BEIGNETS D’ACACIA

— Acacia, presque un nom de femme ; —

Élisa, ou Cynthia,

O femme,

Dont le désir m’émacia,

Pour que sur moi se posât ton regard de flamme,

Qu’un peu de volupté dans les yeux scintillât,

Cynthia,

Pour toi j’aurais damné mon âme ;

Et ton caprice réclame

Des beignets d’acacia, —

Dictame ?…

— Acacia, presque un nom de femme ; —

Et nous sommes partis par les sentiers ombreux,

Où les acacias merveilleux

Balançaient au ciel pur l’ostensoir de leurs grappes,

Et je me suis senti plus riche et plus heureux,

En serrant ton bras amoureux,

Que les émirs et les satrapes, —

Avec toi, Cynthia, par les sentiers ombreux.

Puis j’ai cueilli la moisson odorante,

Et les épines s’enfonçant

En cent endroits, et cent, et cent,

Dans la chair, m’ont piqué au sang, —

Pour toi mon sang, ô mon amante ! —

En cent endroits, ou cent cinquante ;

Et l’humble cantonnier, très vieux,

Qui, près de là, cassait des tas de pierres,

Souriait à tant de grâce de ta robe claire :

— Vous allez-t-y, vous allez-t-y en faire

Des bouquets, madame et monsieur,

Des beaux bouquets, bon Dieu de bon Dieu,

Sacré tonnerre ! —

Souriant à tant de grâce de ta robe claire.

Mais non, ce n’est pas, ô vieillard,

Pour que, d’un frais bouquet, son corsage se pare,

Que nous cueillons ainsi les fleurs au parfum tendre ;

Et non plus ne sont destinées

A figurer dans un vase sur la cheminée

Du salon, de la salle à manger, ou de la chambre :

Cette razzia

D’acacia,

Qu’elle emporte dans son ombrelle,

C’est pour le plat,

Qui, délicat,

Son fin palais émoustilla :

Les fleurs se mangent donc entre elles ?

Et maintenant que, dans la pâte,

Elle trempe ses bras d’albâtre,

Pétrit, de ses doigts fuselés,

Les œufs, la farine et le lait, —

Quand tu le voudras, ô la belle,

Pour qui déjà ma chair et mon cœur ont saigné,

Au lieu d’acacia tu feras tes beignets

Avec le peu qui reste encor de ma cervelle… —

( — Voilà bien ce que je craignais,

Dit-elle.) —

Cynthia, impassible, au sourire cruel…