EST-CE

Lorsqu'en 1857 on distribua la médaille de Sainte-Hélène, les journaux citèrent la lettre suivante, adressée à l'Empereur, au camp de Châlons:

«Sire,

«J'ai contracté sous votre cher oncle deux blessures mortelles, qui, depuis 30 ans, font l'ornement de ma vie, l'une à la cuisse droite, l'autre à Wagram. Si ces deux anecdotes vous paraissent susceptibles de la croix d'honneur, j'ai bien celui de vous en remercier d'avance.

«Signé: ANTOINE BONNIOT,
«Caporal honoraire à l'ex-jeune garde.

«P. S. Mme Bonniot sera bien sensible à votre amabilité.

«Affranchir la réponse, s'il vous plaît.

«Ci-joint les pièces amplificatives.»

PATTE ÉTHIQUE

Une actrice qui avait la main décharnée, se présenta sur le théâtre où elle joignait, à une déclamation forte, de grands gestes, en déployant de grands bras.

--Quel pathétique! s'écria un des spectateurs.

PAUVRE

Le collége des Grassins, à Paris, a été fondé pour les pauvres écoliers du diocèse de Sens. Il y avait autrefois, au-dessus de la porte: Collège des Grassins, fondé pour les Pauvres de Sens. Cette inscription fit croire que c'était un hôpital de fous. On fut obligé de la supprimer.

Un ami de Bayle s'entretenait avec ce philosophe sur la pauvreté des gens de lettres: «Ah! mon ami, lui dit Bayle, le nombre des auteurs pauvres est presque aussi considérable que le nombre des pauvres auteurs.»

Un pauvre diable qui passait par un village alla, pressé par la faim, heurter à la porte d'un seigneur:

--Qui êtes-vous? lui demanda-t-on.

--Je suis un pauvre musicien qui demande la passade.

--Entrez.

Entré qu'il fut, le seigneur le fit dîner avec lui. Ce seigneur était mélomane; et il avait fait apprendre la musique à ses enfants, garçons et filles. Après le dîner, il fait apporter des livres de chant; il les distribue, un à l'étranger, et les autres à ses enfants. Ceux-ci se mirent à chanter; le seigneur qui n'entendait rien dire au passant, croyait qu'il voulait écouter un moment. À la fin, comme le silence continuait:

--Vous ne chantez point? lui dit-il.

--Non, monsieur.

--Pourquoi?

--Monsieur, ne vous ai-je pas dit que j'étais un pauvre musicien? Eh bien! je suis si pauvre musicien, qu'en fait de musique je n'y entends rien du tout.

Un bourgeois de Londres fut pareillement arrêté dans la rue par un homme qui lui demanda l'aumône, en se qualifiant de pauvre savant. Le bourgeois lui donna un schelling, en lui parlant latin.--Ah! Monsieur, lui répondit le mendiant, je me suis qualifié de pauvre savant, et je suis tellement pauvre savant que je n'ai pas même appris mon alphabet.

PÊCHER

Dès les premiers jours de la Révolution, le gouvernement provisoire a envoyé M. Auguste Luchet à Fontainebleau, en qualité de gouverneur de l'ex-château royal.

Il n'y avait rien du tout à gouverner dans le splendide palais bâti par le génie de Primatice.--Il n'y avait qu'à se promener dans le parc et à prendre du ventre.

M. Auguste Luchet, qui est romancier, se promena, rêva, digéra, et, au bout du compte, se chercha un autre passe-temps.--Il découvrit alors ce fameux vivier où sont des carpes dont plusieurs ont de la barbe et sont, dit-on, contemporaines de François Ier.--Il imagina d'y goûter; il pêcha, trouva l'exercice bon, et, depuis lors, il pêche toujours.

Les habitants de Fontainebleau s'alarmèrent d'un labeur si terrible.--Ils écrivirent au général Cavaignac une lettre dans laquelle on trouvait ce passage:

«Citoyen général, nos prédicateurs disent que le juste pèche au moins sept fois par jour. Or, M. Auguste Luchet pèche du matin au soir, sans discontinuer. Jugez s'il est juste.»

