LES BIGOUDIS

Camisoles, bonnets de nuit,

Bigoudis, —

Bigoudis, bigoudis, refrain de chansonnette :

Bigoudino, bigoudinette, —

Bigoudis de la femme honnête !

Sous les bonnets, près des nocturnes camisoles,

Les bigoudis posent leur vol.

Petite fiancée aux cheveux fous,

N’importe comment, n’importe où,

Cheveux frisottant dans le cou,

O chevelures blondes, ou rousses, ou châtaines,

Que nous rêvions, turlutaine !

Sur des oreillers de dentelles,

Épandues comme des fontaines, —

Le noir bigoudi vous enchaîne.

Soit bigoudi, soit papillote,

Mots pimpants comme une gavotte,

Sautillants, très petits-marquis,

Ou papillote,

Ou bigoudi,

Ironie de ces noms exquis…

Mais observe,

S’il te plaît t’attarder aux mirages du verbe,

A ce propos observe et note

Que, couramment la cuisinière dit :

Côtelettes de veau en papillotes, —

En papillotes, jamais en bigoudis :

Ceci

Pour ne te point monter le cou

Sur les papillotes, papillotes de nos billets doux,

Ou

Du papier bleu, encre violette, où sont nos vers :

Vers le lit conjugal, et vers

Le front pur de l’épouse austère,

Le soir, voici ramper les bigoudis comme des vers…

Et voici qu’aussi m’est venue

Lorsque je les ai vus paraître,

Voici que l’idée m’est venue

Que tous ces bigoudis pourraient être, peut-être,

Peut-être bien des anciennes sangsues…

Ce seraient des sangsues de race singulière,

Comment dirai-je ? non carnassières,

Végétariennes, si vous aimez mieux,

Qui, répugnant à faire chère

Du sang cher à leurs congénères,

Se voudraient nourrir de cheveux,

Et, pour le motif que j’allègue,

Si maigres,

Mais d’un tempérament plus sec, et plus nerveux,

Après leurs festins capillaires…

Sangsues de notre Amour, sangsues de ta Beauté,

Après bestioles, les bigoudis ont emporté,

En s’en faisant leur nourriture,

Loin des jolis ébats que j’avais projetés,

Le charme de ta chevelure !

Mais combien plus maigres encor,

(Ce sera ma vengeance), pauvres !

Quand pour eux plus de cheveux d’or,

D’or fauve,

O belle amie, lorsque tu seras chauve…