LA CEINTURE ENCHANTÉE
En dépit des clichés, je tiens Paris la moins oublieuse ville de l'un et l'autre hémisphère et qui plus irrévocablement garde la remembrance de quiconque emporta le prix de la charmer, scandaliser, intéresser, divertir en passant. A ce titre je n'appréhende nul indigène des rives séquaniennes avoir de sa souvenance expulsé la duchesse de Xacarilla, cette supercoquentieuse madrilène que sa vénusté, sa galanterie, sa rosserie et, sur toute chose, sa chevelure naturellement verte[5] juchèrent en un si mirifique et altier prédicament emmi ce que comptent de plus up to date le monde, le demi-monde et le monde et demi. C'est la plus fameuse de ses aventures et, comme il arrive, la plus mal connue tout ensemble (id est son intrigue avec le baron de Flambergeac) qu'il me devrait céans relater et revêtir d'une authenticité dont à l'envi la dénudèrent les amplifications de tels chroniqueurs par trop fantaisistes.
[5] Naturellement verte c'est, dit-on, d'après la tignasse de la duchesse de Xacarilla que les perruquiers parisiens imaginèrent ces perruques de diverses couleurs qui avant la guerre émurent l'indignation des chroniqueurs vertueux. Du reste pour être inusitées les chevelures de sinople ne sont pas absolument introuvables. Ronsard déclare que les cheveux de Cassandre étaient couleur de cèdre, c'est-à-dire vert glauque. Banville parle des cheveux verts d'un académicien et Maxime du Camp chap. XVIII de ses Souvenirs littéraires déclare qu'on trouverait des cheveux verts sous bien des chapeaux à Paris.
(Note de l'auteur).