PEINDRE

--Pendant que mon mari peignait notre corridor, disait une Parisienne, je peignais nos enfants; nos enfants étaient bien peignés, mais notre corridor était mal peint.

On sait que Wateau était, au dernier siècle, un peintre célèbre. Un autre Wateau était coiffeur renommé. Un bourgeois de Paris, invité à la cour, envoyant chercher Wateau le coiffeur, qu'il ne connaissait pas, dit à son domestique:

--Va-t'en me chercher Wateau; il faut qu'il me peigne tout de suite. Le domestique, qui entendait tous les jours vanter le peintre, courut chez lui, et Watteau arriva.

--Bonjour, monsieur Wateau, dit le bourgeois, je vais à la cour et j'ai besoin de vos talents. A quel prix me peignez-vous?

--Mais, monsieur, dit l'artiste, pour que vous soyez convenable, vous me donnerez cinquante louis.

Le bourgeois sauta en l'air:

--Comment, cinquante louis! Renaud me peigne pour quinze sous en perfection.

L'artiste rit longtemps du quiproquo.

PÊNE

Qu'est-ce qui ressemble le plus à une serrure?--C'est une femme malheureuse, parce qu'elle n'est jamais sans peine.

PENSER

On sait que l'ordre de la jarretière a pour devise: Honni soit qui mal y pense. Les marquis de Mesgrigny à leur château de Villebertain ont fait écrire en lettres d'or, au-dessus de la grande porte de leurs écuries: Honni soit qui mal y panse.

Le comte de Lauraguais revenait de l'Angleterre. Louis XV, le revoyant à Versailles, lui demanda d'où il arrivait.

--De Londres, Sire.

--Et qu'êtes-vous allé faire là?

--Apprendre à penser.

--A panser les chevaux, répliqua le roi.

En 1815, une noble marquise des environs de Valenciennes se casse la jambe en descendant de voiture, dans la cour des Tuileries. Son époux désolé commande à l'un de ses gens d'aller au plus vite chercher un chirurgien.

--Lequel, monsieur, dit le domestique?

--N'importe, pourvu qu'il pense bien. Le laquais court, et ramène un Esculape dont les bons principes étaient connus; deux jours après, madame était morte: Hélas! ce brave docteur pensait bien, mais il pansait mal.

PEPIN

Quelle différence y a-t-il entre l'histoire de France et une poire d'Angleterre.

--L'histoire de France n'a qu'un Pépin et la poire en a plusieurs.

C'est un calembour de M. de Bièvre.

PÉQUIN OU PÉKIN

Mot injurieux par lequel les militaires désignaient autrefois un bourgeois. Lorsque Martainville fut accusé d'avoir livré le pont du Pecq près Saint-Germain aux alliés, on fit courir ces vers, où l'application de péquin est plus juste:

À Scipion, sa république,

Pour avoir dompté l'Afrique,

Donna le nom d'Africain.

Nommons donc cette âme vile,

Qui du Pecq livra la ville,

Martainville le Pecquin.

PERÇANT

Un faiseur de calembours a soutenu que les Perses avaient introduit dans le monde les cris persans.

Le même prétend que le roi Persée, prisonnier des Romains, avait charmé les ennuis de sa captivité, en fabriquant ces sortes de chaises qui portent son nom.

PERDRE

Un ecclésiastique de Troyes, prêchant, perdit la mémoire; un plaisant se leva et dit:--Qu'on ferme la porte; il n'y a ici que d'honnêtes gens; il faut que la mémoire de monsieur se retrouve.

PERDRIX

Un plaisant, voyant deux ris de veau sur la table, chez Véry, embarrassait le garçon de service en lui disant:--Faites-moi le plaisir de me passer cette paire de ris.

PÉROU

On parlait dans une société du mariage du doge de Venise avec la mer Adriatique.--Il y a, dit quelqu'un, un fait plus singulier, c'est l'union indissoluble de père Ou et de la mère Ique.

PERRUQUE

Pendant les guerres de l'empire, un Troyen, entendant annoncer que le général Baville avait pris perruque, demanda où cette ville était située. Un vieil abbé lui répondit: Sur la nuque.

