N.

L'instinct de l'euphonie est universel, mais dans ses applications il varie d'un peuple à l'autre. L'effet de l's plaisait surtout à nos pères; le d chez les Latins avait la préférence; chez les Grecs c'était le ν, qu'ils appelaient additionnel, νυ ἐφελκυστικόν. Cette n a été aussi employée en France.

Karles l'entant, ne dist neN o ne non.

(Gerars de Viane, v. 1596.)

«Ne dit ne oui ne non.»

Ainsin devant une voyelle: ainsi n un jour, ainsi n autrefois…; devant une consonne, ce n'était qu'ainsi.

L'n se trouve également donnée à quelques substantifs ou adjectifs pour finale euphonique, amin, antin, pour ami, anti.

M. J.-J. Ampère voit dans cette n un vestige de déclinaison. Il avance que amin était le cas régime d'ami. Mais dira-t-on qu'ainsin est l'accusatif d'ainsi, neN l'accusatif de ne? M. Ampère passe sous silence ces cas, aussi bien que les exemples nombreux où l'on voit amin au nominatif.

Au surplus, la question des prétendues déclinaisons françaises sera traitée dans un chapitre spécial.