Versailles.

La proximité de Paris nous octroie toute licence pour nous rendre à Versailles à notre gré. Aussi vous pensez bien que je ne me suis point donné d'entorse pour arriver de bonne heure en cet historique séjour. N'importe, le voyage, si court soit-il, n'a pas été pour moi tout à fait dépourvu de charme.

En parcourant la ligne des innombrables wagons à galeries qui stationnent au départ (gare Montparnasse) je découvre un compartiment de seconde classe absolument veuf de voyageurs. J'y pénètre et je m'aperçois tout d'abord de la difficulté qu'il y a à voyager avec quelque bagage, dans ces compartiments aménagés pour le service des lignes de banlieue. De filet nulle trace et sous les banquettes, impossibilité manifeste d'insinuer une valise. Aucun inconvénient à cela pour l'heure puisque j'étais seul; j'installe donc à ma droite, en les superposant, la valise et la boîte en carton qui composent mon bagage restreint. Je consulte ma montre; il reste encore cinq minutes avant le départ du train et le quai parfaitement désert me laisse espérer que tout ira le mieux du monde. Cependant une jeune femme à la taille élégante, au profil intéressant, ouvre la portière et s'asseoit en face de votre serviteur. Toutes les chances me dis-je à part moi; bonne compagnie et point d'encombrement, et me voilà, pour n'être point en retard, faisant observer à la jeune personne qu'elle abîme ses yeux à vouloir déchiffrer malgré l'ombre grandissante et la pénurie des lampions, son numéro du Petit Temps. L'aimable enfant ne trouve pas celui (style Willy) de formuler sa réponse; une famille de quatre personnes envahit brusquement la boîte exiguë et bien que nous ne soyons encore que six voyageurs, quatre de moins que le chiffre admis par le règlement, mon bagage m'apparaît déjà très incommode et fort mal venu. Fasse le ciel qu'on nous laisse tranquilles. Ah! ouiche; après le passage de l'ultime contrôleur, trois voyous déguenillés et puant le crottin, pénètrent chez nous comme une trombe, se réjouissant tout haut de voyager en seconde avec des billets de troisième. Pour ceux-là, ils s'arrangeront comme ils pourront, et malgré des réflexions que je ne prends pas la peine de relever, je ne touche pas à mon bagage. Mais voilà bien d'une autre; cependant que le train s'ébranle, une volumineuse matrone, maintenue par la poigne vigoureuse d'un employé, s'engouffre dans l'étroite cahute, et cette fois je me vois dans la terrible nécessité de dégager la banquette. La bonne dame consent à s'asseoir sur la boîte en carton que je vais trouver défoncée en arrivant et je prends sur mes genoux l'énorme valise. J'ai conscience de la mine déconfite que je ne puis manquer d'avoir en semblable posture et j'ose à peine regarder à la dérobée ma voisine de face, qui dissimule derrière le Petit Temps le rire incoercible qui la poinct.