PERRUQUIER

L'argot de cette profession a fourni à un membre de la corporation une série de calembours à propos de la guerre d'Italie.--Les autrichiens, dit-il, sont des perruques. Ils espéraient que le Piémont manquerait de toupet au moment de se prendre aux cheveux et de se donner un coup de peigne. Mais nous sommes là, le fer à la main; nous ne laisserons pas faire la barbe à nos alliés, et l'Autriche, après avoir reçu un savon et un coup de brosse, pourra bien friser sa ruine.

PEUPLIER

On a trouvé un calembour, dans ce vers d'un poëte, qui donne de sages conseils:

Au fort de la tempête, il faut un peu plier.

PEUR

On parlait devant Charles-Quint d'un capitaine espagnol qui se vantait de n'avoir jamais eu peur.--Il faut, dit l'empereur, que cet homme n'ait jamais mouché la chandelle avec ses doigts; car il aurait eu peur de se brûler.

PEUREUX

On disait à un joueur qui gagnait toujours:--Vous n'iriez pas la nuit dans un cimetière; vous êtes trop heureux.

PET

Un perruquier de campagne réfléchissait assis sur le coin de sa porte. Un monsieur passe et lui demande s'il a un fer à toupet.--Oui, monsieur répond avec empressement l'artiste campagnard.--Eh bien! frisez-moi celui-là, dit le meunier en laissant échapper un bruit monstrueux. (Voyez parapet.)

PIÈCE

Quelle est la première pièce du théâtre Français?--Le vestibule.

Quelles sont les pièces qui vont toujours?--Les pièces de cinq francs.

Fabert, maréchal de France, ayant été blessé au siége de Turin d'un coup de mousquet à la cuisse, Turenne et le cardinal de La Valette, le conjurèrent de se la laisser couper, selon l'avis de tous les chirurgiens. Le maréchal leur répondit:--Je ne veux pas mourir par pièces; la mort m'aura tout entier, ou elle n'aura rien, et il guérit de sa blessure.

PIED

Un grenadier, qui s'appelait la Paix de Dieu, fut blessé: on allait lui couper une jambe. Pendant les préparatifs de cette cruelle opération, il disait:--Eh! la Paix de Dieu, mon ami, que va-t-on dire de toi, quand on saura que tu as lâché pied.

Lorsqu'il fut question de proclamer Louis XVI, le restaurateur de la liberté française, un avocat voulait que l'hommage de la nation fût porté humblement aux pieds de Sa Majesté.--La majesté n'a point de pieds, s'écria Mirabeau, et chacun éclata de rire, ce qui fit tomber la motion.

Le journal de Lille racontait, il n'y a pas longtemps, l'anecdote suivante:

Madame N..., bonne vieille dame, n'a jamais pu se mettre au fait des nouvelles mesures: les dénominations de mètre, gramme, stère, etc., lui ont toujours semblé des monstres, et elle ne comprend pas qu'on préfère ces noms barbares aux anciens. Cependant, poussée par un caprice (car les femmes en ont à tout âge), elle voulut dernièrement essayer de se mettre au niveau des idées modernes, et elle écrivit bravement à son boucher de lui envoyer un mètre de veau.

--Je verrai bien ce que ça fera, se disait-elle, et cela me guidera pour une autre fois. Sa lettre tomba dans les mains d'un nouveau garçon, encore peu expérimenté, à qui le patron avait recommandé, quand il serait absent, de consulter un tableau de comparaison entre les mesures anciennes et les nouvelles, afin de ne pas commettre d'erreurs. Le jeune homme ne manqua pas de suivre ce bon conseil, et ayant lu sur son tableau qu'un mètre valait trois pieds, il envoya avec satisfaction trois énormes pieds de veau à madame N..., qui ne peut souffrir cette partie de l'animal.

Quand l'emploi des mesures nouvelles fut discuté à l'Académie française, un des membres de la commission du Dictionnaire proposa de substituer à cette expression proverbiale: Avoir un pied de nez, celle-ci: Avoir trente-trois centimètres de nez. Comme M. Villemain s'y opposait:--Je sais bien, dit M. de Jouy, que l'expression n'est pas exacte, et qu'il faudrait ajouter une fraction.

