L.
Dans le fabliau du Vilain mire, qui est le Médecin malgré lui, la femme du vilain, lasse des coups qu'elle reçoit, s'avise un jour de cette réflexion:
Fu onques mon mari batu?
Nennil, il ne sait que cops sont.
S'il le seust, par tout le mont!
Il ne m'en donnast pas itant.
(Barb., I, p. 8.)
«Nenni, il ne sait ce que sont les coups. S'il le savait, par le monde entier! il ne m'en donnerait pas tant.»
Cette réflexion lui suggère le tour qu'elle joue à son mari pour lui faire tâter aussi du bâton.
L'usage de cette l se maintint longtemps.
Dans la sixième des Cent Nouvelles, un ivrogne, après s'être confessé de force à un prieur qu'il trouve par les champs, requiert ce prieur de le tuer, afin qu'étant en état de grâce, l'absolution reçue, il aille droit en paradis.
«Ha dea! dit le prieur tout esbay, il n'est ja mestier d'ainsy faire; tu iras bien en paradis par autre voye.—Nennil, respond l'yvrongne; je y veuil aler tout maintenant, et icy mourir par vos mains. Avancez vous, et me tuez.»
L'l de nennil est muette, et conséquemment notée mal à propos; mais celle de je veuil est bien mise.
De même un peu plus haut:—«Que veulx tu dire?—Je me veuil confesser, dit-il.—Or, avant, dist le prieur, je le veuil, avance toy.» Prononcez la première fois: Je me veux confesser; et la seconde: Je le veuil, avance toy.
Oui est le participe passé passif du verbe ouir; oui signifie donc entendu. C'est le signe du consentement. Le proverbe oriental dit: Entendre, c'est obéir.
Oui, ou, pour le figurer à l'antique, oy, est toujours de deux syllabes. Devant une voyelle on le termine par une l euphonique. De là cette expression, langue d'oil, que beaucoup prononcent langue d'o-i-le. C'est tout simplement langue d'oui.
Le mari déguisé en prêtre dit à sa femme: Poursuivez votre confession, s'il vous reste des péchés à dire:
Sire, dist elle, oil assez.
(Barbazan, II, p. 109.)
Ou-il assez.
Le roi Marsile demande à son trésorier Mauduit si les présents sont prêts pour Charlemagne:
L'aveir Karlun est il appareillé?
E cil respunt: Oïl, sire; asez bien.
(Ch. de Roland, st. 50.)
«Et lui répond: Ou-i, sire, assez bien.»
Me rendra-t-on mon cheval Broiefort? demande Ogier le Danois au duc Naimes de Bavière:
Raverai ge Broiefort, mon destrier?
—Oïl, dist il, par Dieu le droiturier.
(Ogier, v. 10660.)
Dans ces deux derniers exemples, le scribe aurait pu se dispenser d'écrire l'l euphonique, puisqu'elle y restait muette.