RONDEAU DES PLAISIRS DE LA TABLE

I

Nourrices morvandelles,

Et de Bretagne aussi,

Qui montrez vos mamelles,

Sans nul souci ;

Et mamelles normandes,

Auxquelles se suspendent

Tant de lèvres gourmandes,

Et sans merci ;

Pressant votre corsage,

Le nourrisson volage,

En son gai babillage

S’exprime ainsi :

— Voilà, voilà, les plaisirs de la table,

Voilà les plaisirs de la ta-a-ble !

II

Le cruel cannibale,

Sous les grands catalpas,

Prit le Visage Pâle,

Et le scalpa ;

Par les soins du barbare,

La broche se prépare,

L’Européen s’effare,

Et dit : papa !

Déjà ses membres cuisent ;

Brandissant une cuisse,

L’anthropophage esquisse

Un petit pas :

— Voilà, voilà les plaisirs de la table,

Voilà les plaisirs de la ta-a-ble !

III

Lassé d’un long voyage,

Lorsque le pélican,

Enfin, dans son ménage,

Vient, rappliquant,

Retrouve sa famille,

Voit ses fils et ses filles :

De faim leurs yeux pétillent,

Les becs claquant ;

Alors l’excellent type,

Pour ses enfants extirpe

De son ventre les tripes

Comme de Caen :

— Voilà, voilà les plaisirs de la table,

Voilà les plaisirs de la ta-a-ble !