PILE

Nos soldats font des calembours. Un chasseur disait après la bataille de Solferino:--Les Autrichiens ont l'air de vouloir prendre Volta.--Non, non, dit l'autre, ils ont trop peur de la pile.

PLACE

M. de Villèle ayant rencontré M. de La Bourdonnaye, lui fit quelques caresses bien franches.--Comment, mon cher confrère, vous me boudez! Vous ne savez donc pas combien le poste est difficile à tenir. Mettez-vous à ma place...--Eh! c'est tout ce que je demande, répondit M. de La Bourdonnaye.

Un jeune homme qui possède un petit bien dans le comté de Gloucester, se décida à quitter sa campagne et à venir à la ville solliciter un emploi, comptant sur le duc de Newcastle, qui avait promis de le servir, et qui pendant plusieurs mois, exerça, on ne peut mieux, sa patience. Las d'attendre inutilement, l'homme des champs alla trouver son protecteur, et lui dit qu'à la fin, il s'était procuré une place.

--Je vous fais mon compliment de votre bonne fortune, lui dit le duc; et où est cette place, je vous prie?

--Dans le coche de Gloucester, je m'en suis assuré hier soir, et vous m'avez guéri, monseigneur, d'une plus haute ambition.

PLAINE

Quelle est la plaine la plus haute?--La pleine lune.

PLAISIR

Garçon! un beefsteak, disait un Anglais au café de Paris.--Oui, monsieur, avec plaisir.--Non pas avec plaisir, avec des pommes de terre.

On invitait Pothier à un dîner.--Dois-je venir avec plaisir? dit-il.--Certainement.--Il amena avec lui Plaisir, coiffeur célèbre de la rue Richelieu.

PLAN

Je ne possède plus rien, s'écriait un pauvre diable à un de ses confrères; j'avais une petite rente, j'ai été forcé de m'en défaire; j'avais une tirelire assez bien garnie, je ne l'ai plus.--Ainsi, lui répond l'autre, la situation est rente en plan, tirelire en plan.

PLANCHE

Les faiseurs de jeux de mots disent que M. Planche est le plus plat de nos écrivains.

Ce qui n'est vrai que dans son nom.

PLANTE

Quelle est la plante la plus utile à l'homme?--La plante des pieds.

PLAT

Piron, un jour au parterre du Théâtre-Français, suait à grosses gouttes. Ses deux voisins se disaient à l'oreille:

--Voilà Piron qui cuit dans son jus.--«Ce n'est pas étonnant, dit Piron, sans se retourner, je suis entre deux plats.»

Vous habitez un pays âpre et rude,

Disait un bon Flamand au Suisse Frenkestel,

Et votre caractère aussi doit être tel;

De son pays toujours on saisit l'habitude

--Ce propos n'est pas délicat,

Reprend le Suisse. En ce moment j'y pense,

Vous habitez un pays plat;

Dois-je en tirer la même conséquence?

PLATE-BANDE

Dans le temps qu'on imposait aux enfants des noms recherchés, un bon homme qui aimait son jardin, se vantait d'avoir donné aux siens des noms plus convenables. Mes trois filles, disait-il, s'appellent Rose, Jacinthe et Marguerite, et mon fils Narcisse.--Ainsi, lui répondit-on, vous faites de vos enfants une plate-bande.

PLOMB

Dans la dernière guerre d'Italie, un officier aussi fou qu'il était brave, ayant reçu une balle dans la tête, dit: «Je savais bien que j'y avais besoin de plomb; mais la dose est un peu trop forte.» Et il mourut sur-le-champ.

POËTE

On dit que les poëtes sautent parfaitement les ruisseaux, parce qu'ils sont habitués aux enjambements.

Quel est le poëte qui fait la barbe à tous les autres?--M. Barbier.

