EN PROMENADE

Les maris vont toujours trop vite ou trop lentement :

Soit en avant,

Humant

Le vent,

Ou bien derrière

L’épouse altière,

Telle une bête familière :

Les maris vont toujours trop vite ou trop lentement,

Soit par devant, soit par derrière.

Ou s’il arrive que des époux

Très bourgeoisement se disposent,

Sans souci qu’un trottin s’en gausse,

A partir bras dessus, dessous,

Comme à la noce,

Sans tarder, les pieds du mari,

Pareils à quelque gros insecte aussitôt pris

A la toile de l’araignée industrieuse,

Les pieds se débattront parmi

Le maquis,

Le maquis des jupons et de la balayeuse.

Quel compositeur de génie

Composera la sonnerie,

— Taratata, taratata, —

Qui fera

Marcher les deux époux au pas ?

Les époux s’en iraient par les rues et les places,

Précédés d’un jeune garçon

Qui claironnerait du clairon,

Ou cornerait du cor de chasse :

Lors, plus d’épouse qui s’attarde

A la vitrine des bijoutiers ou des modistes ;

Lors, plus d’époux perdant la conjugale piste :

— Taratata ! — leur clamerait l’instrumentiste,

Et côte à côte, d’un pas rythmé, sans algarade,

Ils poursuivraient la délicieuse promenade.