POIDS

Une dame, le jour des rois, eut la fève; elle la passa à son mari.--Que voulez-vous que je fasse de cela? dit-il.--Ne savez-vous pas qu'en France, répondit la dame, la couronne ne peut tomber en quenouille, et que c'est l'homme qui doit se charger du poids de la royauté.

POINGS

Pourquoi les poissardes ne mettent-elles pas les points sur les I?

--Parce qu'elles les ont ordinairement sur les hanches.

POINT

Autrefois les dames portaient un genre de bracelet qu'elles nommaient sentiment. M. ***, voyant un de ces bijoux au bras gauche de mademoiselle Bourgoing, lui dit: «Je ne croyais pas que vous portiez le sentiment à ce poing-là.»

POIS

Un bourgeois, qui avait passé une notable partie de sa vie à dire des facéties plus ou moins fines, était moribond. Sa soeur, qui l'assistait dans ces tristes moments, lui ayant demandé s'il ne se sentait pas un poids sur l'estomac:--Non, ma soeur, dit-il, je ne sens ni pois ni fève.

Sous Louis XV, un factionnaire de la garde avait été placé à l'une des grilles de la cour des Tuileries, avec la consigne de ne laisser pénétrer personne par cette voie. Un homme se présente pour entrer, le factionnaire lui oppose sa consigne. L'individu insiste en disant:

--Tu ne me reconnais donc pas? Je suis le prince de Poix.

--Quand vous seriez le roi des haricots, répliqua le soldat, vous ne passeriez pas!

POISSARDES

On accuse de férocité le roi de Sardaigne: et en effet, il mange quelquefois des pois sardes.

POLI

Un ami d'Odry le trouvant encore au lit à onze heures, le blâmait de se lever si lard.--Je ne m'attendais pas à des reproches, répondit-il, pour avoir été trop au lit.

L'autre jour, M. T... était furieux. Il venait d'inviter à dîner un de ses amis, qui avait accepté.

--Fiez-vous donc aux amis, s'écriait-il! Je l'invite à manger la soupe avec moi, je l'invite de la façon la plus polie, la plus gracieuse, la plus délicate,--et il accepte.

--Eh bien? lui dit le confident de ses peines.

--Eh bien! il devait refuser. Que diable! une politesse en vaut une autre.

PORC FRAIS

Le directeur du grand théâtre de Saint-Pétersbourg ayant laissé reposer le danseur Duport pendant tout le carême, quelqu'un dit que sans doute il voulait avoir Duport frais à Pâques.

PORTE

Une dame demandait à son mari, qui sollicitait un consulat, le succès de ses démarches. Il répondit:--On vient de me mettre à la Porte.--Et vous souffrez cela? reprit-elle indignée. Elle ne se calma que lorsqu'elle comprit que la Porte, la sublime Porte était Constantinople.

POSTÉRITÉ

Brunet disait:--Je connais un enfant de cinq ans qui a déjà de la poste hérité. C'était le fils d'un maître de poste défunt.

POSTHUME

Papa, qu'est-ce que c'est donc qu'un ouvrage posthume?--Mon fils, c'est un ouvrage que l'auteur publie après sa mort.

POT

Quel est, demandait Odry, le pays où l'on mange le plus de bouillon?--C'est l'Italie!--Parce que?--Parce que la Providence y a mis le Pô.

Le dialogue suivant a eu lieu, lorsque la Savoie demanda, en 1848, notre intervention armée en Italie.

--Es-tu pour l'intervention, toi?

--Non.

--Pourquoi? parce que je vois la manigance.

--Quelle manigance?

--Écoute, les élections arrivent; les rouges veulent nous envoyer là-bas pour être maîtres par ici; et alors, ce ne sont pas ceux qui seraient le plus près du Pô qui mangeraient la soupe.

Un saltimbanque, appelé chez le commissaire et sommé de décliner son nom, déploya ses papiers où le magistrat reconnut qu'il portait le nom de Pot.--Singulier nom! dit le commissaire.

--C'est vrai, monsieur; mais c'est un nom qui ne manque pas de célébrité; mon père était soldat, et même on le fit sergent, attendu, disent les rapports, qu'on voyait toujours dans les combats Pot au feu le premier. Pour une faute de discipline, on lui ôta son grade et on lui donna son congé. Pot, cassé, se mit à faire le commerce; il y réussit, mal et se noya. Une fois Pot à l'eau, il perdit ses chagrins et devint fou, car on le retira, et on ne l'appela plus que Pot fêlé. Pot, âgé alors de cinquante ans, mourut six mois après.

POUDRE

Un maître parfumeur demandait à son garçon de boutique s'il avait fait toutes les commissions dont il l'avait chargé.--Oui, monsieur,--As-tu porté un échantillon de mes poudres à cet étranger en question?--Oui, monsieur.--Et quelle poudre a-t-il prise?--Monsieur, il a pris la poudre d'escampette.

POULE

Lorsque l'abbé Poule, aux sermons duquel tout Paris avait couru, fut pourvu d'une riche abbaye, il cessa de prêcher: ce qui fit dire à Louis XVI, qui l'avait si bien doté:--Quand la poule est grasse, elle ne pond plus.

PRATIQUE

On donne ce nom à un petit instrument qu'on se met dans la bouche pour faire parler Polichinelle. Un jour, Charles Nodier, qui aimait beaucoup le théâtre des marionnettes, demanda au maître du spectacle à voir la pratique; et pour essayer s'il ferait aussi bien que le bateleur la voix singulière du matamore napolitain, il se la mit dans la bouche. Content de cette expérience, il rendit la pièce au bon homme en disant, c'est ingénieux, mais c'est si petit qu'il doit y avoir quelquefois danger de l'avaler.--Oui, monsieur, répondit le bateleur: mais cela ne fait aucun mal. Celle que vous venez d'essayer a déjà été avalée huit ou dix fois.

PRAULT

Le libraire Prault pria un jour M. de Bièvre qui entrait chez lui, de lui faire un calembour sur lui-même ou sur sa femme. Le marquis de Bièvre répliqua sur-le-champ:--Vous êtes un prault-blème et votre femme une prault-fanée.

PRENDRE

Le célèbre apothicaire Baumé était occupé, dans son laboratoire, à des opérations de chimie. On l'appelle pour une personne qui voulait lui parler. Cette personne lui fait un long détail du commencement, des progrès et de l'état actuel d'une maladie dont elle se dit attaquée.

--Eh bien, monsieur, que me demandez-vous? dit Baume impatient de retourner à ses alambics.

--Monsieur, je viens vous consulter pour savoir ce qu'il faut que je prenne pour me guérir.

--Ce qu'il faut que vous preniez? mais prenez un médecin ou un chirurgien.

--Monsieur, est-ce en infusion ou en décoction qu'il me faudra les prendre?...

En 1776, les médecins de Paris recommandèrent, comme une précaution utile contre la grippe, dont beaucoup de personnes se trouvaient attaquées cette année-là, de ne pas sortir à jeun. Un pasteur des environs, instruit de la recette, crut devoir en recommander l'usage à ses paroissiens. Il leur dit donc, le dimanche suivant, au prône, qu'ils feraient bien de ne pas sortir le matin, qu'ils n'eussent pris quelque chose auparavant. Le lendemain il trouva chez lui 25 louis de moins. Son domestique, qui était sorti le matin, ne reparut plus. Aux premières recherches il ne fut pas difficile de s'apercevoir qu'il était le voleur des 25 louis. Arrêté, interrogé sur le fait, il s'avoua l'auteur du vol; mais il s'excusa en disant avoir obéi à son maître et curé, qui, d'après l'ordonnance de la Faculté, avait défendu au prône de sortir le matin sans avoir pris quelque chose, et qu'il ne l'avait fait que pour se préserver de la grippe.

--Mon père, disait dans un café un petit garçon à un filou, prendrez-vous une demi-tasse aujourd'hui?--Non, mon fils, reprit le père, je prendrai une cuiller.

LE PARTISAN DES ASSIGNATS.

L'autre jour, sous le toit du grand aréopage

Où maint gredin, à face de proscrit,

Pour quinze sous applaudit, fait tapage

En faveur de tout ce que dit

Ou Barnave le doux, ou Mirabeau le sage.

Un citoyen actif, qui n'avait pas d'habit,

Vantait les assignats et prônait leur débit:

--On n'en sent pas assez, criait-il, l'avantage;

Sans eux l'état périt. Pour moi, je jure bien,

Messieurs, que j'en prendrai.--Tout beau, maître Desroches,

Dit un quidam, qui connaît mon vaurien,

On sait quel est votre moyen:

Vous en prendrez, mais dans les poches.

On montrait à un paysan tout ce qu'un maréchal de France avait pris; les villes, les pays, tout cela était dans un tableau.--Morgué! tout ce qu'il a pris n'est pas là, dit le paysan, car je n'y vois pas mon pré.

--Je viens de prendre une heure de promenade, où j'ai pris un plaisir extrême; mais comme le jour prend son déclin, je me retire chez moi pour aller prendre l'air du feu; car si je tardais davantage, j'aurais peur de prendre un rhume. Et vous, monsieur, quel parti prenez-vous?--Mais vous le voyez, monsieur, je prends le parti de prendre patience.

L'hiver dernier était si violent, que tout se gelait, tout se prenait, même les bourses et les manteaux.

Un Gascon, qui avait perdu son argent au jeu, coucha avec celui qui le lui avait gagné. La nuit, il glissa la main sous le chevet de son compagnon pour reprendre son argent. L'autre le surprit, et lui demanda ce qu'il faisait.--Mon ami, répondit le Gascon, je prends ma revanche.

Le cardinal de Fleury voulait passer pour faire mauvaise chère. Il demandait un jour à un courtisan très-délié, qui dînait chez son Éminence:--Prenez-vous du café?--Monseigneur, je n'en prends que quand je dîne.

On demandait à un médecin octogénaire qui jouissait encore de la meilleure santé, comment il faisait pour se porter si bien.--Je vis de mes remèdes, répondit-il, et je n'en prends pas.

On connaît cette épigramme de Scarron:

Ci-gît qui se plut tant à prendre,

Et qui l'avait si bien appris,

Qu'il trépassa de peur de rendre

Un lavement qu'il avait pris.

PRÈS

Un Anglais se plaignait à tout venant, dans un café, d'une chute qu'il avait faite, et qui lui causait de vives douleurs.

--Monsieur, lui dit un chirurgien qui était à côté de lui, est-ce près des vertèbres que vous vous êtes fait mal?

--Non, monsieur, reprit le malade, c'est près de l'obélisque.

PRÉSENT

Dans des fiançailles célébrées avec beaucoup d'éclat, on remarquait deux choses: la laideur de l'époux et l'opulence de la corbeille. Le présent faisait oublier le futur.

PROFESSION

Louis XVI périt juridiquement assassiné, contre le voeu formel de la nation, le 21 janvier 1793. Le réclame qui voudra, ce crime n'appartient point à la France. Cependant, ce qui est affreux, et ce qui existe, c'est que sur les registres des actes civils de la ville de Paris on ait laissé subsister: «Capet (Louis), etc., etc., profession de dernier tyran des Français.»

PRONONCIATION

Un étranger demandait à des savants comment on doit prononcer le mot pétition?

--D'après la règle qui veut qu'un t entre deux i se prononce ci, répondit un grammairien.

--Faites-moi donc l'amicié de prendre picié de mon ignorance, et de me répéter la moicié de ce que vous venez de dire, répliqua sur-le-champ Charles Nodier.

PROPRE

M. Salot voulait changer de nom, parce que le sien, disait-il, était un nom commun, et qu'il désirait un nom propre.

PUNCH

M. R***, préfet d'un riche département français, avait si bien mérité de ses administrateurs, que, dans leur reconnaissance, ils avaient donné son nom à un pont construit sous son administration. Un jour qu'il se louait de ce témoignage de gratitude, un de ses amis lui dit:--R***, c'est dommage que tu ne te nommes pas Chauvin.--Pourquoi cela?--Parce que ton pont, au lieu de s'appeler pont R***, s'appellerait pont Chauvin (punch au vin), et que ce serait plus drôle.